C’est une vraie traversée du désert qui prend fin pour Extracthive. Depuis 2015, l’entreprise gardoise (14 salariés) a d’abord été lancée comme prestataire de R & D en recyclage de déchets industriels, avant d’utiliser ses procédés sur divers sujets (fibres de carbone, abrasifs industriels, effluents chimiques…) pour son propre compte. En 2020, la crise sanitaire amplifie des difficultés déjà patentes, contraignant Extracthive à un plan social et à céder 2 de ses sites, dont l’un hébergeait sa plateforme de R & D. "Nous avons accumulé les mauvais choix, dans la gouvernance et dans certains partenariats industriels mal ficelés", admet le président Frédéric Goettmann. Mais l’année 2024 voit l’entreprise rebondir, avec la mise en place d’une nouvelle organisation territoriale et industrielle.
De nouveaux moyens pour innover
Née d’un essaimage du CEA, Extracthive a longtemps été hébergé dans son centre de R & D à Marcoule (Gard). Pour opérer son redécollage, elle a quitté le site et a installé son siège social à Laudun-L’Ardoise (Gard), tandis qu’elle ouvre un nouveau hall d’essais à Saint-Laurent-des-Arbres (Gard). Cet équipement, d’une superficie de 400 m2, intègre notamment 30 m2 de laboratoires et une boîte ventilée de 20 m2 pour les essais pilote. Il permettra à Extracthive d’optimiser sa technique de production de fibres de carbone recyclées. "Nous cherchons à réduire notre consommation énergétique et à mieux valoriser nos déchets. Nous avons noué pour cela des partenariats avec des laboratoires spécialisés dans la valorisation de certaines molécules chimiques", indique Frédéric Goettmann, ajoutant que l’entreprise bénéficie d’une aide de 2,5 millions d’euros de l’Ademe à cette fin.
Un avantage concurrentiel dans le recyclage
L’avenir industriel d’Extracthive passe en effet par un recentrage sur un seul métier. Tandis que l’utilisation de fibres de carbone s’étend à de nombreux secteurs (aéronautique, sport, éolien, automobile…) et que les besoins en recyclage explosent, la PME gardoise a choisi de se concentrer sur le recyclage de matériaux composites : son procédé lui permet de traiter ces déchets et de produire une fibre de carbone de haute qualité, avec un impact environnemental dix fois plus faible que celui de la fibre vierge.
Pour aider ses clients à la mettre en œuvre, Extracthive a investi 300 000 euros de plus dans un deuxième hall jouxtant le premier, et équipé d’un nouveau parc machines (mélangeurs, presses…). Les applications possibles sont multiples, selon qu’elles sont produites à partir de fibres longues (hublots de bateau, tables à cartes…), de fibres coupées (pédales de vélo, tableaux de bord…) ou de microfibres (peinture technique, caoutchouc haute performance…).
Un nouveau plan de marche industriel
Cette plateforme de R & D constitue le premier niveau d’une montée en puissance industrielle déjà engagée. Comptant toujours sur le soutien de ses actionnaires, Extracthive prévoit de boucler, d’ici la fin du premier trimestre 2025, une levée de fonds de 11 millions d’euros afin de financer un nouveau bâtiment à vocation plus industrielle. Devant être positionné sur une plateforme chimique, le lieu de son implantation dans le Grand Sud reste à préciser. "Nous allons construire un démonstrateur qui nous permettra de produire 300 tonnes de fibres recyclées par an à l’ouverture, avant d’atteindre peu à peu 1 000 tonnes par an", se projette Frédéric Goettmann.
La construction de ce nouveau site, espérée dans les deux ans, se doublera du recrutement de 20 salariés pour l’opérer. Confiant dans ce nouveau plan de marche, le dirigeant va même jusqu’à évoquer, dans un troisième temps, la construction d’une véritable usine, qui nécessitera une nouvelle levée de fonds d’un montant plus important.