Alors que l’activité globale du port de commerce de Brest se maintient, portée par l’agroalimentaire, les énergies marines renouvelables (EMR) et les hydrocarbures, le président du directoire de BrestPort, Christophe Chabert, affiche une ambition claire : faire du port breton une plateforme de services multimodale qui pèse à l’échelle européenne. Pour y parvenir, les investissements montent en puissance : de 5 millions d’euros en rythme de croisière, ils sont passés à 13 millions d’euros en 2025 et atteindront les 20 millions d’euros en 2026.
Désengorger les grands hubs
L’un des piliers de cette stratégie repose sur la reconquête du trafic de conteneurs. Actuellement, le port en traite 30 000 par an, soit 5 à 10 % de son chiffre d’affaires. Un volume modeste face à des géants comme Le Havre qui en gère plus de 3 millions par an, mais un gisement de croissance majeur pour l’écosystème local. Christophe Chabert souhaite ainsi grimper rapidement à 80 000 conteneurs par an, sans modification majeure des infrastructures existantes.
"Un camion pour aller au Havre, c’est deux fois plus de CO2 que passer par Brest."
"Aujourd’hui, depuis quasiment partout en Bretagne, prendre un camion pour aller au Havre, c’est presque deux fois plus de CO2 que de passer par Brest et d’utiliser un bateau", insiste le président, qui a notamment recruté un commercial pour convaincre les industriels bretons. "Nous avons également discuté avec CMA CGM et MSC pour leur montrer que nous sommes capables d’avoir du rythme", précise le dirigeant. "L’idée est de favoriser le short-sea (cabotage européen, NDLR) pour désengorger les grands hubs saturés. Le port est là pour aider l’écosystème à se décarboner. C’est le poumon qui nous permettra ensuite de mettre en place une véritable plateforme multimodale avec le retour du train", estime-t-il.
40 millions d’euros pour la nouvelle aire de réparation navale
Le second moteur de croissance se situe au sud du port, avec le projet de l’aire de réparation navale et son futur élévateur à bateaux. Ce chantier colossal représente un investissement global de 40 millions d’euros. Si 12 à 13 millions sont fléchés vers la superstructure (bâtiments, outillages, etc.), le reste concerne la remise en état profonde des infrastructures, dont certains quais datent de Napoléon III.
Le calendrier est désormais calé : après la phase de concertation et la mise en conformité du PLU fin 2025, les permis de construire seront déposés en 2026. Les travaux débuteront en 2027 pour une livraison par étapes en 2028. En parallèle, le port prépare également la mue du "Magasin D", qui sera transformé en centre d’innovation maritime. Ce site devrait accueillir ses premiers drones marins en 2028, répondant à une forte demande des industriels pour des plateformes d’essais en bord de quai. Christophe Chabert mise ainsi sur la complémentarité des acteurs utilisant le port pour lisser l’activité. "Notre objectif est de nous adapter à une activité en dents de scie pour répondre aux pics de charge des industriels ", conclut-il.