C’est une page de l’histoire industrielle nantaise qui s’apprête à se tourner. Implantée dans le quartier de Chantenay, la Fonderie Atlantique Industrie (FAI) va cesser son activité dans les prochaines semaines. La décision doit être entérinée par les instances de l’entreprise, mais elle ne fait plus de doute.
"Fin 2025, il n’y avait plus rien à faire. Le carnet de commandes était nul, et les perspectives pour les années à venir vides", explique Luc Lajoye, président du conseil d’administration du groupe mosellan LBI (Les Bronzes d’Industrie), groupe familial, et PDG de FAI. Malgré quelques appels d’offres, aucune activité n’a émergé. "Nous avons fait des offres en 2025 qui n’ont jamais abouti. Aujourd’hui, nous sommes à zéro commande."
Une évolution technique défavorable
La filiale nantaise s’était spécialisée dans la fabrication de pièces de très grande dimension, notamment des éléments de propulsion navale en bronze, coulés en monobloc, des pièces de plusieurs tonnes. "C’est un savoir-faire rare de pouvoir fabriquer une pièce monobloc de 20 à 50 tonnes."
Mais les évolutions technologiques ont rebattu les cartes. "Les hélices sont désormais réalisées en éléments coulés séparément et assemblés, et non plus en monobloc", souligne Luc Lajoye. Résultat : ce positionnement très spécifique devient moins pertinent. "Une société spécialisée dans les très grosses pièces n’est pas compétitive sur des productions plus petites", ajoute le dirigeant.
Conséquence : même les besoins de ses principaux donneurs d’ordre pourront être absorbés ailleurs. Le groupe LBI, basé à Amnéville, près de Metz (Moselle), indique que les futures commandes de Naval Group pourront être réalisées par sa filiale Inoxyda, implantée près de Rouen. "Il n’y a pas de panique, ni de rupture industrielle, insiste le dirigeant. Avant de prendre la décision de fermer l’entreprise, nous avons échangé avec Naval Group. Nous saurons parfaitement faire ce dont Naval Group a besoin". Autrement dit, pas de problème de souveraineté industrielle pour la fabrication de pièces critiques qui resteront Made in France.
Un groupe industriel de 300 salariés
Le groupe LBI revendique environ 300 salariés pour un chiffre d’affaires proche de 60 millions d’euros. Outre son site principal en Moselle (215 salariés), il s’appuie sur plusieurs implantations, dont Inoxyda (50 salariés) et une autre filiale dans l’Allier, sur le site de Commentry, près de Montluçon, qui compte près de 50 salariés.
À Nantes, la question d’une reprise ne s’est pas posée. "Une entreprise sans carnet de commandes, sans chiffre d’affaires, ni perspectives n’intéresse personne et ne se vend pas", tranche Luc Lajoye. Les 7 salariés de l’entreprise se sont vu proposer un reclassement au sein du groupe, mais ils ont décliné l’offre. "Les autres sites sont loin de Nantes", explique Luc Lajoye.
Un site industriel emblématique mis en vente
Au-delà de l’activité, c’est aussi un lieu chargé d’histoire qui va changer de main. Le bâtiment occupé par FAI, dont le groupe est propriétaire depuis 2000, sera mis en vente. "Nous devons vider les lieux, des machines et du matériel, et assurer sa remise en état du site", précise le dirigeant.
L’ensemble est composé de deux bâtiments l’un de 3 800 m2 et l’autre de 1800 mètres carrés. Il s’agit d’une ancienne usine électrique, témoin du passé industriel du quartier de Chantenay, dont la grande halle de fonderie constitue un élément architectural industriel exceptionnel. Un joyau qui devra être préservé, quel que soit l’acheteur.