"Le Détroit d’Ormuz est fermé et va l’être encore un certain temps. On va alors se rendre compte que le système que nous avons conçu est aberrant puisque toutes les chaînes de production sont rompues".
L’essayiste Natacha Polony estime que nous abordons, avec ce conflit au Moyen-Orient, non plus une crise de "bulles", telles qu’en a déjà connu le capitalisme, mais une crise de pénurie. "Le plastique, les métaux, par exemple, manquent. Nous assistons, par cette guerre, au retour de la physicalité du monde. Parce que nous avons oublié que l’économie est fondée sur des matières premières et l’énergie".
Les décideurs ont un rôle à jouer
L’éditorialiste estime que la France, en l’absence de matières et de capacité de production industrielle, risque de devenir dépendante d’autres puissances. "Il faut retrouver une économie de production, c’est une dimension éminemment concrète de l’économie. Le rôle que tous les décideurs ont à jouer, c’est de participer à la gestion du pays pour le retour de cette notion de matérialité et garantir la défense de nos intérêts".
Acheter Français
Natacha Polony voit dans le choix des consommateurs de préférer les produits français la seule manière de défendre "notre modèle économique. Acheter sur Shein, c’est voter pour un système qui nous promet de travailler jusqu’à 90 ans". D’où la nécessité pour les dirigeants d’afficher la traçabilité de leurs produits. "L’Union Européenne a commis l’erreur de se construire sur la seule idée de consommateur. Je préfère celle de citoyen et, avec elle, l’aspiration à reprendre la main. Les citoyens veulent être informés".
S’informer sur la traçabilité
L’essayiste cite ainsi l’exemple de l’entreprise pharmaceutique française Upsa qui ne peut afficher sur les emballages de ses médicaments la provenance - française - de ses principes actifs que l’Union Européenne assimile à de la publicité. "On entrave l’information du citoyen. Heureusement, on assiste à une mutation, un mouvement de bon sens qui se lève un peu partout", conclut-elle.