Après cinq années de R & D et un premier brevet déposé, le pilote de la première unité de micro-méthanisation est en cours d’assemblage dans l’atelier strasbourgeois d’Arkeale (10 collaborateurs). Il doit venir équiper un maraîcher colmarien (Haut-Rhin) au premier semestre 2025. Cette toute première unité permettra au client de la start-up strasbourgeoise fondée en 2020 par Clément Carrato, de traiter 500 tonnes de biodéchets par an. "Pour un investissement de 300 000 euros, ce premier client, un maraîcher qui cultive 30 ha en bio, va produire pour 30 000 euros de gaz par an. Cette production lui permettra de couvrir à hauteur de 150 000 km la consommation en carburant de ses cinq Renault Master utilisés pour la livraison de paniers à l’année", explique Clément Carrato.
Une première "biocapsule" soumise à déclaration ICPE
Avec une emprise au sol de 80 m2, la solution d’Arkeale se veut compacte et acceptable, afin d’être installée en milieu urbain. À Colmar, les premiers voisins du maraîcher sont implantés à 500 mètres de la future unité, selon son dirigeant. Si le permis de construire est encore en cours d’instruction, Clément Carrato estime que la réception du projet par la municipalité est bonne.
"Soumise à déclaration ICPE, cette première installation qui traite des déchets agricoles n’a pas été soumise à la nécessité d’une autorisation (les installations classées pour la protection de l'environnement traitant moins de 30t par jour de déchets végétaux bruts sont soumis à une seule déclaration, NDLR). Ce sera en revanche le cas pour les futures unités qui traiteront viandes et poissons issus des cuisines centrales", souligne Clément Carrato, le jeune PDG d’Arkeale.
"Décocher les cases"
"Nous sommes vraiment sur une rupture d’usage et nous nous employons à décocher toutes les cases auxquelles se heurtent les projets de méthanisation centralisée, précise-t-il. La micro-méthanisation destinée à l’autoconsommation permet que le traitement (de 200 tonnes à 600 tonnes de biodéchets traités, NDLR) se fasse en circuit court. Elle ne génère donc pas de trafic routier. Nous sommes par ailleurs sur une solution compacte et esthétique, sans nuisances olfactives et sans risques d’incendie ou de pollution. Nos cuves sont équipées de doubles parois et de capteurs. Très peu de gaz est stocké, moins que dans les stations-service", poursuit le dirigeant.
Plusieurs prospects ont été approchés dont des collectivités, en Alsace mais également outre-Rhin, à Karlsruhe et Fribourg, des cuisines centrales, des chaînes d’hypermarchés.
Une levée de fonds de 900 000 euros
Si le coup de froid évoqué en ce début d’année sur les soutiens de l’Ademe tombe mal (le projet colmarien a bénéficié de 65 000 euros d’aides de l’Ademe), il n’est pas de nature à doucher l’enthousiasme d’Arkeale et de ses investisseurs. "Aucun projet entrepreneurial ne peut imaginer fonctionner à moyen terme avec des subventions. Il est certain que si le marché est aidé, le développement sera plus rapide mais même sans, il y a un vrai sujet", abonde Michel Hussherr, le fondateur de la communauté d’investisseurs Cajuba qui est entrée au capital de la toute jeune entreprise en fin d’année dernière.
Afin d’accélérer son développement, la start-up vient effectivement de lever 900 000 euros, dont 300 000 euros auprès des Business angels alsaciens.