Les implantations d’usine en France ralentissent, la réindustrialisation patine, mais les élus locaux veulent encore y croire : "Réindustrialiser, c’est un acte de foi", lance Sébastien Martin, le président d’Intercommunalités de France. L’association, qui regroupe près de 1 000 intercommunalités, s’est lancée dans un tour de France pour convaincre les régions de signer une déclaration en faveur de la réindustrialisation.
"Ce qui fait la réussite des projets, c’est quand l’articulation entre tous les acteurs fonctionne bien."
Après les Hauts-de-France et la Bourgogne-Franche-Comté, c’est au tour de la Région Grand Est de parapher cette déclaration, par l’intermédiaire de son président, Franck Leroy. "Cette déclaration matérialise l’engagement réciproque entre le niveau régional et les intercommunalités en faveur de la réindustrialisation", résume Sébastien Martin. Concrètement, le document veut proposer une méthode de travail précise, pour favoriser l’implantation de projets industriels : "Ce qui fait la réussite des projets, c’est quand l’articulation entre tous les acteurs fonctionne bien. En matière de développement économique, l’échelon de l’intercommunalité, c’est l’échelon de la planification foncière, quand le rôle de la Région, c’est d’accompagner le développement économique, d’aller chercher les entreprises dans d’autres pays, de favoriser la décarbonation du tissu industriel", détaille Franck Leroy.
Trois élus pour un dossier à 1,8 milliard d’euros
Et le président de la Région Grand Est d’illustrer cette nécessaire complicité entre la Région et les intercommunalités par le dossier Newcleo : cette start-up du nouveau nucléaire a en effet choisi un terrain sur les communes de Pont-sur-Seine et Marnay-sur-Seine, dans l’Aube, pour y construire une usine de fabrication de combustible nucléaire recyclé à 1,8 milliard d’euros. "Il y avait déjà une promesse de vente sur ce terrain. Et je me revois encore dans le bureau de François Baroin, le président de Troyes Champagne Métropole, avec Philippe Picherry, le président du département de l’Aube. Si nous n’avions pas réussi à convaincre le propriétaire du terrain de déplacer son implantation de 25 kilomètres, nous n’aurions pas accueilli le projet de Newcleo", relate Franck Leroy.
"Pas dans une logique d’adversité ou de concurrence avec l’État."
Et l’État dans tout ça ? "Nous ne sommes pas dans une logique d’adversité ou de concurrence avec l’État", pointe le président d’Intercommunalités de France. "Le rôle de l’État est de fixer, au niveau national, un cadre réglementaire, d’accompagner certaines grandes politiques d’innovation, à l’exemple de France 2030, ou encore d’accompagner le développement des énergies, qui est un facteur de compétitivité pour notre pays". Pour autant, si les deux signataires se refusent à présenter l’État comme un adversaire, force est de constater que le partenariat est fragile. Les débats précédant la signature de la convention ont mis en exergue l’instabilité politique liée à la dissolution de l’été 2024, et son impact sur les projets industriels.
Des réformes qui pénalisent le local
Autre grief, les lois imaginées à Paris et débouchant sur des contraintes locales intenables : "Je prends comme exemple la loi fixant l’objectif du zéro artificialisation nette", illustre le président de la Région Grand Est. "C’est une réforme pensée par l’État et le Parlement sans contact avec les territoires. Résultat, aujourd’hui, cela fait 4 ans bientôt, que nous essayons de réformer cette réforme pour qu’elle soit plus opérationnelle et moins pénalisante."
Décentralisation et énergie pas chère
L’idée est là : pour réindustrialiser, il va falloir aller plus loin dans la décentralisation. "En travaillant de manière plus décentralisée, proche du territoire, plus en adéquation, nous parvenons à être plus en complicité avec les acteurs que sont les entreprises, et nous obtenons de meilleurs résultats", estime Franck Leroy. Le président de la Région Grand Est pointe un autre facteur pouvant expliquer la difficulté à réindustrialiser : le prix de l’énergie. "La France doit être en capacité d’offrir à ses industriels le prix d’une électricité bon marché", tranche l’élu.