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La fromagerie phare de Lactalis pour l’emmental fait face à une concurrence étrangère accrue
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La fromagerie phare de Lactalis pour l’emmental fait face à une concurrence étrangère accrue

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En Mayenne, la fromagerie de Charchigné fête ses quarante ans. Lactalis a profité de l’occasion pour faire visiter cette usine dont la production est quasi intégralement automatisée. Ce fleuron industriel dédié à l’emmental doit faire face aux importations en nette croissance.

La fromagerie Lactalis de Charchigné, en Mayenne, est dédiée à l’emmental. L’usine en produit 40 000 tonnes par an — Photo : Lactalis - Sylvain Malmouche

Ce vendredi 23 mai 2025, à l’occasion des quarante ans de sa fromagerie de Charchigné (Mayenne), Emmanuel Besnier le déplore : "L’emmental français était jusqu’ici une référence. Mais nous observons de plus en plus de concurrences étrangères en GMS (grandes et moyennes surfaces). Par rapport aux volumes dont on dispose en France, c’est une aberration !" lâche le président du groupe Lactalis, numéro un mondial des produits laitiers (30,3 Md€ de CA 2024, 85 500 salariés, 270 sites dans le monde).

La filière française écoule en GMS 154 000 tonnes d’emmental par an, les trois quarts vendus en râpé. La marque Président, tête de pont des marques de Lactalis, capte 13 % des parts de marché.

Les prix allemands pèsent

"Ces importations viennent d’Allemagne, de Suisse ou transitent via les Pays Bas. Elles représentent 25 % des volumes vendus en GMS, cette année", précise François Lebreton, directeur général de Lactalis Fromages (marques Président, Lepetit, Rouy, Chaussée aux Moines, Le Roitelet, etc.).

Selon lui, ces volumes étrangers posent "un double problème", à la fois pour l’activité et la rentabilité des usines françaises, mais aussi pour la valorisation du lait des producteurs français. "Les prix sont plus fluctuants en Allemagne que chez nous. Donc, quand les prix y sont bas comme cette année, les importations augmentent en France, principalement sur les segments de MDD (marques de distributeur) et de premiers prix", explique le directeur.

Le lait français plus cher

À l’inverse, en France, "le prix du lait payé aux producteurs Lactalis a augmenté de 10 euros en 2025, sur la base des PGC France" (produits de grande consommation : fromages, lait à boire, beurre, etc., NDLR), rappelle François Lebreton.

Pour les marques comme Président, ces hausses ont pu être transférées dans le cadre de la loi Egalim et des négociations commerciales closes fin février 2025. "En MDD, ce sont des contrats de gré à gré, il n’y a donc pas de date butoir", indique le directeur. Il faut donc comprendre que tout reste à faire.

40000 tonnes d’emmental par an

À Charchigné, une part croissante de la production est destinée aux différentes marques de distributeurs, françaises ou étrangères. Entièrement dédiée à l’emmental, la fromagerie mayennaise est l’usine de pointe qui a permis à Lactalis de devenir leader sur ce marché.

Abderrahim Louaifi, directeur de l’usine de Charchigné, et François Lebreton, directeur de Lactalis Fromages — Photo : Frédéric Gérard

Douze lignes de conditionnement expédient 40 000 tonnes de fromage par an, en plaquettes ou râpé. 55 % de la production est dédiée aux gammes Président. Et 16 % sont destinés à l’export, dont 80 % à destination de l’Espagne et des États-Unis.

Du recul sur les droits de douane américains

Or, aux États-Unis, le président Donald Trump veut alourdir les droits d’entrée des fromages français sur son sol. "Cela rendra nos produits plus onéreux. D’autant que nous n’avons pas de site de production de pâte pressée cuite aux États-Unis", relève François Lebreton. "En même temps, nous ne sommes pas sur du mass market là-bas : nos produits ne font pas partie des entrées de gamme. Et tant qu’il n’y a pas de quotas mis en place, rien ne change", tempère-t-il. Pour l’heure, aucune décision n’est actée.

Un levier de stockage

L’usine de Charchigné est aussi un atout dans la maîtrise des volumes du groupe. Matière sensible, le lait est plus facile à stocker sous forme de pâte pressée, notamment en haute saison de production. 60 % de la production de l’usine est stockée sur place, et 40 % à Fougerolles-du-Plessis, un site situé à cinquante kilomètres, toujours en Mayenne.

Un "gradeur" mesure la qualité et l’affinage d’une meule d’emmental, dans l’une des caves de la fromagerie Lactalis de Charchigné. Seule la moitié de la meule, la partie centrale, sera transformée en plaquettes de 250 grammes, le reste sera râpé — Photo : Lactalis - Sylvain Malmouche

Près d’un million de litres de lait arrive chaque jour à l’usine. Le lait est collecté auprès de 600 éleveurs installés dans un rayon de quelques dizaines de kilomètres.

Un poids économique local

Le site fait travailler plus de 350 personnes, dans ce village de 600 âmes. "60 % des opérateurs habitent dans un rayon de 20 kilomètres", indique Abderrahim Louaifi, le directeur de l’usine. Une douzaine de postes de cadres ou d’agents de maîtrise sont actuellement à pourvoir.

L’usine continue de se moderniser. "Nous sommes le site pilote pour la digitalisation du groupe, indique Abderrahim Louaifi. L’objectif est d’optimiser les saisies, pour gagner en temps et en fiabilité." Un gage supplémentaire pour la traçabilité des produits.

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