L’opérateur de services cloud breton Blue s’est doté d’un second data center souverain à Nantes (Loire-Atlantique) en début d’année 2026. Cet outil, qui vient en complément de son premier site de Châteaubourg, près de Rennes, fait de Blue l'une des rares entreprises du secteur à posséder deux data centers dans la même région. "Beaucoup d’acteurs français proposent en effet l’hébergement de données dans des sites qu’ils louent, souvent en région parisienne, constate Réda Belouizdad, directeur marketing et communication de Blue, qui emploie 200 salariés pour 55 millions d’euros de chiffre d’affaires. Nous préférons être maîtres de tout. Ces data centers, ce sont nos biens : nous gérons donc nous-même le bâtiment, sa sécurité incendie, la gestion des réseaux, etc.".
Répartir les risques en cas de "black-out"
L’entreprise bretonne héberge les données de 2 500 clients, dans 11 000 serveurs. Si demain un serveur rencontre un problème, s’il y a un "black-out", le second prend immédiatement le relais. "Cela rassure nos clients, poursuit le directeur marketing. Il est central de répartir les risques. Nos deux sites sont sur des plaques énergétiques différentes et sur des plaques sismiques différentes, tout en restant implantés dans l’Ouest." De même, alors que les annonces émanant des États-Unis viennent régulièrement chambouler l’économie européenne et française, l’opérateur breton a une carte à jouer. "En France, 70 % des données des entreprises sont aujourd’hui encore hébergées chez des acteurs américains, constate Réda Belouizdad. Si demain Donald Trump décide d’arrêter de vendre des solutions américaines aux Français, cela aura de grandes répercussions. Il est temps de se poser les bonnes questions."
Des certifications pour rassurer
C’est ce cloud souverain porte le développement de l’entreprise, qui réalise + 20 % de croissance par an. Pour garantir cette souveraineté et cette haute sécurité, Blue a engagé de nombreuses démarches de certification. "La certification Iso 27 001, par exemple, garantit que nous maîtrisons les informations qui passent entre nos serveurs et la certification HDS nous permet d’héberger des données de santé", détaille Réda Belouizdad. L’entreprise est également en cours de certification pour obtenir le plus haut niveau de sécurité par l’ANSSI, avec le SecNum Cloud. "Il exige 300 points de contrôle et notre ambition est de l’obtenir avant fin 2026".
Défendre un lien de proximité avec les entreprises
Pour accélérer le déploiement de ses solutions françaises, Blue a fait entrer à son capital en avril 2026 le fonds LDIF (Legal & General Digital Infrastructure Fund), géré par L & G Asset Management (en remplacement de Quilvest). Cette opération doit permettre à Blue de consolider ses positions sur le marché du cloud souverain et de la cybersécurité en France. L’entreprise rennaise vient d’ailleurs d’ouvrir une agence commerciale et technique à Paris et devrait prochainement s’installer à Lyon et Bordeaux, pour créer un lien de proximité avec ses clients. "Nous prônons la souveraineté des données : qu’elles restent celles des entreprises, stockées sur des infrastructures sur lesquelles le Patriot Act américain (loi qui permet aux autorités américaines de demander l’accès à des données hébergées par des acteurs soumis au droit américain, NDLR) n’a pas accès, rappelle Nicolas Boittin, PDG de Blue. C’est pour cela que nous avons construit des data centers régionaux, avec des équipes locales, pour garantir confidentialité, sécurité et proximité".