" La désindustrialisation a ralenti depuis une dizaine d’années, mais cela ne signifie pas que l’industrie soit sortie de ses fragilités ". Le constat émane de Louis Gallois, coprésident du think tank La Fabrique de l’industrie, invité le 14 janvier 2026 à débattre avec les chefs d'entrertrpises alsaciens.
L’antenne strasbourgeoise de l’association Forces françaises de l’industrie (FFI) avait en effet réuni, lors d’un déjeuner à Vendenheim (Bas-Rhin), Pierre-Etienne Bindschelder, PDG de Soprema, Dominique Baudendistel, Président de la Brasserie Licorne, Matthieu Hède, Président de MH Industrie, autour de l’ancien Commissaire général à l’investissement, ancien président de la Snecma, de l’aérospatiale, de la SNCF, d’Airbus, d’EADS et du conseil de surveillance de PSA Peugeot Citroën. Participaient également à cette table ronde Gilles Attaf, cofondateur des FFI et président de la certification Origine France Garantie et Jean Hansmaennel, cofondateur de l’association l’Industrie Magnifique.
Des entreprises sous pression
Au cœur des discussions, le projet de réindustrialisation qui semble aujourd’hui marquer le pas après les espoirs suscités au sortir de l’épidémie de Covid.
Les dispositifs de soutien, et en particulier les prêts garantis par l’État, ont avant tout joué un rôle de pare-chocs, constate Louis Gallois qui note que "le PGE a permis d’éviter une vague immédiate de faillites. Il a stabilisé la trésorerie, mais n’a pas réglé les problèmes de compétitivité, et ce que l’on observe maintenant, ce sont des défaillances qui ont été différées".
Car si l’Insee constate un redressement partiel et très hétérogène des marges des entreprises industrielles en France depuis le milieu des années 2010, avec des écarts marqués selon la taille des entreprises et les secteurs, l’industrie nationale n’est pas pour autant tirée d’affaires. "Certaines entreprises ont retrouvé de l’air, d’autres sont restées durablement sous pression " constate Louis Gallois en soulignant que la remontée observée après la crise sanitaire ne constitue pas un socle structurel. " Il ne faut pas confondre résilience conjoncturelle et solidité industrielle ", insiste-t-il, en affirmant que si dans un contexte de modération salariale et de reflux de l’inflation, la situation peut paraître favorable à court terme, "elle reste suspendue à des facteurs structurels : productivité, investissement, montée en gamme et capacité d’adaptation technologique".
Un dialogue insuffisant avec les décideurs publics
À cet égard Pierre-Étienne Bindschedler, PDG de Soprema Entreprises, regrette un dialogue insuffisant avec les décideurs publics. " Les politiques connaissent mal la réalité économique des entreprises. On parle beaucoup d’aides, mais il y a surtout des prélèvements ", estime-t-il.
Même constat chez Dominique Baudendistel, président de la Brasserie Licorne, pour qui " le flot de réglementations oblige à une vigilance juridique permanente. Cela devient extrêmement complexe à suivre pour des PME et des ETI".
" Entre industriels, on se comprend. Mais on ne sait pas toujours raconter notre réalité, ni donner des points d’accroche au grand public comme aux politiques" regrette pour sa part Jean Hansmaennel, cofondateur de L’Industrie Magnifique. C’est pourquoi les Forces françaises de l’industrie veulent aujourd’hui reprendre la main sur ce récit en multipliant les clubs locaux et les évènements. Dans le Grand Est, les FFI comptent aujourd’hui quatre clubs actifs dans le Bas-Rhin, le Haut-Rhin, en Lorraine nord et Lorraine sud, réunissant chacun une centaine de dirigeants, sous l’impulsion de Gilles Lakomski. Un cinquième club régional doit voir le jour dans le courant du deuxième trimestre 2026. Reste à savoir si cette parole trouvera un relais politique à la hauteur des enjeux.