Spécialisé dans la gestion et le conseil en données numériques et télécommunications, le groupe Numains a ouvert son capital à ses collaborateurs en 2023. Trois cadres sur quarante salariés y ont souscrit. "Actuellement, une levée de fonds d’un million et demi d’euros est en cours de réalisation auprès de huit partenaires. Je resterai majoritaire dans l’entreprise au moins pour cinq ans. Ensuite, nous verrons en fonction des besoins, des projets, des marchés", indique Nicolas Boulinguiez, dirigeant et fondateur du groupe lavallois.
Cette levée de 1,5 million d’euros vise à activer trois leviers : développer au niveau industriel et commercial ses serveurs informatiques immergés Hyperion, déménager son propre data center à Laval et "assurer la croissance externe du groupe".
Le groupe Numains se compose de quatre entités dont trois axés sur le service : MCT, également basée à Laval et Delta à Vannes (Morbihan) pour le consulting et les solutions d'infogérance avec ses propres data centers, ainsi que Netzschmiede à Düsseldorf (Allemagne) pour les solutions informatiques et télécommunications. La quatrième est Hyperion, une start-up qui conçoit et commercialise des serveurs immergés dans des cuves de liquide, et donc moins énergivores que les systèmes climatisés.
Construire en priorité le projet industriel Hyperion
"Pour le moment, on construit le projet industriel autour d'Hyperion. Dans un premier temps, cela rapportera davantage que les activités de services, complète Nicolas Boulinguiez. À l'horizon 2028, on espère doubler le chiffre d'affaires et atteindre les dix millions d'euros en doublant nos activités de services."
Une dizaines de serveurs immergés vendus en 2024
Depuis le début de l’année 2024, l’entreprise lavalloise a commercialisé trois serveurs Hyperion. "Le lancement a été retardé d’environ un an pour des raisons de R & D, nous avons déposé des brevets mais l'objectif est toujours d'en vendre 150 d'ici 2027", précise le dirigeant. Une dizaine devrait être commercialisée dès cette année, avec déjà autant de prospects pour 2025 dont "quelques-uns en zone CDAO" (Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest, NDLR). Les pays chauds comme en Afrique de l’Ouest ont en effet de bonnes raisons de s’intéresser à ces installations qui consomment "40 % d’électricité de moins par rapport aux installations à l'air libre" et qui permettent de récupérer grâce aux fluides "90% des calories produites".
Toutefois à partir de 2024, le client principal d’Hyperion pourrait bien être l’entreprise elle-même. "Nous allons transférer notre data center en modifiant un bâtiment existant à Laval Nord, près de la Technopole, ce qui va nous permettre de passer d’un data center à refroidissement par air vers un data center en immersion cooling", indique Nicolas Boulinguiez. Ce data center, dont la mise en service est prévue "fin 2025-début 2026" permettra d'offrir un espace d'hébergement sécurisé et des services à ses clients.
Quatre partenaires français
Hyperion assemble ses produits à Laval, avec l’appui de quatre partenaires dont deux implantés en Mayenne : le groupe Serap, qui élabore les cuves en inox, et Wilo qui aide à améliorer la performance énergétique et la récupération de chaleur. La société Motul accompagne Hyperion dans l’approvisionnement et la recherche de fluides optimums, et Schneider Electric pour les équipements physiques d’automatisme.
Label et réglementation devraient tirer l'activité
Pour porter la commercialisation de ses serveurs économes, Hyperion mise sur deux leviers. La certification internationale "Solar Impulse Efficient Solution", obtenue il y a quelques semaines, qui reconnaît "l’efficience écologique d’un produit ou d’un processus". "C’est une reconnaissance de ce que nous faisons et cela apporte des garanties aux clients que notre solution est efficiente et rentable. Cela permet d’entrer dans le catalogue des entreprises soucieuses de ces considérations et cela nous ouvre des réseaux, nous donne de la visibilité", réagit Nicolas Boulinguiez.
Autre levier d’attractivité : la réglementation. "Une des transitions du marché est liée à la réglementation européenne, notamment l’obligation pour les entreprises de récupérer la chaleur fatale de leurs data centers", explique le dirigeant d'Hyperion.
Cette obligation, qui doit entrer en vigueur en octobre 2025 pour les installations dont la puissance est supérieure à 1 MW, a été adoptée par l’Union Européenne à l’été 2023.