À l’ouest de Toulon, le groupe Fortil redonne vie à une bâtisse provençale du XVIIe siècle. Ce site de 900 m², situé à Ollioules sur un domaine de 15 hectares, accueillera d’ici la fin de l’année non seulement le siège varois du groupe d’ingénierie (aujourd’hui installé sur 4 sites), mais aussi un centre de formation, de séminaire, de recherche… et une ferme expérimentale. Baptisé Arcadia, ce projet cristallise les ambitions territoriales, sociétales et environnementales du groupe, qui a toujours fait de la RSE un des piliers de sa stratégie.
Un démonstrateur de la stratégie Fortil
Fondé en 2009, Fortil a imposé sa marque de fabrique. Il a réalisé 187 millions d’euros de chiffre d’affaires consolidé en 2024, enregistrant une croissance annuelle moyenne de 20 %. Il emploie 2 500 collaborateurs répartis dans 13 pays et 25 agences, dont une forte implantation en région Provence-Alpes-Côte d'Azur avec 350 salariés. Spécialiste du conseil en ingénierie (énergie, santé, mobilité, environnement), le groupe mise sur une organisation singulière : une gouvernance pilotée par 250 associés salariés, un modèle autofinancé à 100 % et un budget sociétal de 2,6 millions d’euros.
Le projet Arcadia est l’illustration concrète de cette dynamique. "Ce lieu porte notre vision d’une entreprise régénérative. Nous y mêlons patrimoine, recherche agronomique, expérimentation technologique et accueil associatif. C’est un lieu pour penser, produire et transmettre autrement", résume son dirigeant et fondateur Olivier Remini.
Un espace de vie scientifique
Au-delà de l’aspect patrimonial, "la bastide a traversé l’histoire toulonnaise depuis l’époque napoléonienne", Arcadia est conçu comme un espace de vie scientifique. Le site abritera un potager agroécologique, des oliviers, des arbres fruitiers en agriculture connectée, et surtout plusieurs serres dédiées à l’expérimentation : culture en milieu contrôlé, aquaponie, agriculture urbaine… mais aussi production alimentaire dans des environnements extrêmes, en lien avec des programmes européens et spatiaux.
Des partenariats sont déjà actifs : avec le Centre national d’études spatiales dans le cadre de travaux liés à la santé et la nutrition des astronautes, avec Spaceship pour préparer le futur de l’exploration spatiale habitée et ainsi étudier différentes formes d’agriculture dans l’espace, avec le programme d’écologie fonctionnelle MELiSSA de l’Agence spatiale européenne, ou encore avec l’Institut Agro de Montpellier pour explorer l’agriculture raisonnée. "Nous avons l’ambition de tester des systèmes agricoles transposables sur Mars comme en ville", résume Olivier Remini.
La vocation du lieu est également sociale : ateliers pédagogiques, ruches, ferme en insertion, accueil d’associations soutenues par le groupe. "L’idée est que les associations viennent à notre rencontre. Arcadia n’est pas une vitrine : c’est un lieu partagé", affirme le dirigeant. C’est aussi un "lieu attractif" pour les ingénieurs de l’entreprise, un espace pour accueillir "des séminaires à faible impact énergétique".
Un outil de gouvernance et de mesure extra-financière
Pour Fortil, Arcadia ne se résume pas à un projet RSE. Il est aussi un levier stratégique pour structurer une nouvelle manière d’évaluer la performance de l’entreprise. Le groupe y teste des indicateurs extra-financiers internes, adossés à six piliers : équité entre les 250 associés, nouvelle gouvernance partagée, impact technique des compétences, engagement sociétal, action environnementale, et enfin ancrage international. "Sur les 2,6 millions d’euros de budget RSE/impact, 46 % ne sont pas éligibles à la défiscalisation. C’est un choix assumé : celui d’un impact réel, pas de l’affichage", insiste Olivier Remini.
La dimension économique reste au cœur du modèle : le groupe prévoit d’atteindre 205 à 210 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025, en poursuivant son développement à l’international (+ 33 % en 2024).
Un laboratoire territorial d’innovation régénérative
Fortil déploie un modèle transversal et enraciné dans son territoire. Arcadia est ainsi pensé comme un démonstrateur duplicable : architecture bioclimatique, usage raisonné de l’eau, mix agroforestier, technologies connectées, ateliers de transformation mutualisés. Chaque parcelle est pensée comme une brique du système. "Nous voulons réduire notre impact tout en augmentant notre capacité d’innovation, de formation et d’accueil. Nous accordons une importance capitale aux enjeux de nos collaborateurs. Avec eux, nous façonnons les contours d’une entreprise régénérative, où les compétences des ingénieurs entrepreneurs deviennent une solution aux défis technologiques, humains et environnementaux", conclut le président.