Moselle
Cimulec décroche le premier prêt "Défense" accordé à une PME en France
Moselle # Défense # PME

Cimulec décroche le premier prêt "Défense" accordé à une PME en France

S'abonner

Le fabricant de circuits imprimés Cimulec, installé à Ennery en Moselle, vient de signer un prêt d’un million d’euros auprès de la Banque Populaire Alsace Lorraine Champagne. Ce financement, tiré d’une enveloppe de 300 millions d’euros mobilisés par la Banque européenne d’investissement pour les PME de la Défense, doit permettre à l’industriel d’absorber la montée en cadence des programmes militaires, au premier rang desquels le Rafale.

Le directeur général, Laurent Bodin, présente un circuit imprimé en cours de fabrication au sein des ateliers de Cimulec — Photo : Jean-François Michel

Le 24 mars 2026, à Metz, le groupe Cimulec a officialisé l’obtention d’un prêt d’un million d’euros sur sept ans. Si le montant peut paraître modeste à l’échelle des budgets consommés par le secteur de la Défense, sa nature marque un tournant : il s’agit du tout premier financement d’une PME en France réalisé via l’enveloppe de 300 millions d’euros dédiée au secteur de la Défense par la Banque européenne d’investissement, enveloppe accordée au groupe bancaire BPCE.

L’activité multipliée par deux en trois ans

Fabricant de circuits imprimés destinés à des environnements sévères, comme l’aéronautique militaire ou le spatial, Laurent Bodin, le directeur général de Cimulec, peut désormais répondre à une urgence opérationnelle grâce à ce prêt. Dans un contexte de tensions géopolitiques mondiales, l’entreprise doit faire face à une explosion de la demande. Le site d’Ennery, en Moselle, a vu son chiffre d’affaires passer de 9 millions d’euros en 2022 à 17,5 millions en 2025, doublant presque son activité en seulement trois ans. "Nous n’allons pas redoubler notre chiffre d’affaires dans les trois prochaines années, tempère Laurent Bodin. Mais je sais que nos clients vont encore avoir des besoins en augmentation. Ça, c’est assez certain."

Une pièce complexe pour le Rafale

Cette croissance est portée par des programmes emblématiques, notamment celui de l’avion de combat Rafale, développé par Dassault Aviation, dont les cadences de production doivent augmenter jusqu’en 2030. Très rapidement, la PME mosellane devra être en capacité de produire jusqu’à quatre carte-mère pour le radar de l’avion de combat français par mois : une pièce de 4,5 kg, formée de 24 couches de circuits imprimés, nécessitant entre 6 et 8 semaines de travail, et qui vient s’insérer dans le nez de l’avion.

70 %

"Pour la France et l’Europe, il n’y a plus de question à se poser sur la volonté de remettre en place des forces de dissuasion dignes de ce nom", confie Laurent Bodin. Cimulec, dont l’activité dépend à 70 % du secteur de la défense, est au cœur de ce réarmement.

L’ensemble des circuits imprimés fabriqués par Cimulec sont méticuleusement contrôlés — Photo : Jean-François Michel

Trois sites pour 28 millions d’euros de chiffre d’affaires

Fondée par Jean-Pierre Lucas, un ancien de Dassault Électronique, Cimulec est une PME familiale qui collabore avec Thales depuis 47 ans. Elle compte également parmi ses clients Airbus Defense and Space, ainsi que Safran. Le groupe emploie 220 collaborateurs répartis sur trois sites, soit Ennery, Toulouse et Les Ulis, dans l’Essonne, pour un chiffre d’affaires global de 28 millions d’euros. Sans un incendie criminel qui a touché la production du site de Toulouse, le groupe Cimulec aurait même pu atteindre les 32 millions d’euros de chiffre d’affaires sur le dernier exercice.

Un acteur stratégique pour les grands donneurs d’ordres

Avec ce soutien de la BEI et de la Banque Populaire, Cimulec conforte sa position dans le petit milieu des fabricants européens concentrés sur le secteur de la Défense et réaffirme son rôle dans la souveraineté technologique française. Outre le Rafale, Cimulec réalise des circuits imprimés qui viennent contribuer à la production du Gripen, un avion de combat développé par la Suède, ou encore de l’Eurofighter, un avion de combat conçu par des groupes installés au Royaume-Uni, (BAE Systems Military Air & Information), en Italie (Leonardo), en Allemagne et en Espagne (Airbus Defense and Space). "Nous avons aussi équipé les 32 satellites de la constellation Globalstar 2 ou encore les 84 satellites de la constellation Iridium Next", dévoile Laurent Bodin.

DG de Cimulec, Laurent Bodin présente au vice-président de la BEI, Ambroise Fayolle, une innovation développée par Cimulec : le circuit imprimé flexible — Photo : Jean-François Michel

Investir dans les outils et l’infrastructure

Concrètement, le financement obtenu sera injecté dans l’outil de production pour "monter en capacité". Dans cette industrie très capitalistique, le million d’euros levé sera vite consommé : une perceuse de précision coûte 200 000 euros, une machine de contrôle optique environ 250 000 euros, et un testeur électrique 200 000 euros. "Nos outils de perçage sont capables de forer 600 trous à la minute, sachant que les trous font un diamètre de 200 microns", détaille Laurent Bodin. Outre ces machines "dernier cri", le groupe prévoit d’investir dans ses infrastructures pour fiabiliser sa production, les ateliers de 4 200 m² commençant à révéler étroits face aux volumes actuels. De quoi envisager un déménagement ? "Nous n’en sommes pas là", tempère Laurent Bodin.

Taux préférentiel pour une orientation stratégique européenne

Déjà lauréate de deux appels à projets de France Relance pour un total de 1,4 million d’euros d’investissement, pour le financement de deux projets innovants, la PME a bénéficié de condition avantageuse pour ce prêt. Laurent Bodin estime avoir bénéficié d’un taux préférentiel, avec un gain de l’ordre de 0,5 point de pourcentage par rapport aux conditions de marché classiques. "Les choses se sont faites très rapidement, je n’ai pas pris le temps de consulter ailleurs, concède le directeur général de Cimulec, en soulignant que les discussions sur les conditions du prêt ont eu lieu avant le déclenchement de la guerre en Iran. Pour Ambroise Fayolle, le vice-président de la BEI, "le partenariat entre la BEI et le groupe bancaire BPCE pour l’industrie de la Défense porte ses premiers fruits". En 2025, la BEI a accordé 450 millions d’euros au groupe Thales pour financer un programme d’investissements en recherche et développement dans l’aéronautique et les radars. Pour le vice-président de la BEI, après les grands groupes, c’est au tour des PME de la Défense de "renforcer l’autonomie stratégique de l’Union européenne".

Moselle # Défense # Aéronautique et spatial # Électronique # PME # Levée de fonds # Investissement industriel