Sur l’île Saint-Honorat située au large de Cannes (Var), Laura, Solène et Younès s’affairent avec leur pelle et leur pioche à retourner la terre du verger Saint-Joseph. En septembre dernier, ils étaient une dizaine de salariés de Maisons du Monde (MdM) à planter des oliviers sur cette île qui appartient à la congrégation saint-cistercienne. Depuis 2011, deux fois par an, sur la base du volontariat, des collaborateurs du géant de l’ameublement et de la décoration basé à Vertou près de Nantes (7 200 salariés, 1,18 Md€ de CA) sont tirés au sort pour participer à ces Solidaritrips organisés par la Maisons du Monde Foundation.
L’objectif ? Leur faire découvrir les projets solidaires qu’elle soutient à travers le monde pour aider à la préservation des arbres et des forêts. Pour ce Solidaritrip, c’est le Conservatoire Méditerranéen Partagé (CMP), qui agit pour la préservation de la biodiversité cultivée sur le bassin méditerranéen, et plus particulièrement son programme "Vergers d’Avenir", qui étaient à l’honneur. "La MdM Foundation a financé les plants et l’irrigation", explique Claire Mignet, directrice du CMP.
Marque employeur
Après dix ans de mécénat, Maisons du Monde a créé, en 2015, la MdM Foundation pour décupler son impact et pérenniser son action et ses dons. Depuis sa création, elle a ainsi reversé près de 9 millions d’euros à 68 associations dans 22 pays. Pour Lisa Mimoun, responsable de la MdM Foundation, les mauvais résultats de Maisons du Monde "n’ont pas impacté la stratégie RSE de l’entreprise. C’est mécanique : étant donné qu’il s’agit d’un pourcentage du chiffre d’affaires, cela s’autorégule, les fonds sont distribués en fonction des moyens de l’entreprise". Les deux tiers proviennent d’un pourcentage (0,08 %) du chiffre d’affaires annuel de l’enseigne et le tiers restant résulte de la générosité des clients par le biais de l’arrondi en caisse.
Engouement des collaborateurs
Ces voyages solidaires suscitent l’engouement des collaborateurs. Au total, la MdM Foundation a embarqué 229 collaborateurs dans ces séjours. Pour la dernière session, l’entreprise a reçu près de 400 candidatures, les seules conditions étant d’être en CDI et d’avoir un an d’ancienneté. Pour Stéphanie Souchon, DRH retail international chez MdM, ces voyages sont "une opportunité que l’on offre aux collaborateurs de vivre sur le terrain quelque chose d’inédit tant dans le monde du voyage que dans le monde associatif". Lisa Mimoun abonde dans le même sens : devenus "un marqueur très fort de l’entreprise", ils vont "au-delà d’un simple séminaire à l’étranger : on va rencontrer une association qui a un projet qui fait sens et qui va apporter son expertise". L’objectif étant de montrer l’engagement de l’entreprise en faveur de l’environnement et de faire connaître le travail de la MdM Foundation auprès des salariés en rendant plus concrètes les actions que les associations mènent sur le terrain.
Une expérience porteuse de sens
Pour Claudia Dornéan, qui a participé au solidaritrip du Var, ces voyages sont effectivement porteurs de sens. Ils permettent de s’approprier le travail et les actions faites sur le terrain et de fournir des éléments de preuve aux clients. "Ils apportent une autre dimension de sens dans le travail. Forcément, après, on s’implique dans l’arrondi en caisse". Ce que confirme Ophélie Raymond, vendeuse principale dans le magasin de Clermont-Ferrand, qui faisait elle aussi partie du voyage dans le Var : "Participer à ces solidaritrips nous engage et nous prouve que ces associations existent. Lorsque certains clients nous opposent le fait que l’arrondi en caisse va dans la poche du patron, mes collègues sont en mesure de leur expliquer quels projets sont financés. Ils ont leur propre discours et connaissent bien les objections des clients".
Sans les pousser à devenir des ambassadeurs RSE au sein de leur entité, "notre rôle est de leur montrer comment ils peuvent s’engager avec les moyens qui sont à leur disposition. Si une seule personne nous dit : j’ai lancé telle initiative en magasin, j’ai poussé l’arrondi en caisse, ou je me suis engagé dans telle association au niveau personnel, on a tout gagné !", assure Lisa Mimoun.
Un moment hors normes entre salariés
Résultat de ces solidaritrips ? Le sentiment d’appartenance est plus fort chez MdM que dans les autres sociétés de retail. "Le pilier MdM Foundation participe à la fierté d’appartenance à l’entreprise. Une fierté qui est décuplée lorsqu’ils reviennent des Solidaritrips", assure Stéphanie Souchon. Autre avantage, certains reviennent gonflés à bloc et deviennent par la suite ambassadeurs des actions de l’enseigne. "Sans que l’on ait besoin de marketer le sujet ou de mettre en valeur les participants, ils partagent à leur retour leur expérience avec leurs collaborateurs et leurs clients et permettent de toucher plus de personnes, de manière plus sincère et plus puissante que ne le ferait l’enseigne elle-même. Ils constituent un vecteur plus puissant de nos valeurs. L’effet ambassadeur vient appuyer notre communication en interne".
Sentiment d’appartenance à l’entreprise
Cette expérience marquante pour ces salariés de tous horizons (siège, magasins, entrepôt) permet de créer un lien très fort entre eux. "C’est un vecteur d’unicité", témoigne Stéphanie Souchon. Ophélie Raymond était déjà partie en 2012 dans le Nord du Pérou à la découverte de l’association Latitud. Une expérience qui a créé un véritable "sentiment d’appartenance" à l’entreprise et des liens très forts avec les autres participants. "Pendant 14 jours, nous sommes avec des gens que nous ne connaissons pas. On est comme une famille avec laquelle on vit un moment complètement hors normes que l’on ne vivrait pas dans notre quotidien".