Aéronautique : les commandes s’envolent, les entreprises de la région peinent à recruter

Aéronautique : les commandes s’envolent, les entreprises de la région peinent à recruter

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Plus de 3 000 recrutements en 2025, 2 500 déjà annoncés pour 2026. La filière aéronautique régionale confirme sa montée en puissance. Mais derrière la dynamique, la pénurie de compétences industrielles reste le principal point de turbulence.

Safran Nacelles, moteur avion — Photo : Cyril Abad /Agence CAPA

La filière aéronautique, spatial et Défense ne décroche pas. Selon la toute récente enquête annuelle menée par l’Aerospace Cluster Auvergne-Rhône-Alpes, le secteur aéronautique a recensé plus de 3 000 embauches en 2025. Et la trajectoire reste ascendante : 95 % des entreprises interrogées prévoient de poursuivre leurs recrutements en 2026, avec au moins 2 500 postes déjà identifiés. Un signal fort pour l’industrie régionale, alors que la réindustrialisation dans l’aéronautique et la Défense s’impose comme priorité stratégique.

Les projets de Safran, NTN et Lynred

Ce sera le défi notamment du groupe français Safran (100 000 salariés ; 27,3 Md€ de CA) qui a choisi le parc industriel de la Plaine de l’Ain (PIPA) pour implanter sa future usine de production de freins carbone pour l’aéronautique. L’investissement se monte, lui, à 450 millions d’euros avec la création d’une centaine d’emplois à son ouverture à horizon 2030. 250 emplois pourraient être créés d’ici 2036.

Vue 3d de la future usine de freins carbone de Safran sur le Parc Industriel de la Plaine de l’Ain — Photo : Safran

Ce sera aussi le défi de l’annécien NTN Europe (5 000 salariés ; 1,2 Md€ de CA en 2024), spécialiste des roulements industriels qui va investir 30 millions d’euros pour transformer son site d’Argonay, en Haute-Savoie, dédié à l’aéronautique. À la clé, une centaine d’emplois dans toute la France. À quelques kilomètres de là, toujours à Argonay, dans la périphérie d’Annecy, le site Dassault monte lui aussi en puissance pour la fabrication de commandes de vol des programmes Rafale et Falcon. Enfin, pour ne citer que lui en Isère, le fabricant de détecteurs infrarouges pour des applications civiles et militaires Lynred (225 M€ de CA ; 1 000 salariés) investit 100 millions pour agrandir son site de Veurey-Voroize en périphérie de Grenoble (Isère).

Une dynamique d'emplois concentrée sur la production

La dynamique d’emploi se concentre d’abord sur les métiers de production : opérateurs sur machines à commande numérique, régleurs, tourneurs fraiseurs, techniciens d’usinage, monteurs ajusteurs, mécaniciens aéronautiques ou encore responsables d’îlot. Ces profils constituent l’ossature de la montée en cadence des programmes civils et de Défense.

Qualité et ingénierie : les métiers de la fiabilité

Au-delà des ateliers, les besoins concernent également le contrôle qualité — notamment les contrôles non destructifs (CND) —, les essais aéronautiques, l’ingénierie, les méthodes et l’industrialisation. Autant de fonctions stratégiques pour garantir la sécurité des vols et la robustesse industrielle.

L’embellie quantitative ne masque pas les difficultés : 93 % des entreprises déclarent rencontrer des tensions persistantes sur le recrutement, principalement sur les métiers de production. Trois entreprises sur quatre peinent à pourvoir ces postes. Ou comment faire décoller les vocations aussi vite que les commandes.

Le défi de recruter

" Les résultats de notre enquête confirment une réalité forte : la filière recrute massivement et durablement. Mais ils montrent aussi que l’attractivité et la formation aux métiers industriels restent notre principal défi ", souligne Benoît-Étienne Guignard, président de l’Aerospace Cluster Auvergne-Rhône-Alpes,

Si certains signaux d’amélioration apparaissent, la pénurie de compétences industrielles demeure un enjeu structurel. Pour la filière, l’équation est claire : renforcer l’attractivité des métiers, adapter les formations et fluidifier les passerelles entre emploi et industrie.

Auvergne Rhône-Alpes Grenoble Ain Annecy