Des carnets de commandes qui s’allongent (8 754 appareils pour le seul Airbus, 4 Rafale par mois pour Dassault, six à sept vols en 2026 pour Ariane 6), des besoins en main-d’œuvre colossaux (10 000 nouvelles recrues par an sur la prochaine décennie), un virage stratégique sur la Défense provoqué par la multiplication des tensions internationales… C’est certain, la filière aéronautique, spatial et drones du Sud Ouest a plus que jamais du pain sur la planche, quitte à susciter une certaine vigilance du pôle de compétitivité Aerospace Valley (835 membres dont plus de 580 PME en Occitanie — où il est basé — et en Nouvelle-Aquitaine) qui la fédère.
"L’écosystème aéronautique local est partie prenante de cette croissance. C’est une opportunité mais aussi une responsabilité car il faut savoir rester maître de ce qu’on fait et garder la compétitivité pour qu’elle se réalise ici et pas ailleurs. On a tout ce qu’il faut pour", rassure Bruno Darboux, président du pôle, évoquant la rude concurrence internationale. Cette filière qui représentait déjà sur la zone 159 600 salariés sur les deux régions en 2022 selon l’Insee, doit ainsi faire face à un "goulot d’étranglement industriel" et composer avec des besoins en main-d’œuvre exponentiels.
Mouvements de consolidation
"Il y a une compétition entre grands groupes pour attirer les talents, poursuit Bruno Darboux. Faire venir les prochaines générations vers cette industrie sera la clé du succès."
La filière devra aussi poursuivre ses objectifs de consolidation. L’accord signé en octobre par Airbus, Thales et Leonardo pour créer un "géant européen du spatial" en 2027, ou la récente annonce de collaboration entre HyPrSpace et deltaVision en sont de bons exemples. Tout comme les projets en consortiums, que le pôle aide à mettre en place, l’illustrent aussi. On peut notamment citer Aeroplatform Wingwatt, piloté par le girondin Exoes associé à Airbus Helicopters et Daher, qui cherche à créer de nouvelles batteries embarquées.
Les drones se tournent vers la Défense
Le défi de l’industrialisation est notamment fort sur la filière drone "qui, ces deux dernières années, s’est très nettement tournée vers les applications de Défense, présentes aujourd’hui dans 80 % de la filière drone du Sud Ouest, rappelle Bruno Darboux. Sa massification commence à prendre forme, sous l’impulsion d’acteurs de la Défense comme MBDA ou KNDS."
Ainsi, l’annonce régionale d’un nouveau fonds dédié aux PME de la supply chain de la Défense (dont le calendrier reste à préciser) est, évidemment, vue d’un bon œil par le président du pôle, qui réaffirme que "la recapitalisation des entreprises est aussi un enjeu important pour la croissance".
Transformation industrielle
Pour faire face au mur de l’industrialisation, le pôle a mis en place deux programmes de transformation industrielle. Opale (Opération collective pour l’aérospatiale et l’Excellence), en Nouvelle-Aquitaine, est cofinancé par la Région en partenariat avec les grands groupes du secteur. "Il existait déjà un accompagnement individuel régional, la Région nous a donc demandé de développer une offre complémentaire de cessions collectives", révèle Anouk Laborie, directrice générale du pôle. Ouvert à toutes les sociétés aéronautiques, espace et Défense de moins de 500 salariés, il a démarré le 1er janvier 2026 et doit durer jusqu’à fin 2027.
En Occitanie, le programme Octia de transformation industrielle des PME est plus large, incluant également les thèmes de la transition numérique et environnementale. Il vise 150 entreprises, a démarré en mai 2025 et doit s’étaler jusqu’en avril 2028.
Carburant durable : un coup à jouer
Enfin, l’écosystème local reste concentré sur la décarbonation et les carburants durables. Si seule Elyse Energy a été sélectionné par France 2030 (Carb Aéro) pour son projet sur le bassin de Lacq, les dirigeants du pôle restent certains que le Sud Ouest a un coup à jouer.
"Les aéroports de Toulouse et Bordeaux se positionnent sur un approvisionnement conséquent en SAF. On a aussi les ressources naturelles énergétiques en carbone biogénique et en biomasse. Sans compter qu’il y a des velléités régionales de développer ces filières", termine Bruno Darboux.
"Mais notre champ d’action a ses limites, les investissements doivent désormais être faits par la filière énergie." Sans trop de doute sur leur réalisation. "La réglementation oblige à monter en puissance, le taux d’incorporation du SAF vise 75 % en 2050." Un défi de plus sur une liste qui s’allonge.