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Menace de taxes américaines : le secteur du vin et des spiritueux en grand danger ?
France # Agroalimentaire # Import-Export

Menace de taxes américaines : le secteur du vin et des spiritueux en grand danger ?

Les éventuels droits de douane de 200 % sur les boissons alcoolisées européennes, annoncée par Donald Trump, font craindre le pire aux professionnels français qui aimeraient que Bruxelles calme le jeu… Une étude confirme que l’engrenage de guerre commerciale, à grands coups de taxes disproportionnées, desservirait les deux camps.

L’application de droits de douane sur les exportations de vins aux États-Unis menace 17 000 emplois en France — Photo : Lucia Romero

La pression est presque à son plus haut degré dans le monde du vin, du champagne et des spiritueux français depuis ce jeudi 13 mars. La menace de Donald Trump d’imposer 200 % de taxes sur ces alcools en mesure de rétorsion contre les 50 % de droits de douane décidés par l’Union Européenne sur le Bourbon et le whisky américain (eux-mêmes venant en réponse aux 25 % de taxes US sur l’acier et l’aluminium) suscite une grande vague d’inquiétude. C’est même un euphémisme.

Les États-Unis pèsent un quart des exportations de boisson alcoolisées

L’affaire est loin d’être anodine pour l’économie française. Le pays compte, entre autres, 59 000 exploitations, 700 maisons de négoce et 600 entreprises coopératives pour le marché du vin ainsi que plus de 250 structures pour les spiritueux. Selon le cabinet d’études économiques Asterès, les États-Unis représentent environ un quart des exportations françaises de boissons alcoolisées, soit 4,8 milliards d’euros en 2024. À terme, si cette mesure était appliquée cela pourrait avoir de terribles conséquences sur l’emploi et "menacer directement" environ 17 000 postes directs et indirects. Rien de moins.

Des bouteilles "inaccessibles"

Au regard de ce contexte périlleux, la Fédération des Exportateurs de Vins et Spiritueux (FEVS), qui réunit environ 600 entreprises exportatrices, sort de ses gonds. Elle en appelle notamment à l’État pour qu’il fasse pression sur la Commission européenne afin qu’elle "retire dès maintenant tous les vins et tous les spiritueux américains des contremesures européennes". "La France ne peut pas admettre que des secteurs aussi cruciaux soient sciemment sacrifiés dans ce conflit", ajoute le président de la FEVS, Gabriel Picard. Il faut dire qu’une taxation à 200 % risquerait de rendre les produits français inaccessibles au consommateur US : une bouteille vendue à 50 dollars passerait à 150…

Les vignobles en panique

De la Vallée du Rhône à l’Occitanie en passant par le Jura, le Bordelais et tous les territoires concernés, ce scénario du pire fait ressurgir une période que beaucoup croyaient révolues. Celle du premier mandat Trump. Le président de la CAVB (Confédération des Appellations et des Vignerons de Bourgogne), Thiébaut Huber en sait quelque chose. "On avait vécu malheureusement, en 2019, 25 % de taxe et on avait déjà reculé d’un tiers nos exportations aux États-Unis. Donc vous imaginez bien qu’avec 200 %, ça va anéantir nos exportations", a-t-il lancé au micro de la radio Ici Bourgogne, tout en espérant que "cela reste une sortie de monsieur Trump, qu’il n’aille pas au bout de ses idées."

Stop à la surenchère

Cet engrenage de taxes qui répondent à d’autres taxes n’est cependant pas la solution estime le cabinet Asterès. "D’un point de vue strictement économique, la meilleure réaction serait de ne pas réagir aux droits de douane américains. En instaurer sur les produits US sous prétexte que ces derniers en ont imposé sur les produits européens revient à rajouter un problème sur un problème", analyse-t-il.

Un avis que le gouvernement ne partage pas forcément de manière officielle pour le moment. L’heure est même à montrer ses muscles dans chacun des deux camps. "Nous n’avons jamais voulu qu’il y ait une augmentation des droits de douane", s’est dédouané (sans jeu de mots), jeudi soir, le ministre du Commerce extérieur, Laurent Saint-Martin, sur BFMTV. "L’Europe ne va pas se laisser faire si les États-Unis continuent à menacer les exportations européennes", a-t-il également ajouté.

"Si on veut pouvoir négocier, il faut qu’on se mette à armes égales, donc on va aussi monter les tarifs"

Mais derrière les positions arc-boutées, une certaine communication politique offensive tendant à prouver que chacun ne cède pas à l’autre, le temps de la négociation pourrait arriver. C’est ce qu’a sous-entendu le ministre de l’Économie, Eric Lombard ce vendredi matin dans l’émission Télématin sur France TV. "Si on veut pouvoir négocier, il faut qu’on se mette à armes égales, donc on va aussi monter les tarifs", a-t-il souligné. Une première étape. Après cet épisode, il espère que des discussions avec les Américains débutent pour refaire tomber "la tension et les tarifs". Le mauvais suspense autour de cette taxe de 200 % pourrait encore durer. Une période d’incertitude et de stress qui ne va pas arranger les affaires d’un secteur confronté, depuis des années, à une baisse de la consommation de boissons alcoolisées et aux affres des aléas climatiques.

France # Agroalimentaire # Agriculture # Vins et spiritueux # Import-Export # Politique économique # Union européenne