Cinq ans après leur livre blanc sur les transports, publié en vue des précédentes municipales, la CCI de région et le Medef reviennent à la charge, épaulés cette fois de la CPME. C’est que les difficultés liées au transport dans la région, un temps masquées par le Covid, les nouvelles habitudes créées par le télétravail et les différentes crises qui se sont succédé ces cinq dernières années, refont plus que jamais surface. Et les inquiétudes des entreprises face à la thrombose des grands axes routiers régionaux se font d’autant plus pesantes que la pression ne va pas aller en diminuant.
"Si l’on trace un triangle Maubeuge-Dunkerque-Arras, on a 70 milliards d’euros d’investissements prévus dans les années à venir, entre les gigafactories et le Canal Seine-Nord, rappelle ainsi Jean-Pierre Letartre, le président du Medef Lille-Métropole. Mais la vision pour la mobilité dans la région n’est pas à la hauteur. C’est pourtant un sujet qui concerne tous les pans de la société : vie personnelle, vie économique, politique d’investissement, politique de logement, décarbonation… Il y a urgence, on ne peut pas attendre 15 ans."
Peser au niveau européen
Les organisations patronales signent donc un nouveau rapport, publié le 19 janvier, appelant à "Ré-inventer les mobilités" dans la région. Sans remettre en cause les grands projets structurants, comme le Canal Seine-Nord Europe ou le futur Service express régional métropolitain, les organisations patronales appellent à mieux articuler investissements de long terme et réponses immédiates, via l’optimisation des réseaux existants.
Le rapport publié en ce mois de janvier dresse donc un état des lieux et esquisse des pistes pour un meilleur pilotage des projets à l’échelle de ce fameux triangle. En premier lieu, il s’agirait de le penser et de la faire exister comme une véritable métropole européenne de 4 millions d’habitants, plutôt que comme la somme de collectivités juxtaposées, estiment les signataires du rapport. Ce qui permettrait de peser davantage à l’échelle européenne, et donc de briguer de nouveaux financements — car toutes les parties prenantes sont unanimes : faire porter davantage l’effort sur les entreprises n’est pas la solution.
"Les TPE et PME n’ont pas les mêmes ressources que les grandes entreprises, elles sont plus vulnérables et concernées par les difficultés liées aux transports. Leurs locaux sont dans la plupart des cas, en périphérie des villes ; le manque d’accessibilité pèse sur les recrutements, les livraisons, les visites de clients… et donc, sur l’activité, le chiffre d’affaires, et les marges", pose Laurent Depoorter, président de la CPME Hauts-de-France.
S’appuyer sur les expérimentations
Parmi les cinq recommandations figurant dans le rapport : la massification des différentes expérimentations mises en œuvre localement depuis 2020 : covoiturage, gestion dynamique du trafic ou incitations aux horaires de travail décalés. Elles devraient désormais être généralisées et coordonnées d’une agglomération à l’autre.
Est enfin préconisée, la création d’une Autorité organisatrice des mobilités métropolitaine élargie à l'échelle de la région, dont la gouvernance mêlerait acteurs publics et privés, et qui serait chargée de piloter les flux à la bonne échelle. Pour la préfigurer, la CCI et Entreprises & Cité, proposent dès aujourd'hui la création d'une plateforme baptisée Liaison ("Lier avec Raison") pour fédérer tous les acteurs volontaires.