GTE Automotive, qui propose des solutions de décarbonation pour la mobilité professionnelle, inaugure en cette fin avril son centre européen de la mobilité décarbonée, à Sallaumines, dans le Pas-de-Calais. Cette plateforme est située sur le site du carrossier Durrisotti, que le groupe a racheté en juillet 2024. Pour concrétiser ces projets, la PME a récemment conclu "des accords décisifs de financement", pour un montant non précisé, auprès de ses partenaires bancaires, l’État, la région Hauts-de-France et la Communauté d’Agglomération de Lens Liévin (CALL).
Un nouveau siège dans le Pas-de-Calais
Ces opérations ont amené l’entreprise à déménager son siège, depuis Lesquin (Nord) jusqu’à Sallaumines. C’est sur ce nouveau site que la PME compte franchir une étape significative de son développement. GTE Automotive conçoit et produit des solutions de mobilité, autour de la décarbonation de l’industrie automobile, comme l’électrification de véhicules, l’aménagement de flottes, la maintenance…
Ses principaux clients incluent des ministères, des collectivités, des constructeurs et de grandes entreprises. En 2024, l’entreprise réalisait un chiffre d’affaires de 65 millions d’euros, avec 450 collaborateurs. Positionné sur un marché porteur, GTE Automotive vise les 311 millions d’euros de chiffre d’affaires dès 2028. Cette croissance sera accompagnée du recrutement d’une centaine de collaborateurs.
De start-up à PME
GTE Automotive, c’est aussi la discrète histoire d’une start-up lilloise qui, devenue une PME familiale, brigue désormais le statut d’ETI. Tout est né en 2013, lorsque Ludwig Czelecz crée, à la fin de ses études d’ingénieur chez Polytech Lille, la start-up Green Tech Engineering. Il porte alors la volonté d’électrifier des véhicules professionnels, "un secteur que personne n’attaquait à l’époque ou n’imaginait changer", commente l’ex-startuper, devenu président de GTE Automotive.
Mener à bien ce projet nécessite un outil industriel, que la start-up commencera à acquérir plus tard, faisant le choix de s’autofinancer. "Je ne souhaitais pas perdre la gouvernance de l’entreprise", souligne le dirigeant, qui détient aujourd’hui 49 % du capital, aux côtés de son épouse Marie Desprez, directrice générale de GTE Automotive, qui possède aussi 49 % du capital. Le père de celle-ci constitue le troisième actionnaire.
"Nous sommes plus des chevaux de trait que des licornes."
En vue d’acquérir cet outil industriel, la start-up réalise des prestations d’ingénierie en tant que sous-traitant de l’industrie automobile. "Nous sommes plus des chevaux de trait que des licornes", sourit le dirigeant, qui revendique un Ebitda positif depuis 2016. Le groupe GTE voit officiellement le jour en 2018, lors de la première opération de croissance externe, auprès de la Spac (80 collaborateurs). Ce carrossier basé à Lesquin (Nord), qui transforme des véhicules pour le compte de la police, l’armée ou la santé, dote GTE Automotive d’un premier outil industriel.
Un outil industriel renforcé pas à pas
"À ce moment-là, le rachat de Durisotti nous intéressait déjà, mais nous n’avions pas la maturité nécessaire", relate Ludwig Czelecz. L’acquisition d’une autre entreprise, la TPE Creafer, suit en 2019. Installée à Avion (Pas-de-Calais), elle conçoit, fabrique et pose des bennes et des plateaux.
Vient ensuite le rachat de Delcroix (95 salariés, 13 M€ de CA, marque Klégé), en 2020. Basée à Bapaume (Pas-de-Calais), cette société est un acteur historique de la carrosserie isotherme et frigorifique. Un an plus tard, GTE crée une coentreprise aux côtés de la société savoyarde Retrofleet, baptisée Mona Automotive et basée à Bapaume, pour électrifier les flottes d’utilitaires légers. "Dès 2021, nous nous sentions prêts à reprendre l’entreprise Durisotti, mais son actionnaire (l’anglais Liberty Steel, filiale de la holding britannique GFG Alliance NDLR) n’était alors pas vendeur", regrette le dirigeant. Il faudra attendre l’été 2024 pour que ce projet de longue date se concrétise enfin.
Durisotti : entre atouts et relance
Le rachat de Durisotti permet à GTE Automotive d’ajouter quelques cordes à son arc. Ce carrossier équipe 10 % des véhicules vendus aux professionnels en France (pompiers, police, armée, transport de personnes). Il réalisait au moment du rachat un chiffre d’affaires de 30 millions d’euros, avec 170 salariés. Il dote la PME de ressources matérielles et humaines suffisantes pour faire face à des marchés comme l’électrification, que le dirigeant qualifie d'"explosifs". Il lui apporte aussi une importante capacité de stockage de véhicules et "un portefeuille de 14 000 clients actifs ces dernières années", indique Marie Desprez. Enfin, Durisotti possède une image de marque en Europe qui permettra à GTE d’accélérer encore à l’international, qui représente pour l’heure 15 % de son activité.
20 millions d’euros investis sous trois ans
Mais avant de profiter de ces atouts, encore faut-il relancer Durisotti. "Nous reprenons cette entreprise dans un état économique compliqué", note le dirigeant. La mobilisation de fonds était cette fois nécessaire, notamment pour restructurer l’endettement de Durisotti. GTE Automotive, qui a déjà recapitalisé le carrossier en apportant 5,1 millions d’euros, prévoit également d’y investir 20 millions d’euros.
Une enveloppe étalée sur trois ans, qui permettra la modernisation des infrastructures et la diversification des activités. Durisotti affiche "un niveau d’activité rentable depuis un mois", souligne Marie Desprez. Le carrossier espère un chiffre d’affaires de 42 millions d’euros en 2025, tout en étant profitable "à l’image de nos autres filiales", souligne la dirigeante, puis de 62 millions d’euros en 2028.
Des premières lignes de reconditionnement…
Inauguré le 30 avril, au sein du vaste site de Durisotti, le centre de la mobilité décarbonée permet d’aller au-delà de la carrosserie industrielle, "un marché très mature : pour gagner des parts, il faut les prendre aux concurrents", commente le président. Ce centre démarre avec une ligne de reconditionnement de véhicules professionnels.
"GTE Automotive propose de la décarbonation viable économiquement et non pas de la décarbonation marketing"
Le premier contrat porte sur la remise en état de fourgons du ministère de la Défense, qui opte pour du reconditionné plutôt que du neuf, dans le cadre de restrictions budgétaires et d’un changement de vision. "GTE Automotive propose de la décarbonation viable économiquement et non pas de la décarbonation marketing", revendique Marie Desprez.
… puis d’électrification
Fin 2025, l’entreprise va également lancer une ligne dédiée à l’électrification de cars pour couvrir les besoins dans les Hauts-de-France, avant de s’attaquer dès 2026 à l’électrification de véhicules lourds. "L’électrification d’un car revient en moyenne à 150 000 euros, avec des batteries qui ont une durée de vie de 7 à 10 ans, contre 450 000 euros pour un car électrique neuf", détaille Ludwig Czelecz.
"Il y a encore peu d’acteurs en France capables d’industrialiser l’électrification de véhicules professionnels."
"Nous avons près de 200 commandes en attente sur les cars : nous accélérons car la demande est forte. Nous assistons à un changement des mentalités et il y a encore peu d’acteurs en France capables d’industrialiser l’électrification de véhicules professionnels".