La start-up savoyarde Retrofleet et le sarthois CBM s’implantent à Nantes pour électrifier les cars thermiques
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La start-up savoyarde Retrofleet et le sarthois CBM s’implantent à Nantes pour électrifier les cars thermiques

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L’entreprise sarthoise CBM, actionnaire majoritaire de la start-up savoyarde Retrofleet, vient d’ouvrir un site à Nantes pour transformer des cars thermiques en cars électriques. L’ETI, spécialiste des pièces détachées pour les bus et les cars, ambitionne de monter en puissance sur ce créneau du rétrofit qui représente d’ores et déjà 10 % de l’activité du groupe.

Emmanuel Flahaut, directeur général de Retrofleet, présente les avantages de sa solution de rétrofit pour les cars scolaires — Photo : Benjamin Robert

Se lancer dans le rétrofit n’a rien à voir avec un retour dans le passé. Spécialiste de la pièce détachée pour les bus, cars, tramways et métros, l’ETI sarthoise CBM se lance dans les opérations de rétrofit depuis moins d’un an. Elle transforme ainsi les cars thermiques en cars électriques. Cette diversification a été impulsée par la prise de participation majoritaire dans la start-up savoyarde Retrofleet (50 salariés, CA 10 M€ en 2024), en mai dernier. Pour cette activité, qui compte déjà deux sites près de Lyon et en Île-de-France, CBM inaugure un nouveau point d’ancrage près de Nantes, à Sainte-Luce-sur-Loire. "L’objectif est de mieux couvrir le grand Ouest. Il y a beaucoup de transporteurs très dynamiques dans les Pays de la Loire", analyse François Veysset, directeur général du groupe de carrosserie Besset, repris l’année dernière également par CBM et qui gère désormais toute la partie rétrofit. "Nous ouvrirons bientôt un quatrième site. Il sera en Île-de-France afin de soulager le premier qui arrive à saturation".

Une cinquantaine de cars déjà convertis

Ce nouveau site a nécessité un investissement d’environ 100 000 euros, et est occupé dans un premier temps par 13 salariés. Deux cars sont déjà en cours de transformation. "Les opérations pour électrifier un car prennent environ un mois. Sur place, nous pourrons en transformer deux par mois", détaille François Veysset.

Emmanuel Flahaut, directeur général de Retrofleet, présente les avantages de sa solution de rétrofit pour les cars scolaires — Photo : Benjamin Robert

CBM doit aujourd’hui convaincre les transporteurs de transformer leur flotte. Pour cela, l’ETI doit réussir à évangéliser le rétrofit. "Cela signifie, pour les transporteurs, réinvestir dans des cars qui sont déjà à la moitié de leur vie. Mais il faut comprendre que ces opérations leur redonnent une nouvelle vie", argumente François Veysset. Une cinquantaine de cars sont passés d’un modèle thermique à un modèle électrique en 2024 dans les ateliers de CBM. "L’opération hors option tourne autour de 185 000 euros pour un car" appuie Emmanuel Flahaut, directeur général de Retrofleet. Le carnet de commandes semble déjà bien rempli pour les mois à venir. "Nous devrions électrifier à nouveau 50 cars dans les quatre premiers mois de 2025. À l’horizon 2028, nous visons de transformer environ 600 cars par an sur l’ensemble de nos sites", planifie Andrea Chiocchetti, président de CBM.

Tripler son chiffre d’affaires

Le groupe CBM compte aujourd’hui 300 personnes, pour un chiffre d’affaires évalué à 200 millions d’euros pour 2024. Pour une première année, le rétrofit a vite trouvé sa place, puisqu’il représente déjà 5 % de l’activité globale, avec environ 10 millions d’euros de chiffre d’affaires généré. "La part du rétrofit dans le groupe est amenée à augmenter", prédit François Veysset. De son côté, Retrofleet, qui s’occupe de concevoir et fabriquer les moteurs électriques pour les cars, prévoit de tripler son propre chiffre d’affaires l’année prochaine, et ainsi de passer de 10 à 30 millions d’euros. "Nous entrons dans une phase exponentielle qui peut être dangereuse pour une start-up, et nous veillons à garder une croissance raisonnable. Nous devrions être rentables début 2025", pointe Emmanuel Flahaut.

Le moteur thermique, le réservoir et le pot d’échappement sont enlevés pour installer les batteries et le moteur électrique de la start-up Retrofleet — Photo : Benjamin Robert

Un agrandissement déjà planifié

En parallèle du rétrofit, le nouveau site nantais permet également d’assurer la maintenance des bus et des cars électrifiés, via Stimio, entreprise nantaise acquise également en 2023 par CBM. "L’objectif est de prévoir une maintenance prédictive, de savoir à l’avance lorsqu’un compresseur va lâcher par exemple, afin d’avoir les pièces disponibles et d’effectuer les réparations avant qu’une panne ne survienne", détaille Jean-Luc Frontera, directeur général de Stimio. Pour absorber les activités à venir, CBM a déjà en vue d’agrandir son site de Sainte-Luce-sur-Loire. "L’idée est de reprendre le bâtiment à côté d’ici un à deux ans pour s’étendre", planifie François Veysset.

Cap sur l’Italie

Si la France semble pionnière sur la réglementation du rétrofit, les autres pays européens suivent le pas, et CBM est en embuscade. Le groupe vise notamment l’Italie en 2025. "Auparavant, les aides en Italie étaient conditionnées à l’achat de cars neufs, mais, dans la région du Piémont, ces aides sont maintenant disponibles pour les opérations de rétrofit des cars. Nous venons d’ailleurs d’avoir une première commande pour 32 cars. Nous ouvrirons un bâtiment à Turin de 3 000 m², dédié au rétrofit", précise Andrea Chiocchetti. Celui-ci devrait ouvrir dès février 2025, avec une vingtaine de personnes sur place.

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