Pouvez-vous définir les contours du partenariat de Boccard (3 000 salariés, dont 1 500 en France, CA : NC) avec la start-up Revcoo, porteuse d’une technologie de captation de CO2 cryogénique dans les fumées industrielles ?
Nos juristes s’attellent à la rédaction de l’accord, qui devrait être signé courant janvier 2026. Revcoo (15 salariés) cherchait des partenaires industriels et nous voulons devenir un ensemblier complet sur le marché de l’incinération des déchets et de la biomasse, avec la pleine maîtrise de processus technologiques, de l'ingéniérie amont à la maintenance en passant par la fabrication de centrales thermiques renouvelables.
Comment pensez-vous travailler ensemble ?
Nous allons former un comité de pilotage pour collaborer sur des projets communs dont Boccard sera porteur. Nos synergies porteront sur la R & D, l’industrialisation avec l’objectif de rentabiliser son système de capture de carbone, dont le coût est encore élevé notamment en raison de sa consommation d’électricité. Notre coopération n'est pas figée car justement, l'idée est de confronter une technologie innovante aux réalités industrielles.
Quels sont les bénéfices attendus de votre alliance ?
Nous pensons que Revcoo, implanté dans le Rhône comme nous, a un vrai potentiel, avec un prototypage éprouvé mais, seule, l’entreprise reste un peu limitée. Il faut que ses dirigeants trouvent des industriels prêts à investir dans leur pilote. De notre côté, nous pouvons les aider à s’industrialiser. En tant que spécialistes de la combustion et du traitement des fumées, nous allons leur apporter une plateforme sur laquelle ils pourront s’adosser. Pour nous, c’est aussi une façon d’enrichir l’offre pour nos clients.
Ce partenariat s’intègre dans une stratégie plus globale, lancée par Boccard dès la fin des années 2010 ?
Oui nous avons repris le département ingénierie de la société belge Hamon Environnement (liquidée en 2021, NDLR) qui nous a apporté l’expertise d’une dizaine d’ingénieurs spécialistes du traitement des fumées pour l’incinération et l’industrie. Puis avec l’acquisition en 2023 du nantais Leroux & Lotz Technologies, dont l’essentiel des forces vives est désormais basé à Grenoble. Il s’agissait du dernier fabricant français de chaudières industrielles, qui nous intéressait aussi parce qu’il avait développé un pilote captation de CO2 dite "aux amines" associant production énergétique et traitement des fumées.
Mais alors pourquoi vous rapprocher de Revcoo alors que vous aviez déjà la technologie dite "aux amines" portée par le fabricant de chaudières Leroux & Lotz que vous avez repris en 2023 ?
En matière de décarbonation, les technologies ne sont pas encore totalement matures.
Nous allons développer les deux technologies en parallèle parce que nous avons besoin d’une alternative. D’autant qu’il est probable qu’à terme, les deux options soient utiles pour des usages différents.
C’est-à-dire ?
Les technologies de captation du CO₂ « aux amines » sont aujourd’hui la méthode la plus utilisée et la plus mature pour récupérer le dioxyde de carbone dans les fumées industrielles (centrales, cimenteries, usines chimiques, etc.). La captation du CO₂ aux amines, c’est une éponge chimique industrielle capable d’aspirer le carbone dans les fumées. Mais elles produisent des dérivés polluants qui comportent des risques sanitaires encore mal maîtrisés. Un de leurs "défauts" est qu’elles nécessitent un traitement des rejets d’eau. Nous devons encore travailler pour les rendre plus sûres.
Quels sont les atouts de la solution de Revcoo ?
La technologie dite cryogénique de Revcoo est très intéressante. Elle piège la fumée dans l’azote pompé dans l’air, refroidi à - 200 degrés pour le liquéfier. Mis en contact avec les fumées, il cristallise le CO2 qui est ensuite séparé de la fumée puis chauffé pour le rendre gazeux. Ce process est plus "propre" que celui des technologies aux amines mais il génère une grosse consommation d’électricité qui influe négativement sur son bilan carbone.
Comment comptez-vous améliorer l’efficacité de ces solutions de captation de carbone ?
Les deux technologies consomment encore beaucoup d’énergie et doivent être perfectionnées pour améliorer leur efficacité énergétique. Outre le passage à une échelle supérieure (industrialisation), deux leviers peuvent améliorer leur rentabilité. Le travail sur l’efficacité de la solution elle-même et son alimentation en énergie d’une part, et de l’autre, l’espoir que le prix de la tonne de CO2 augmente. Ce qui augmenterait les chances de viabilité financière. Émettre du CO₂ coûterait plus cher, donc capturer le CO₂ devient une option plus intéressante financièrement.
Pouvez-vous détailler le point sur la réduction de la consommation d’énergie consacrée à la capture de carbone et "l’amélioration" de la solution ?
Nous allons aussi rechercher des synergies énergétiques dans les usines pour diminuer les dépenses de fonctionnement. De nombreux sites industriels — cimenteries, aciéries, papeteries, centres de méthanisation… — produisent de la chaleur « perdue » : des fumées chaudes, de la vapeur excédentaire, ou de la chaleur issue de moteurs ou de compresseurs. Au lieu de laisser cette chaleur excédentaire se dissiper dans l’air, l’usine pourrait la récupérer pour alimenter le système de captation du CO₂. Résultat : l’installation de capture consomme moins d’énergie « neuve » (gaz, électricité…). Les coûts d’exploitation diminuent et la rentabilité globale s’améliore.