La liquidation de l’armateur vélique normand Towt (48 salariés), actée le 3 avril par le tribunal de commerce du Havre, rebondit en Bretagne, dont la filière dédiée au secteur naval (défense, offshore, voile cargo, course au large…) constitue une part non négligeable de son économie.
L’ETI finistérienne Piriou (1 400 salariés, 350 M€ de CA en 2024), basée à Concarneau, premier chantier naval indépendant français, est en partie éclaboussée par la situation. Towt constitue en effet un client de l’entreprise concarnoise depuis 2022 et la contractualisation de deux premières commandes de voiliers cargo. Les deux navires en question, Anemos et Artemis, ont été livrés à l’été 2024.
Les navires commencés seront poursuivis
La relation s’est ensuite intensifiée entre les deux partenaires. Depuis début 2024, Piriou construit au Vietnam six nouveaux navires pour le compte de l’armateur normand, destinés à être livrés entre 2026 et 2027. "Ce projet de nouvelles constructions était soutenu par des investisseurs financiers de premier plan (une levée de fonds de 26 millions d’euros a été opérée en 2024, NDLR) sensibilisés par son aspect environnemental", rappelle l’entreprise bretonne dans un communiqué. Elle prévient que les navires les plus avancés seront poursuivis. Le chantier de Piriou au Vietnam n’est pas menacé par ailleurs nous indique-t-elle.
Piriou défend la solidité de ses fondamentaux
Réagissant aux difficultés rencontrées par Towt, Piriou tient à rassurer ses parties prenantes : clients, partenaires et salariés. Le groupe naval rend compte de "la solidité de ses fondamentaux" : 66 % de son chiffre d’affaires est orienté vers la défense, pas impacté donc par l’échec de Towt. Disposant d’un carnet de commandes bien rempli pour les années à venir, le breton évoque sa capacité à "maîtriser les conséquences de cette défaillance".
"L’équipe de direction de Piriou est pleinement mobilisée pour gérer et surmonter cette situation", insiste Vincent Faujour, président de Piriou.
Dans une interview qu’il nous a accordée, Guillaume Le Grand, fondateur de Towt, évoque des retards de livraison de la part de Piriou qui auraient conduit son entreprise à la liquidation. Le fournisseur breton se défend et nous fait savoir qu’il n’y a "aucun litige en cours avec Towt sur la livraison des bateaux".
Plusieurs offres de reprise attendues
Dans son communiqué encore, Piriou dit vouloir apporter "toute sa coopération à un éventuel projet de reprise afin de poursuivre la construction et livrer dans les meilleures conditions pour l’armement et pour le chantier les navires en cours de construction". Plusieurs offres de reprise sont attendues d’ici au 14 avril, auprès des juges havrais. Sur une éventuelle marque d’intérêt de Piriou à son client défaillant, le chantier breton ne fait "aucun commentaire".
La liquidation de Towt "n’est pas la chute de la filière du transport vélique"
À noter que d’autres acteurs de la filière maritime ont réagi aux déboires de Towt, qui a démarré son aventure entre Brest et Douarnenez avant de mettre les voiles en Normandie. C’est le cas de l’armateur finistérien Grain de Sail (52 salariés, 13 M€ de CA), basé à Morlaix et Saint-Malo, qui évoque "la chute d’un modèle de stratégie" mais assure que "ce n’est pas la chute de la filière du transport vélique, bien au contraire".
"Ce dépôt de bilan, hélas prévisible par un développement trop rapide et insuffisamment maîtrisé doit être perçu comme un acte isolé ne remettant pas en cause la légitimité du secteur du transport vélique en France", commentent Olivier et Jacques Barreau, cofondateurs de la PME finistérienne. Leur entreprise à eux tient bon le cap. Elle fête cette année six ans de transport de chocolat et de café à la voile et affirme son ambition de continuer de construire des voiliers "capables de décarboner à hauteur de 90 %, adaptés à toutes les conditions météo, et fiables techniquement." Son troisième voilier, plus grand, capable de transporter jusqu’à 200 conteneurs, est en cours de design.