Le climat économique se dégrade dans les Hauts-de-France. Selon la dernière enquête de conjoncture présentée par la CCI régionale, 62 % des dirigeants affichent désormais un état d’esprit négatif, soit sept points de plus qu’il y a trois mois.
Dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques et la hausse des coûts de l’énergie, la prudence gagne les entreprises. Pour autant, la CCI refuse toute lecture uniquement pessimiste de la situation : derrière les difficultés conjoncturelles, elle voit à l’œuvre une profonde mutation du tissu économique régional.
Des indicateurs qui virent au rouge
Les signaux de ralentissement se multiplient. Près d’une entreprise sur deux déclare une baisse de son chiffre d’affaires au cours des trois derniers mois, par rapport à l’année précédente, un niveau record hors période Covid. Entre 2022 et 2024, cette proportion n’avait jamais dépassé 43 %. Les trésoreries se dégradent également rapidement : 34 % des dirigeants jugent leur situation mauvaise. Le solde d’opinion sur la trésorerie recule d’ailleurs de 9 points en un trimestre, faisant de cet indicateur "le principal point de vigilance" des entreprises, selon la CCI.
Cette perte de confiance se traduit déjà dans les décisions stratégiques. 58 % des entreprises reportent ou annulent leurs investissements, notamment dans le BTP, l’industrie et le commerce interentreprises. L’emploi commence lui aussi à s’ajuster : 20 % des dirigeants indiquent une baisse de leurs effectifs au cours des trois derniers mois, contre seulement 10 à 13 % auparavant, signe que le ralentissement des recrutements laisse progressivement place à des réductions d’effectifs.
Pour Grégory Stanislawski, directeur des études économiques de la CCI Hauts-de-France, "le conflit en Iran se reflète déjà dans les carnets de commandes, les marges et les décisions des dirigeants". La chambre consulaire redoute désormais un phénomène d’atonie économique, où le recul durable de la confiance entraînerait une spirale de reports d’investissements, de ralentissement des recrutements et de moindre capacité d’innovation.
Une transformation accélérée
Pour Philippe Hourdain, président de la CCI Hauts-de-France, ces difficultés ne racontent cependant qu’une partie de l’histoire. "Il y a des entreprises qui souffrent, mais il y a aussi beaucoup d’entreprises, dont celles qui souffrent, qui se transforment, qui se remettent en question et qui repartent", affirme-t-il.
Cette capacité d’adaptation s’appuie sur plusieurs fondamentaux qui demeurent solides. En 2025, la région a enregistré un record de 71 783 créations d’entreprises. Les exportations régionales ont progressé de 4 % en 2025, atteignant un niveau record de 69 milliards d’euros et confirmant la place des Hauts-de-France comme troisième région exportatrice française. Plus de 150 reprises d’entreprises ont également permis de préserver plus de 600 emplois.
Pour Philippe Hourdain, la notion même de performance entrepreneuriale évolue. "Pendant longtemps, nous avons mesuré la réussite d’une entreprise à sa taille. Aujourd’hui, nous la mesurons aussi à sa capacité à s’adapter, à mobiliser ses équipes et à traverser les crises." Selon lui, les entreprises les plus résilientes sont celles qui investissent dans les compétences, innovent, s’internationalisent et renforcent leur capacité à travailler en réseau.