Les chambres d’industrie et de commerce sont vent debout contre la réduction d’un tiers de leur dotation prévue dans le projet loi de finances 2026. Ce n’est pas la première baisse de ce type ces dernières années, en quoi celle-ci change-t-elle la donne ?
Les dotations des CCI ont baissé d’un peu plus de 60 % en une dizaine d’années. Évidemment, chaque président se doutait que le phénomène allait se poursuivre. Mais est-ce que nous avions vu venir une baisse d’une telle ampleur ? Non. Cette mesure représente une coupe de 175 millions d’euros, sur des dotations qui s’élevaient à 525 millions d’euros (au niveau national, NDLR).
Pour la seule CCI Hauts-de-France, nous sommes passés ces dix dernières années de 92 millions d’euros à 38 millions d’euros. Et cette mesure représente encore 13 millions d’euros de moins pour 2026. Outre le montant, ce qui passe mal, c’est que l’État ne respecte pas ses engagements auprès des CCI.
C’est-à-dire ?
Fin 2023, CCI France a négocié un contrat avec l’État, dont les termes étaient les suivants : l’État devait nous prélever chaque année sur la trésorerie et en contrepartie, il s’engageait à geler les baisses de subventions sur une période de quatre ans. Si toutes les CCI ont bien versé à l’État une partie de leur trésorerie, la baisse des subventions a en revanche été maintenue… Par ailleurs, ces subventions sont le fruit d’une taxe prélevée par l’État aux entreprises, puis reversée aux CCI pour leur fonctionnement. Si cette baisse avait permis de soulager les entreprises de cette taxe, nous aurions pu le comprendre. Mais l’État continue de la prélever et la conserve pour son propre fonctionnement…
Faut-il considérer cette mesure comme une manière pour l’État de désavouer les chambres de commerce et d’industrie ?
Mon sentiment, c’est que Bercy veut pousser à la fusion des CCI et des CMA (chambre de métiers et de l’artisanat), qui sont elles aussi concernées par une forte baisse des dotations. Il est possible d’envisager des mutualisations, mais cela devrait être fait autrement, en laissant par exemple aux CCI et CMA trois ou cinq ans pour s’organiser. Cela ne se fait pas du jour au lendemain, d’autant que la priorité reste l’efficacité du service aux entreprises. Les CCI savent fusionner : dans les Hauts-de-France, les chambres ont d’ailleurs été pionnières sur ce type d’organisation.
Combien d’entreprises la CCI Hauts-de-France accompagne-t-elle et quels sont les retours ?
En 2024, nous avons accompagné 22 000 entreprises et ce sera un peu plus cette année. Tous les ans, nous réalisons un sondage avec OpinionWay pour connaître l’avis des entreprises sur nos services. La CCI Hauts-de-France affiche une note de 8,6/10 contre 8,2 au niveau national. Les indicateurs ne sont donc pas mauvais et nous cherchons à les améliorer tous les ans.
"Les entreprises ayant des valorisations inférieures à 700 000 euros n’intéressent pas les cabinets de conseil. La CCI comble un trou dans la raquette"
Pour les Hauts-de-France, la chambre a mis en place des services sur des sujets à fort enjeu, comme l’international : il ne fait pas oublier que CCI International, c’est nous ! Mais aussi sur la transmission : 33 000 chefs d’entreprise vont partir à la retraite d’ici cinq ans, dans la région. Les entreprises ayant des valorisations inférieures à 700 000 euros n’intéressent pas les cabinets de conseil. La CCI est là pour combler un trou dans la raquette. Nous avons aussi une action importante sur la formation : les CCI sont le deuxième opérateur de formation en France après l’État.
Sans oublier nos actions d’influence, nos soirées réseaux ou le soutien global aux entreprises. En cas de crise, nous sommes par exemple capables d’actionner une plateforme téléphonique, pour répondre aux questions des dirigeants, les aiguiller ou réaliser des appels préventifs. Autre exemple avec le Canal Seine Nord Europe : nous avons mis en place, aux côtés de la Région et de Pôle emploi, une plateforme expliquant aux entreprises comment répondre aux appels d’offres liés à ce chantier et les incitant à le faire. Cet outil remporte un franc succès, avec près de 1 200 personnes connectées quotidiennement.
S’il ne devait pas y avoir de marche arrière sur cette baisse, comment la CCI Hauts-de-France compte-t-elle s’organiser ?
La CCI Hauts-de-France a une activité marchande, qui représente plus que la perception de cette taxe. Mais derrière cette rentrée argent, il y a des coûts engagés, ce qui n’est pas le cas avec une subvention perçue… Nous travaillons donc sur une nouvelle compensation via cette activité marchande, mais aussi sur la vente d’une partie de notre patrimoine immobilier. Malheureusement, il faudra aussi réduire la voilure sur les équipes…
"Je suis devenu président de CCI pour servir l’intérêt collectif, pas pour mettre en place des PSE, auxquels je n’ai jamais d’ailleurs eu recours dans mon entreprise"
Nos calculs nous amènent à 170 postes de moins sur 750, hors filiales. Il ne s’agira pas d’autant de licenciements secs, il y aura par exemple des départs à la retraite non remplacés. Je suis devenu président de CCI pour servir l’intérêt collectif, pas pour mettre en place des PSE, auxquels je n’ai jamais d’ailleurs eu recours dans mon entreprise.
Nous serons aussi dans l’obligation d’arrêter certains de nos services aux entreprises. Face à des moyens financiers moins importants, il est préférable de faire moins de choses mais bien, que beaucoup de manière médiocre… Il est en tout cas indispensable de continuer à accompagner les entreprises dans cette période difficile.
Quels sont les services aux entreprises auxquels la CCI Hauts-de-France pourrait renoncer dans ce contexte ?
Nous espérons ne pas en arriver là. La CCI Hauts-de-France a mis en place un groupe de travail, constitué pour moitié de collaborateurs experts et pour l’autre d’élus, afin de nous remettre en question et de transformer notre appui aux entreprises. Ce groupe doit décider des orientations à prendre, dans l’hypothèse où nous garderions nos ressources. Si nous les perdons, il tranchera sur les services à conserver impérativement. Il paraît par exemple difficile de supprimer notre accompagnement envers les commerçants dans le contexte actuel.
"Cette problématique budgétaire nous mobilise désormais près de trois heures par jour, c’est moins intéressant et fondamental que de travailler au service des entreprises."
Nous allons essayer de trouver d’autres ressources financières : ce groupe se posera la question des mesures à prendre si nous n’y parvenons pas. Dans tous les cas, cette problématique budgétaire nous mobilise désormais près de trois heures par jour, c’est moins intéressant et fondamental que de travailler au service des entreprises. Mais depuis l’annonce de cette nouvelle baisse, les CCI sont défendues par des députés issus de tous les bords politiques, qui ont déposé différents amendements. Nous devrions être assez rapidement fixés sur le sujet.