Première dépense de l’Assurance maladie avec 23 milliards d’euros par an (soit 14% des dépenses totales, selon l'étude "Data Pathologies", de l'Assurance Maladie), la santé mentale génère des besoins grandissants qui compliquent la prise en charge des patients en France. Afin de fluidifier le parcours de soins, la start-up ThIA Santé Mentale (15 salariés, CA prévisionnel 2026 : 1 M€), basée à Montpellier et disposant d’une antenne à Paris pour le suivi administratif, a conçu "AviPsy". Il s’agit d’un modèle de prise en charge coordonné entre psychologues et psychiatres. Elle lève 5 millions d’euros auprès d’un pool d’investisseurs (Irdi, Sofilaro, Generali, AG2R La Mondiale…) pour accélérer son déploiement en France.
Accélérer l’accès aux soins
La solution AviPsy s’appuie d’abord sur une application numérique : elle permet, d’une part, de dresser le bilan du patient en entrée du parcours de soins ; elle facilite, d’autre part, l’échange d’informations entre le psychologique et le psychiatrique, permettant à chaque professionnel d’optimiser son temps de travail.
Cette application a permis de ramener le temps d’accès aux soins à 9 jours, contre plus de 2 mois en temps normal selon les régions. Elle a aussi aidé à réduire la consommation d’anxiolytiques (-38 %) et les arrêts de travail (-58 %), selon l’entreprise.
Optimiser le travail en commun
"Quand un trouble psychique survient, le protocole de suivi prévoit de toujours à associer au médical de la psychothérapie. Or seuls 10 % des patients voient les deux. Notre logiciel permet une prise en charge globale du patient, tout en valorisant les compétences de chacun des professionnels", résume la directrice générale Frédérique Mozziconacci, qui pilote ThIA aux côtés du président Yann Quintilla, en charge de la direction médicale et scientifique.
Elle précise que ThIA prévoit d’affecter un tiers de la levée de fonds à l’intégration de l’intelligence artificielle à son application "pour la rendre toujours plus précise". De même, les effectifs vont être portés à 60 salariés, dont les deux tiers travaillant à Montpellier sur la R & D et le commercial.
Vers un nouveau standard de soins
Mais AviPsy va plus loin : la démarche impulsée par ThIA intègre un modèle d’organisation à part entière. L’ambition de la start-up est en effet de faciliter l’émergence d’un nouveau standard de soins. "Une application en soi ne sert à rien, encore faut-il accompagner les professionnels avec un nouveau protocole. Une fois qu’ils sont devenus partenaires de ThIA, nous les aidons à constituer leurs équipes, à gérer les plannings, etc. Ils ont alors le sentiment de mieux répondre aux besoins des patients, tout en sortant de l’isolement", fait valoir Frédérique Mozziconacci.
Ainsi, ThIA va aussi financer la croissance de ce réseau, qui compte 150 praticiens partenaires (dont 40 % de psychiatres). Elle veut l’étendre à l’échelle nationale, bien au-delà des 27 départements couverts à ce jour.
L’enjeu des rechutes dépressives
Depuis sa création en 2022, la start-up montpelliéraine a permis d’accompagner 30 000 patients en cumulé. Pour l’année en cours, elle prévoit de porter ce chiffre à 11 000 patients, avec l’ambition d’atteindre le cap des 100 000 patients par an en 2030. L’un des facteurs permettant l’adoption plus rapide d’AviPsy est une démarche de partenariats conclus "avec des acteurs majeurs de l’assurance et des entreprises, convaincus par le potentiel social et médico-économique de cette approche", souligne la start-up.
L’autre levier de croissance réside encore dans l’innovation. Depuis plus de deux ans, ThIA travaille aussi sur le développement d’un dispositif de télésurveillance visant à prévenir les rechutes dépressives. Une part des fonds levés servira à financer les études cliniques autour de ce produit pendant 18 mois, en vue d’un remboursement par la Sécurité sociale espéré pour 2028.