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Arcadie lève 2,4 millions d'euros au service de son modèle coopératif
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Arcadie lève 2,4 millions d'euros au service de son modèle coopératif

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En devenant une Scic, le fabricant gardois d’épices bio Arcadie modifie en profondeur son rapport à l’actionnariat. Cette mutation s’accompagne d’une levée de 2,4 millions d’euros, d’un investissement industriel de 15 millions d’euros et d’une reprise de la croissance après le ralentissement du marché bio.

L’une des lignes de conditionnement d’Arcadie, dédiée ici au safran — Photo : Arcadie

Pionnière des épices et tisanes bio en France, la société alésienne Arcadie (104 salariés, CA 2025 : 19,7 M€) a un tropisme historique vers l’utilité sociale. Elle est notamment l’une des rares à pratiquer le management holacratique, où les responsabilités sont réparties par rôles et cercles plutôt que par hiérarchie. En cet été 2026, Arcadie franchit un nouveau cap en actant sa transformation juridique en Société coopérative d’intérêt collectif (Scic).

Une levée de fonds au service du modèle coopératif

Paradoxe : cette évolution se fait à la faveur d’une opération purement capitalistique. Arcadie lève en effet 2,4 millions d’euros auprès d’un pool d’investisseurs formé par Bio Filières Durables, Generali Investissement à Impact, Inco et Scopinvest. Sur ce montant, 2 millions d’euros proviennent de l’émission de titres participatifs : les souscripteurs, quelle que soit la somme investie, participeront à la gouvernance selon le principe une personne = une voix. "Le rapport à l’actionnaire change du tout au tout", estime Matthieu Brunet, président du conseil d’administration d’Arcadie.

Des bénéfices sanctuarisés

En effet, le passage en Scic permet la constitution de réserves impartageables : Arcadie peut encore distribuer des dividendes, mais les bénéfices à venir resteront dans l’entreprise. "Avec la croissance accumulée depuis la création d’Arcadie (en 1990, NDLR), la réserve partagée atteint un montant significatif. Il devenait urgent de fixer cette valeur pour éviter que toute la plus-value ne soit captée par les actionnaires. Ceux-ci auront droit à une rentabilité fixée par contrat en amont (soit 6 % par an, NDLR), mais pour le reste, les bénéfices ne seront pas distribués. L’entreprise appartient à elle-même", détaille le dirigeant.

Associer toutes les parties prenantes

Concrètement, Arcadie permet à ses parties prenantes (salariés, fournisseurs, clients, partenaires) de devenir des sociétaires, afin de les associer au plus près à la gestion de l’entreprise. "En créant un partenariat avec eux, Arcadie sera plus éthique et plus robuste. Cette relation nous met à l’abri des sautes d’humeur du marché. L’entreprise sera peut-être moins rentable à court terme, mais elle sera plus durable. Or, pour un acteur comme Arcadie, l’achat de matières premières est un enjeu stratégique. Nous avons tout intérêt à nouer des liens forts avec les producteurs", souligne Matthieu Brunet.

Un nouvel outil industriel

La transformation d’Arcadie n’est pas que statutaire, elle se traduit aussi sur le plan industriel. L’entreprise finalise la construction d’un nouveau site de production de 4 422 m2, en face de l’ancien (4 600 m2), qui sera opérationnel à l’automne. Fruit de 15 millions d’euros d’investissement, ce bâtiment écoconçu permettra à Arcadie, dans les dix ans à venir, de doubler ses volumes. "La moitié de cette superficie est sécurisée, sous température et hydrométrie contrôlées, ce qui nous permet de regrouper l’ensemble de nos stocks", précise Matthieu Brunet.

Améliorer les conditions de travail

Une part de cet investissement industriel porte sur l’amélioration des postes de travail. "Dans notre activité de transformation, nous fabriquons des poudres et des mélanges. Avec des surfaces de travail multipliées par 10, la pénibilité liée au bruit et aux poussières va chuter, tandis que nous gagnerons en productivité", souligne l’entrepreneur. Lequel pointe aussi l’achat de nouvelles machines, comme des doseuses et des systèmes automatisant le remplissage des sacs de 15 kg : "Nous acquérons une trieuse permettant de transformer des plantes contenant trop de tiges ou de cailloux. En déchargeant les producteurs de ce travail, nous récupérons plus de lots en amont".

Le rebond de la bio

Sur le plan commercial, Arcadie a connu un trou d’air dans la période 2022/2023, avec une activité en baisse de 30 %. Mais l’entreprise a amorcé, depuis, un nouveau cycle de croissance, de l’ordre de 3 % en 2024, 7 % en 2025, et déjà 10 % depuis le début d’année. "Nous avons bénéficié de l’effet vases communicants : la GMS a beaucoup déréférencé les produits bios, poussant nos clients à se reporter vers le réseau des boutiques spécialisées, où nous sommes présents en majorité (soit 3 000 points de vente environ, NDLR). Nous sommes conscients du contexte, très difficile avec les surcoûts énergétiques, la hausse de l’inflation ou les effets de la guerre au Moyen-Orient. Mais la consommation s’adapte, en se montrant par exemple de plus en plus sensible à la controverse actuelle sur la présence de PFAS dans l’alimentation. Nous sommes très optimistes sur la bio, un vrai marché d’avenir", se projette Matthieu Brunet.

Deux marques fortes

L’entreprise affiche un catalogue de 300 références. En plus de fournir en épices et plantes aromatiques plus de 3 000 clients professionnels de l’agroalimentaire bio et des métiers de bouche, elle est surtout connue pour ses 2 marques grand public. D’un côté "L’Herbier de France", à l’origine même d’Arcadie, est dédié aux épices, aromates et plantes pour tisanes 100 % bio. De l’autre côté, "Cook" est une gamme complète d’épices, aromates, champignons déshydratés et arômes naturels. Les produits sont proposés sous forme d’épices entières ou moulues, ainsi que de mélanges inspirés des traditions culinaires du monde entier.

Un marketing à visée éthique

Arcadie annonce justement le lancement, pour la marque "Cook", d’une série de 6 mélanges d’épices sous-titrée "Osez les épices — Sublimez vos légumes". "Nous voulons amener les gens à consommer plus d’épices. Plus on en consomme, moins on achète de plats transformés. Les épices sont un vrai levier de transformation de l’alimentation. Nous voulons prendre le consommateur par la main pour lui montrer toutes les façons de les consommer. Cette gamme a été pensée pour ça", souligne le dirigeant, annonçant dans le même esprit que le pôle R & D planche sur un nouveau type de pesto sec à préparer soi-même. Et démontrant à nouveau que chez Arcadie, le souci d’éthique et d’utilité sociale va se nicher jusque dans la stratégie marketing.

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