Le cap est symbolique, mais il traduit surtout un changement d’échelle. Le label vendéen Agri-Éthique, basé à La Roche-sur-Yon, a dépassé en 2025 le milliard d’euros de ventes de produits auprès des consommateurs, atteignant 1,17 milliard d’euros, en hausse de 28 % sur un an. Une progression rapide, qui confirme la montée en puissance de ce modèle de commerce équitable "made in France", dans un contexte de tensions persistantes sur les revenus agricoles.
"Le sujet n’est plus de savoir si ce modèle fonctionne. La question, c’est pourquoi il n’est pas encore devenu la norme", affirme Ludovic Brindejonc, directeur général et fondateur du label. Pour ce dernier, la performance économique enregistrée valide une approche construite à rebours des logiques de marché classiques, en partant des coûts de production agricoles.
Derrière ce milliard d’euros, le label revendique désormais plus de 6 000 agriculteurs engagés et 1 179 références produits en rayon. Le label fédère aujourd’hui une soixantaine de marques partenaires, mêlant PME régionales et groupes agroalimentaires, à l’image de La Boulangère, Minoterie Girardeau ou ALTHO (Bret’s), aux côtés d’acteurs nationaux comme Labeyrie Fine Foods, Andros ou Bonduelle, illustrant un ancrage à la fois territorial et industriel dans les filières françaises. Des volumes qui témoignent d’un élargissement rapide de son périmètre, tant du côté des filières que des industriels.
Développer la restauration collective
Créé en 2013 à l’initiative d’agriculteurs vendéens, avec le soutien de la coopérative Cavac, le label Agri-Éthique s’est depuis structuré de manière autonome pour s’imposer à l’échelle nationale, dans toutes les régions françaises. Cette dynamique nourrit l’ambition d’atteindre 2 milliards d’euros de ventes aux consommateurs d’ici à trois ans. Pour y parvenir, Agri-Éthique mise sur plusieurs relais de croissance déjà identifiés, à commencer par "le développement en restauration collective, dans le cadre de la loi EGalim", mais aussi "l’ouverture de nouvelles filières et l’élargissement de son réseau de partenaires industriels".
"L’agriculteur ne veut pas qu’on lui impose un prix, il veut qu’on parte de son prix"
Construire le prix à partir des coûts de production
Le cœur du modèle repose sur un principe basique, mais vertueux : construire le prix à partir des coûts de production réels des agriculteurs. Ensuite, ce modèle offre une garantie de revenus dans la durée, via des contrats pluriannuels d’au moins trois ans. Une logique qui tranche avec les mécanismes traditionnels indexés sur les cours mondiaux, souvent volatils, au gré des crises internationales ou des aléas climatiques. "L’agriculteur ne veut pas qu’on lui impose un prix, il veut qu’on parte de son prix", insiste Ludovic Brindejonc.
Au-delà de la question des revenus, de l’ancrage local des productions, ce label éthique intègre une double dimension sociale et environnementale, en sécurisant l’emploi local et en affirmant des pratiques agricoles plus durables (rotation des cultures, réduction des intrants chimiques, développement du bio, relocalisation des approvisionnements, etc.)
Ce positionnement séduit un nombre croissant d’acteurs économiques. Car en plus de l’engagement éthique, le label revendique une capacité à concilier sécurisation des approvisionnements, stabilité des prix, non-dépendance aux importations et performance économique. Une équation qui attire des industriels en quête de visibilité dans un environnement international incertain.