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Le logisticien Mondial Relay engage 200 millions d’euros pour se transformer
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Le logisticien Mondial Relay engage 200 millions d’euros pour se transformer

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Mondial Relay a engagé dès 2022 un plan de transformation sur trois ans. L'objectif est de se structurer, en vue de s'emparer de parts de marché détenues par la livraison à domicile, d'abord en France puis au Benelux. Une enveloppe de 200 millions d'euros a déjà été engagée par le logisticien, spécialiste de la livraison de colis hors domicile.

Le groupe Mondial Relay a passé la barre des 6 000 "lockers" installés durant l’été 2024. Une stratégie de retrait développée depuis seulement deux ans — Photo : Mondial Relay

Entré en juillet 2021 dans le giron du groupe polonais InPost, le logisticien nordiste Mondial Relay est engagé depuis deux ans dans un vaste plan de transformation, courant jusqu’en 2025. L’objectif est de se structurer pour gagner des parts de marché supplémentaires en France, avant de devenir un acteur incontournable au Benelux. Pour y parvenir, le logisticien nordiste, spécialisé dans la livraison de colis hors domicile, mise particulièrement sur le déploiement et la vente de services liés au e-commerce. Et les premiers résultats sont au rendez-vous.

Croître sur un marché figé

En 2023, Mondial Relay a réalisé un chiffre d’affaires de 661 millions d’euros, contre 522 millions d’euros en 2022. Cela représente une croissance à deux chiffres, réalisée sur un marché en demi-teinte. "Le secteur de l’e-commerce a explosé durant les années 2020-2021, avant de baisser. Aujourd’hui, c’est un marché flat (c’est-à-dire figé, NDLR)", constate Quentin Benault, directeur général délégué au commerce, chez Mondial Relay.

La Fevad, autrement dit la fédération de l’e-commerce et de la vente à distance en France, indique que les ventes de produits ont peu progressé en 2023, avec + 0,6 %. Cela atteste "d’une stabilisation après l’année 2022 (- 9 %), qui reflétait le dégonflement d’une partie de l’effet Covid" souligne la fédération.

197 millions de colis livrés

À ce phénomène de "dégonflement", sont venus s’ajouter "un contexte international tendu, l’inflation, la hausse des prix du carburant", souligne le dirigeant. En dépit de cette nouvelle donne, Mondial Relay est passé depuis ce rachat de 140 à 197 millions de colis livrés par an en France. Le groupe a également recruté 1 000 salariés sur la même période, pour atteindre un effectif de près de 1 900 collaborateurs.

Se renforcer sur les services

En France, le plan de transformation porte donc ses fruits. Il faut dire que le logisticien nordiste a opté pour un net renforcement de l’activité de services, un segment qui reste en croissance, selon les chiffres de la Fevad. Celle-ci fait état, entre 2022 et 2023, d’une progression de 20 % des ventes de services liés au e-commerce. "Cette progression repose à la fois sur la hausse du nombre de transactions (+ 12 %) et sur l’augmentation du panier moyen (+ 7 %), qui atteint 75 euros", note la fédération.

En matière de services, Mondial Relay a par exemple déployé depuis deux ans une application mobile, de nouveaux sites logistiques, une offre de retour sans emballage… Mais il s’est surtout concentré sur la mise en place d’un réseau de lockers, autrement dits de casiers automatiques de retrait. "Avant l’arrivée d’InPost au capital, Mondial Relay ne comptait aucun lockers. Durant l’été, nous avons franchi le cap des 6 000", souligne le directeur général délégué au commerce. Ces casiers de retrait viennent s’ajouter aux 11 000 points relais que le logisticien compte en France. "Nous continuons de recruter des points relais, mais pour compenser ceux qui quittent le réseau, et sous certaines conditions. Les nouveaux points doivent améliorer le service apporté au client, grâce à leur amplitude horaire par exemple", indique-t-il.

Vers des casiers de retrait en intérieur

Ces prochains mois, Mondial Relay compte poursuivre ses efforts sur ce réseau de lockers, pour "dépasser les 7 500 sur le territoire français d’ici la fin de l’année", annonce Quentin Benault. Avec, au programme, des lockers indoor, autrement dit des casiers situés en intérieur, alors que le réseau était jusque-là déployé en extérieur. Le groupe nordiste compte installer ces casiers au-delà des zones commerciales, en ciblant par exemple des hôpitaux, des résidences de bailleurs sociaux, des universités, etc.

Fin mai, Mondial Relay a également ouvert un tout nouveau concept à Paris, baptisé Mondial Relay City. Il s’agit d’un local ouvert 7 jours sur 7, de 7 heures à 23 heures. À l’intérieur, le consommateur y retrouve des lockers, mais aussi tout un panel de services : "un espace de préparation de colis, la vente d’emballages, l’impression d’étiquettes, l’ouverture à distance des casiers, etc.", détaille Quentin Benault. Ce nouveau format se destine "à des zones denses, comme le cœur des grandes villes, quand il n'y a pas de commerces à proximité directe", explique le dirigeant. En test, ce concept sera dupliqué s’il rencontre le succès escompté.

Un premier Mondial Relay City a ouvert ses portes à Paris, fin mai — Photo : Mondial Relay

Enfin, crise climatique oblige, Mondial Relay investit le créneau de l’énergie solaire pour ses lockers d’extérieur. Il annonce l’arrivée prochaine de casiers dotés de panneaux solaires, "avec un process de secours pour ceux qui seront situés au nord de la Loire", complète le dirigeant.

Une réponse aux crises économiques et écologiques

Le groupe est aussi porté par son positionnement, "qui apporte une réponse à la fois à la crise économique et écologique", souligne Quentin Benault. Dans un contexte d’urgence climatique, la livraison hors domicile génère moins de CO2 que la livraison à domicile.

"La livraison hors domicile, c’est l’équivalent des transports en commun pour les colis"

Selon une étude réalisée par Eco CO2, une société parisienne de conseil et formation en transition écologique, la livraison vers des points de proximité représente un tiers de gaz à effet de serre en moins sur le dernier kilomètre, par rapport à la livraison à domicile.

"La livraison hors domicile, c’est l’équivalent des transports en commun pour les colis", commente Quentin Benault. Un argument qui fait mouche auprès des consommateurs, d’autant que le prix de ce service est attractif dans un contexte de baisse du pouvoir d’achat. "Sur la livraison hors domicile, nous sommes moins chers de 30 % environ que la livraison à domicile", affirme le directeur général délégué au commerce.

Sachant que la livraison à domicile représente près de 60 à 65 % des livraisons globales en France, selon le dirigeant, Mondial Relay a encore un beau potentiel de croissance dans l’Hexagone. "Notre objectif est bel et bien de prendre des parts de marché à la livraison à domicile", souligne Quentin Benault. Pour accélérer en la matière, Mondial Relay ajoute les services aux arguments économiques et écologiques. "Si on ajoute la praticité au reste, on obtient un triptyque gagnant", affirme-t-il, confiant.

Des ambitions à l’international

Ce plan de transformation, Mondial Relay a choisi de le déployer d’abord en France, pour faire les preuves de son nouveau modèle, avant de le dupliquer dans les autres pays où il est présent. "Notre ambition est de faire partie des acteurs incontournables au Benelux, à l’image de ce que nous sommes en France ", annonce Quentin Benault.

Pour l’heure, le logisticien compte 1 200 points relais en Belgique et 150 lockers, dont il compte accélérer le déploiement. Aux Pays-Bas cette fois, le groupe affiche 1 100 points relais et encore aucun lockers. Le potentiel de croissance est donc important dans ces pays. Mondial Relay est également présent au Luxembourg, qui pourrait constituer un prochain vecteur de croissance.

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