Strasbourg
La deeptech Blackleaf veut transformer son graphène en appareil de chauffage design
Strasbourg # Deeptech # Start-up

La deeptech Blackleaf veut transformer son graphène en appareil de chauffage design

S'abonner

La deeptech strasbourgeoise Blackleaf, spécialiste des encres conductrices au graphène, accélère la maturation de Blackheat, un panneau chauffant et acoustique développé avec le designer Tamim Daoudi.

À l’entrée des locaux de Blackleaf, à Illkirch-Graffenstaden, Yannick Lafue, fondateur de la startup, et le designer Tamim Daoudi, avec qui il co-développe Blackheat, un panneau chauffant et acoustique au graphène — Photo : Marine Dumeny

Pour écrire son histoire, la deeptech strasbourgeoise Blackleaf a opté pour l’encre… au graphène. Avec 1,2 million d’euros de chiffre d’affaires en 2025 et 16 salariés, Blackleaf évolue encore à petite échelle, mais sur des segments technologiques à forte intensité. Fondée par Yannick Lafue, la société s’est spécialisée dans la formulation d’encres fonctionnelles au graphène, un matériau composé d’une seule couche atomique de carbone organisée en réseau hexagonal. À cette échelle, le matériau présente une forte conductivité électrique, une conductivité thermique élevée, une faible masse et une grande flexibilité mécanique.

Le procédé développé par l’entreprise consiste à disperser des milliers de feuillets de graphène dans une matrice liquide afin d’obtenir une encre imprimable. Déposée par sérigraphie sur un substrat polymère, cette formulation devient une résistance plane capable de transformer directement le courant électrique en chaleur par effet Joule.

Les encres conductrices, films chauffants et formulations au graphène développés par Blackleaf constituent le socle technologique de la startup strasbourgeoise, utilisée aujourd’hui dans plusieurs applications industrielles — Photo : Marine Dumeny

"Lorsqu’on imprime nos encres au graphène, on vient fabriquer une nappe chauffante résistive, que l’on peut ajuster pour sortir plus ou moins de puissance", explique Yannick Lafue. Blackleaf annonce aujourd’hui une densité énergétique pouvant atteindre 6 watts par centimètre carré.

Autre caractéristique, la formulation repose sur une base aqueuse. "Nous sommes les seuls à produire ces encres résistives au graphène en base aqueuse", précise le dirigeant. Cette spécificité réduit l’usage de solvants organiques volatils et simplifie l’intégration industrielle.

Une technologie à applications multiples

Jusqu’ici, Blackleaf valorisait cette technologie sur plusieurs applications industrielles. Dans l’aéronautique, les films chauffants développés par la société sont étudiés pour le dégivrage de surfaces complexes, où leur finesse et leur homogénéité thermique constituent un avantage. Dans le ferroviaire, la technologie est explorée pour des usages de chauffage embarqué. Blackleaf travaille également sur des matériaux absorbants pour certaines bandes de fréquences radar, ainsi que sur l’électrification de procédés catalytiques industriels à haute température.

Ces différents débouchés reposent sur une même base technologique, mais avec des cycles de développement longs, notamment dans l’aéronautique, où les temps de qualification peuvent s’étaler sur plusieurs années.

Une première application produit hors défense

Avec Blackheat, Blackleaf transpose cette technologie vers un produit fini. Le système associe un film chauffant au graphène à une housse textile à propriétés acoustiques. Le panneau diffuse une chaleur rayonnante infrarouge, avec une épaisseur active inférieure à 5 millimètres et un rendement énergétique revendiqué proche de 100 %.

Yannick Lafue et Tamim Daoudi présentent Blackheat, un panneau chauffant fonctionnant par rayonnement infrarouge. À environ 1,50 mètre, la chaleur diffusée est directement perceptible — Photo : Marine Dumeny

Le fonctionnement diffère d’un radiateur conventionnel. Là où un système convectif chauffe l’air ambiant, Blackheat repose sur un transfert thermique par rayonnement. La chaleur est transmise directement aux corps et aux surfaces, limitant les mouvements d’air et la remise en suspension de particules.

Le prototype a été développé à l’été 2025. Sa commercialisation est envisagée pour début 2027, après certification CE et montée en industrialisation, en lien avec Engelab TNS Technology, basé à Strasbourg.

Une logique de conception

Blackleaf indique ne pas vouloir intégrer la fabrication du produit. "Notre métier s’arrêtera à la phase de conception", résume Yannick Lafue. Le modèle présenté repose sur la qualification technique du produit avant transfert vers des industriels chargés de la fabrication et de la distribution.

Le développement de Blackheat a été mené avec le designer Tamim Daoudi, dont le studio a réalisé environ 100 000 euros de chiffre d’affaires en 2025 avec deux salariés. Son intervention a porté sur la structuration du produit, ses usages et sa capacité d’industrialisation.

"Le design n’est pas une question d’esthétique. Il s’agit de faire en sorte qu’un concept puisse être réalisable", explique Tamim Daoudi. Le produit a ainsi été pensé comme modulaire, déhoussable et réparable, pour des usages allant du tertiaire à l’hôtellerie, en passant par le résidentiel ou les espaces éducatifs.

Blackheat doit désormais entrer dans sa phase de certification et d’industrialisation, avec une première mise sur le marché envisagée en 2027.

Strasbourg # Deeptech # Défense # Fabrication de meubles # Start-up # Innovation