En novembre 2022, c’est la naissance. ChatGPT vient de sortir. Depuis, d’autres ont suivi, comme Claude, ou encore le Chat de Mistral. Et globalement, tout le monde a déjà utilisé l’un de ces modèles d’intelligence artificielle (IA). Mais cette révolution n’est pas sans conséquence : en France, le numérique représente déjà 4,4 % de l’empreinte carbone global. Selon l’Ademe, cela pourrait être trois fois plus en 2050, si des mesures pour limiter son impact ne sont pas prises. C’est tout l’enjeu du nouveau consortium ligérien, Frugalia. Ce dernier inclut trois acteurs : l’hébergeur web DRI en chef de file, basé à Nantes et au Mans, l’éditeur nantais Easyvirt, ainsi que l’IMT Atlantique pour la partie universitaire et publique.
Une empreinte IA réduite de 20 à 50 %
Ce projet est doté d’un budget d’un million d’euros, dont 650 000 euros viennent de fonds européens (Feder), le reste venant des trois partenaires du consortium. Il s’étalera sur deux ans et demi. "Notre premier défi sera de bâtir un modèle de mesure, capable de prendre en compte l’ensemble de la chaîne IA, du périphérique jusqu’au data center, afin de prédire son impact carbone", livre Régis Josso, dirigeant de DRI. Au-delà des mesures, le deuxième objectif de Frugalia est de mettre en place un routage IA intelligent, afin d’orienter la demande de l’utilisateur vers telle ou telle structure, afin de diminuer son impact carbone. Dernière ambition : aider à concevoir un prompt réduit et plus frugal, via par exemple un vocabulaire simplifié, sans avoir de dégradation sur la réponse apportée. "On préconise un modèle IA plus léger sur toute la ligne. Au total, on porte l’objectif de réduire l’empreinte carbone autour de l’IA de 20 à 50 %", ajoute le dirigeant.
DRI avance avec son propre outil d’IA
Fondé en 2001, DRI (39 personnes, 4,1 M€ de CA) est spécialisé dans l’hébergement de site web, et l’infogérance. Avec une croissance de 10 % chaque année, l’entreprise possède depuis 2010 son propre data center au Mans, monté avec des serveurs reconditionnés, et qui sera mis au service du projet Frugalia. "Nous travaillons déjà depuis plusieurs années avec Easyvirt, qui propose des indicateurs de consommation carbone des serveurs", précise Régis Josso. Les deux entités travaillent notamment sur une "greenzone", un portail qui propose aux clients des manières d’alléger son impact carbone, en fonction de leur utilisation du numérique.
Les résultats du projet Frugalia pourront ensuite être intégrés au sein de ces outils. D’ailleurs, DRI a pris les devants, sans attendre les résultats du projet de recherche : elle déploie déjà son propre outil d’IA, qui se veut souverain. "Nous choisissons l’agent IA en fonction de telle ou telle requête. Notre outil est déjà commercialisé chez certains clients, comme l’agglomération de la Roche-sur-Yon, ou encore l’Office national des forêts (ONF)", ajoute le dirigeant, qui travaille à 60 % pour les collectivités, et 40 % pour des pure players d’internet : tourisme, vente à l’international, ou encore site de paris en ligne. DRI souhaite également s’ouvrir à l’avenir à des clients du secteur de la santé, et aux données des industriels. Car, si l’empreinte environnementale de l’IA reste parmi les priorités, l’intérêt pour une solution numérique souveraine a été décuplé depuis le retour de Trump à la présidence des États-Unis. Et DRI, qui a misé à la fois sur la souveraineté et la frugalité, pourrait bien en récolter les fruits.