Et de trois… à croire que Fairmat a aussi le pouvoir de recycler les tours de table ! La deeptech parisienne, également implantée dans la région nantaise, vient de finaliser une levée de fonds de 51,5 millions d’euros. Cette somme combine un prêt de la Banque européenne d’investissement, à hauteur de 25 millions d’euros, et des apports en capital auprès de Bpifrance, Slate VC, le family office Cape Capital ainsi que les investisseurs historiques (Singular, Temasek, CNP et Pictet Group). Avec aujourd’hui une centaine de salariés, Fairmat avait déjà deux levées de fonds à son actif, avec un premier tour de table de 8,6 millions d’euros en 2021, suivi d’un second de 34 millions d’euros en novembre 2022.
Un procédé de recyclage mécanique
Outre l’enfouissement ou l’incinération qui concernent la majorité des fibres de carbone en fin de vie, certaines sont aujourd’hui traitées au sein de four hermétique, dont le coût environnemental est très conséquent. Née en 2020, Fairmat se distingue avec un procédé de recyclage entièrement mécanique : des robots équipés de lames découpent de fines briques de quelques micromètres d’épaisseur, sans recours à des produits chimiques. L’ambition est de pouvoir recycler n’importe quels types de fibres de carbone, peu importe leur provenance : pales d’éoliennes, ailes d’avion, système de stockage d’hydrogène etc.
Plus résistant et moins polluant que l’aluminium
Les fibres de carbone découpées sont ensuite redisposées et associées à une résine pour produire un nouveau matériau, différent du matériau initial. "Notre produit offre 70 % de la performance d'un composite neuf issu de l'aéronautique. Or, nous sommes à peine à 10 % de son prix", argumente Benjamin Saada, fondateur et dirigeant de Fairmat. Mais comparé à d’autres matériaux moins nobles comme l’aluminium, le produit de Fairmat se veut deux fois plus léger, beaucoup plus résistant, mais aussi moins polluant. "Fairmat Quest, notre matériau de base, représente 3,8 kg d’émission de CO2 par kilo de matériau produit. Il peut intéresser les industriels dans une approche d’écoconception. Par ailleurs, produit localement, il permet d’être indépendant de la Chine", nous expliquait l'année dernière Alexandra Pelissero, directrice du développement chez Fairmat.
Un carnet de commandes de 50 millions d'euros
L'entreprise a déjà signé un ensemble de contrats, qui lui permettent aujourd'hui d'avoir un carnet de commandes pesant pour 50 millions d'euros de chiffre d'affaires minimum. "Nous avons 18 clients en cours de livraison, ce qui est un vrai challenge. Cette levée de fonds va notamment nous permettre de monter en puissance, car nous sommes sur un marché très profond", témoigne Benjamin Saada. En effet, les industriels sont de plus en plus poussés à trouver des matériaux écologiques et recyclables, engendrant une forte croissance du marché mondial des matériaux durables. Evalué à 330 milliards d'euros en 2024, il devrait atteindre 640 milliards d'euros d'ici 2033, selon la Banque européenne d'investissement.
L'univers du sport pour aller vite
Parmi les premiers clients intéressés, l'entreprise travaille par exemple avec Decathlon, pour développer une gamme de raquettes de padel. "Nous produirons à partir de la prochaine saison des skis, des chaussures de course avec du carbone, ou encore des raquettes de tennis", poursuit le dirigeant.
"Nous souhaitons mettre en place une circularité totale, afin de recycler nos propres matériaux"
Si Fairmat débute par ce secteur du sport, c'est parce qu'il a un avantage indéniable : des temps de développement relativement court. Car le matériau de Fairmat pourrait aussi servir dans des industries plus larges, telles que la mobilité, l'électronique et l'énergie. "Notre matériau peut se retrouver au sein de panneaux solaires, de boîtes qui encapsulent les batteries des voitures, ou encore servir de matériau de construction", ajoute Benjamin Saada.
Fournir le marché européen et américain
Début 2023, Fairmat avait inauguré sa première usine pilote à Bouguenais (40 personnes), près de Nantes. Cette dernière a vocation à être le site de production principal de l’entreprise afin de fournir le marché européen. L’entreprise y a déjà sécurisé 2 900 tonnes de matière par an. Mais Fairmat ne se contente pas de l’Europe. En septembre 2024, la start-up avait ouvert une seconde usine à Salt Lake City, aux États-Unis. Et une partie de la nouvelle levée de fonds permettra à l’entreprise d’accélérer son expansion internationale.
Au point de se lancer dans une troisième usine ? "Aujourd'hui, ce n'est pas la priorité, et ces fonds nous offre la liberté de décider un peu plus tard. Nous sommes déjà présents des deux côtés de l'Atlantique, et nous monterons d'abord en puissance sur nos deux premières usines", précise Benjamin Saada. La prudence est également de mise lorsqu'il s'agit d'évoquer de potentielles recrutements grâce à ces fonds. "Nous n'avons pas un objectif chiffré. Cela dépendra de notre progression", ajoute le dirigeant.
Un recyclage en boucle fermée
Une autre partie de la levée de fonds servira également aux efforts de recherche, en anticipant les prochains challenges de Fairmat. "Nous souhaitons mettre en place une circularité totale, afin de recycler nos propres matériaux une fois qu'ils arrivent en fin de vie", ajoute Benjamin Saada. Cette technologie de recyclage permettra à termes de fonctionner en circuit fermé avec les industriels. "Notre projet est massif, et nécessite d'avoir le contrôle total sur le cycle de vie du matériau". Si la start-up Fairmat réussi à boucler un tour de table XXL, nul doute qu'elle parviendra aussi à refermer la boucle avec les industriels d'ici peu.