Toute une équipe s’est formée en région Sud au chevet de l’arnica montana. Cette fleur bien connue des parents pour apaiser les bobos des enfants et des sportifs pour soulager courbatures et autre douleur musculaire, se fait de plus en plus rare.
Une préoccupation grandissante
"Techniquement, elle n’est pas menacée de disparition mais elle est dans la liste des plantes en "préoccupation mineure", ce qui est déjà beaucoup et qui est un classement qui n’est plus à jour, explique Vincent Truffault, directeur agronomie de Futura Gaïa (21 collaborateurs, CA : NC), agritech qui cultive en environnement contrôlé des plantes alimentaires et pour les secteurs cosmétique, pharmaceutique, nutraceutique et de la parfumerie. "Pour qu’elle ne bascule pas en "préoccupation majeure", il faut arrêter de piller la nature."
Car l’arnica montana n’existe qu’à l’état sauvage. Pour répondre à leurs besoins, les acteurs de la pharmaceutique ou de la cosmétique procèdent donc à de la cueillette en montagne. En plus des effets du dérèglement climatique et notamment à la sécheresse et au manque de neige (indispensable pour que la fleur puisse pousser), la fleur voit ses étendues se réduire un peu plus à chaque saison.
Domestiquer une plante sauvage
D’où la naissance d’initiatives pour tenter de la "domestiquer", des tentatives de culture jusqu’alors infructueuses en dessous de 2 000 mètres d’altitude. "C’est pour cela que nous avons lancé le projet Biomimalp, avec Mycophyto, reprend Vincent Truffault. Si des entreprises comme Boiron ou Weleda ont des programmes de recherche essentiellement tournés sur la génétique, nous cherchons à comprendre ses mécanismes de floraison. Notre objectif chez Futura Gaïa est d’apporter des solutions là où il n’y a plus de solutions de culture traditionnelle. Nous sommes sollicités quand il y a une problématique, une plante rare ou en danger."
Si son siège est implanté à Rodilhan, dans le Gard, Futura Gaïa, créé en 2019, a installé son unité de production de 1 800 m2 de plancher qui abrite sa première grande ferme verticale, à Tarascon dans les Bouches-du-Rhône.
Un projet régional
Financé par la Région Sud, dans le cadre de France 2030 et d'un projet I-Démo (plus de 500 000 euros), labellisé par le pôle de compétitivité Innov’Alliance, le projet Biomimalp embarque aussi la deeptech grassoise Mycophyto, le Conservatoire botanique national Alpin (CBNA) basé à Gap, et l’association azuréenne Recherche et Avenir via son dispositif RUE, Recherche Université Entreprise, déployé depuis 2015 pour faire bénéficier les entreprises des compétences et ressources des laboratoires.
Il leur reste un an avant de devoir livrer leurs conclusions. "Nous avons compris assez rapidement avec Mycophyto que pour cultiver l’arnica montana, la plante doit avoir son terroir, sa terre bien à elle et c’est ce qu’on essaye de reproduire", souligne Vincent Truffault.
Imiter la nature
Fondée en 2017, Mycophyto (une trentaine de salariés, CA: NC) développe justement des solutions biologiques à partir de champignons mycorhiziens adaptés à chaque terroir et à chaque culture, pour régénérer les sols, réduire les apports en eau et en engrais chimiques, et améliorer la qualité des productions.
En montagne, là où elle fleurit, "l’arnica n’est pas seule, explique Elena Bovio, chargée des projets innovation de la deeptech. Des espèces peuvent exercer une influence sur sa floraison, il y a aussi tout les microbiotes, les champignons et les bactéries qu’on retrouve dans le sol et associés à ces plantes. Notre objectif est de mettre au point ce qu’on appelle une recette biomimétique." Une solution qui viendrait imiter les conditions naturelles dans lesquelles la fleur pourrait s’épanouir.
Et cela constitue une véritable innovation car "la recherche sur les sols est très récente, rappelle Ludivine Alenda, en charge de la communication et du marketing de Mycophyto. Et il y a encore beaucoup de travail à accomplir pour comprendre tous les micro-organismes, toutes les interactions avec les micro-organismes et toutes les adaptations, notamment aux changements et aux évolutions climatiques."
Adresser 10% du marché de l'arnica
Au-delà des résultats qui "seront accessibles puisque le projet est financé par des fonds publics", précise Vincent Truffault, s’ouvrira aussi un volet business pour les entreprises engagées dans la sauvegarde de l’arnica des montagnes. "Si ça marche, Mycophyto pourra mettre le produit de biostimulation sur le marché pour faire fleurir l’arnica, et chez Futura Gaïa nous pourrons produire cette arnica dans des fermes verticales pour aider le marché à se reconstruire. Si tout se passe bien, on va peut-être adresser 10 % du marché."
Le modèle pourrait être dupliqué et appliqué à d’autres fleurs : l’inule, la rose des Alpes ou le génépi sont menacés par le dérèglement climatique, la vanille de Madagascar pour des raisons géopolitiques. La rhodiole ou la centella, bien moins connues, sont aussi en danger. "Ce sont des plantes massivement utilisées, explique Vincent Truffault. Il est donc intéressant de mener cette action à la fois business, en maintenant un marché existant, et d’arrêter de piller la nature parce qu’aujourd’hui, c’est gratuit, on en profite. Or, ce n’est pas gratuit quand on détruit."