Pas facile de se mettre aux champs lorsque nous n’en venons pas. Pourtant, la motivation est là. Qu’il s’agisse de brevets professionnels, ou de BTS, les formations agricoles sont aujourd’hui, en moyenne, remplies à plus de 60 % de personnes non issues du milieu agricole. Mais, au moment de s’installer, beaucoup d’entre eux manquent de pratique, et de nombreuses néo-fermes échouent, faute d’un projet ou d’un modèle économique abouti. C’est de ce constat qu’est né l’organisme de formation vendéen Cultive, qui a ouvert une première promotion en janvier 2025. Cette ferme vient de lever 1,8 million d’euros auprès de Citizen Capital, la Banque des territoires, Impact business angels et des citoyens via LITA. co, afin de concevoir un premier lieu d’apprentissage, à Montaigu en Vendée. "Il y a plusieurs années, les formations comportaient beaucoup plus d’enfants de paysans, qui avaient déjà plusieurs années de pratique. Ce n’est plus le cas. Avec Cultive, nous apportons peu de théories mais beaucoup de pratique, et sommes ainsi complémentaires des formations déjà existantes. Nous proposons un an de formation, suivi d’un à trois ans de salariat sur nos parcelles en fonction de la maturité de chaque projet", explique Baptiste Saulnier, fondateur de Cultive et associé, dans ce projet comme dans la vie, avec Vanessa Correa. Cette dernière a été plusieurs années formatrice en agroécologie à la ferme normande du Bec Hellouin, qui se veut une référence mondiale dans la pratique de la permaculture.
Entre 1 500 et 2 500 euros nets par salarié
Le parcours métier développé sur ce campus sera lié au maraîchage bio intensif. Un paradoxe ? "Il faut comprendre une pratique biologiquement intensive. L’idée est de produire de manière très dense sur de petites parcelles, avec une grande rotation de cultures", détaille Baptiste Saulnier. La méthode repose sur trois piliers. D’abord la viabilité économique, avec une production de 60 tonnes de légumes par an et par hectare, afin de ne pas dépendre des aides de la PAC. L’accent est également mis sur le design, qui se veut écologiquement positif, via par exemple des bandes enherbées pour favoriser la biodiversité. Enfin, un modèle socialement juste, avec un salaire entre 1 500 et 2 500 euros nets par salarié sur les exploitations. Le centre va comporter quatre unités de cinq hectares, avec 6 étudiants ou salariés par parcelle.
Plusieurs sources de revenus
L’objectif est d’arriver à l’équilibre en 2027 pour ce premier centre. "Nous aurons trois sources de revenus. Tout d’abord, les formations, qui peuvent être financées par divers dispositifs comme le CPF, la vente des fruits et légumes de la ferme qui permettent de payer les salaires, et une offre de conseils et d’accompagnement pour les collectivités ou entreprise privées", détaille Baptiste Saulnier.
D’autres campus à venir
Surtout, au-delà des heures d’expérience engrangées, le centre Cultive vise à aider les futurs maraîchers à concevoir leur ferme, avec une stratégie commerciale liée à leur aspiration. Le campus de Vendée, dont les terres ont été achetées par la société bordelaise Fermes en Vie (Feve) qui les loue, vise à faire des petits dans les autres régions de France. "Si un maraîcher veut s’installer près de Marseille, il sera plus pertinent pour lui de cultiver et acquérir de la pratique sur ce territoire", estime Baptiste Saulnier, qui ouvre ainsi la porte à de futures levées de fonds. Un second campus Cultive devrait ainsi voir le jour d’ici 2027.
Former 700 personnes d’ici 10 ans
L’objectif à 10 ans est de former 700 apprenants, et de pérenniser 450 fermes, ce qui permettrait également de créer un réseau de fermes, qui s’entraident dans chaque région. De quoi se rendre aux champs avec plus de bagages, et mieux préparé à la réalité du métier.