Reproduire un plastique de qualité vierge, compatible avec un contact alimentaire, à partir de déchets d’emballages. Voici l’ambition de bobine. Pour y arriver, cette jeune start-up de la cleantech, créée l’an dernier, vient d’inaugurer son démonstrateur industriel au sein du Centre des Matériaux durables de Michelin à Clermont-Ferrand.
Spécialisée dans le recyclage chimique, la jeune pousse se donne ainsi les moyens de développer rapidement son innovation de rupture. Sa technologie a été mise au point dans un laboratoire du CNRS à Strasbourg, soutenue par la société d’accélération du transfert de technologies Conectus, et a nécessité trois ans de R & D. C’est aujourd’hui une nouvelle phase qui débute.
Une usine en 2026
"Ce démonstrateur va nous permettre de fonctionner en continu sur 24 heures. 100 kilos de déchets plastiques, souillés ou trop mélangés aujourd’hui pour être recyclés, vont pouvoir être traités par jour. Ce pilote industriel va être testé durant deux ans", explique Vincent Simonneau, directeur général de bobine. Un million d’euros ont été investis dans cet équipement, premier étage de la fusée. La suite s’écrira en 2026 avec une petite usine capable de traiter une tonne de déchets (barquettes alimentaires, film plastique sale…) par jour, avant d’imaginer de plus gros projets en partenariat avec des pétrochimistes. "Deux projets sont en cours de réflexion pour 2030. Ce sont des usines qui nécessitent entre 50 et 100 millions d’euros d’investissement et qui auront une capacité de 30 tonnes par jour. Il faut anticiper, car il faut aller vite pour pouvoir mettre notre technologie rapidement sur le marché", précise le dirigeant de cette start-up qui emploie aujourd’hui 10 personnes (CA non communiqué).
À mi-chemin entre le monde des déchets et de la pétrochimie
Ce recyclage chimique, combinant catalyse et induction, est scruté de près par les pétrochimistes. D’autant que d’ici 2040, les emballages qui seront en contact avec des aliments ou la peau devront contenir un minimum de 50 % de plastique d’origine recyclée, selon une loi européenne. La start-up pourrait répondre à cet enjeu. Et puis, elle apporte une solution intéressante alors que 30 % de la collecte de plastique est destinée, aujourd’hui, à l’enfouissement ou à l’incinération, faute de pouvoir être valorisé. "Nous contribuons ainsi au développement de solutions durables et circulaires de production de matériaux. Nous sommes à mi-chemin entre le monde des déchets et celui de la pétrochimie. Notre vocation n’est pas d’opérer des usines mais de vendre notre technologie sous forme de licence pour que les pétrochimistes puissent produire des monomères (NDLR : des molécules entrant dans la composition de plastiques) grâce à un recyclage chimique efficient", complète Vincent Simonneau, également ingénieur chimiste.
Une levée de fonds de deux millions d’euros
Car bobine promet une performance bien supérieure à ce qui existe actuellement. "Notre technologie apporte 45 % de rendement en plus en monomères, diminue de 60 % l’empreinte carbone par rapport aux autres procédés actuels de recyclage chimique et diminue les coûts de production de 45 %. C’est clairement une technologie à impact", assure le directeur général de bobine. La jeune start-up strasbourgeoise, propriété du CNRS, de Sicat et de Blackleaf, producteur de graphène, sous forme de licence exclusive, vient de boucler une levée de fonds à deux millions d’euros. Elle envisage un nouveau tour de table dans les prochains mois.