Votre technologie trouve son origine dans vos travaux de recherche. Comment cette découverte est-elle apparue ?
Je suis pharmacienne de formation et j’ai ensuite entrepris un second doctorat en chimie des matériaux. Mes travaux portaient sur la conception de biomatériaux à base de protéines. L’approche classique consiste à structurer ces protéines à l’aide de polymères chargés, afin de former des matériaux stables.
Au cours de mes expériences, j’ai observé que l’albumine (protéine la plus abondante du sang) pouvait former un matériau stable même sans ces polymères. C’était surprenant, car cette protéine est normalement très soluble et difficile à stabiliser autrement qu’en la dénaturant, par exemple par la chaleur.
Cette observation a ouvert une piste nouvelle pour concevoir des biomatériaux biocompatibles capables de libérer des médicaments de manière prolongée.
À quel moment la recherche bascule-t-elle vers la valorisation économique ?
La découverte a été faite pendant ma thèse, commencée en 2017. Nous avons rapidement identifié son potentiel applicatif dans le domaine pharmaceutique. En octobre 2019, un brevet a été déposé avec l’accompagnement de la SATT Conectus.
La SATT a joué un rôle clé pour transformer ce résultat académique en projet de valorisation : elle a permis de sécuriser la propriété intellectuelle et de financer une phase de maturation technologique afin de démontrer la faisabilité de la technologie.
Albupad est aujourd’hui une spin-off académique. Comment l’équipe s’est-elle constituée ?
La société a été créée en 2024 comme spin-off de l’UMR 1121 Biomatériaux et ingénierie. Nous sommes aujourd’hui cinq associés : Jordan Beurton, cofondateur et directeur scientifique, ainsi que trois chercheurs expérimentés du laboratoire, les docteurs Philippe Laval, Benoît Frisch et Pierre Shaaf et moi-même.
Cette équipe combine une expertise scientifique en biomatériaux, en chimie et en développement pharmaceutique, ce qui est essentiel pour faire le lien entre la recherche académique et les besoins industriels.
Quel problème concret votre technologie cherche-t-elle à résoudre pour l’industrie pharmaceutique ?
De nombreux biomédicaments, notamment les peptides ou les protéines thérapeutiques, ont une durée d’action relativement courte dans l’organisme. Cela implique des injections répétées pour les patients et complique leur développement.
Notre technologie permet de créer des implants ou des formulations injectables sous-cutanées capables de libérer progressivement le médicament pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois.
Ces approches sont particulièrement recherchées pour des pathologies chroniques ou lourdes : certains cancers, le diabète, l’obésité, mais aussi des maladies inflammatoires comme la sclérose en plaques, et même les maladies féminines comme le syndrome des ovaires polykystiques ou l’endométriose. Dans ces indications, prolonger l’effet d’un traitement peut améliorer fortement l’observance et la qualité de vie des patients.
Vous venez de lever 1,3 million d’euros. Qui vous accompagne dans cette première levée de fonds ?
Cette levée de fonds réunit Alsace Business Angels et Yeast, membres de la coordination Est Angels, ainsi que Bpifrance. Pour une deeptech issue de la recherche académique, l’accompagnement de business angels est précieux : ils apportent à la fois des financements et une expérience entrepreneuriale qui permettent d’accélérer la structuration de l’entreprise. Ils sont très disponibles et nous conseillent.
À quoi ce financement va-t-il servir ?
Ces 1,3 million d’euros vont nous permettre d’atteindre plusieurs jalons clés : finaliser des prototypes applicatifs, poursuivre les études précliniques et engager des collaborations avec des laboratoires pharmaceutiques.
L’objectif est de démontrer la valeur de la plateforme et d’intégrer notre technologie dans les programmes de développement de partenaires industriels.
Quel est votre modèle économique ?
Nous développons Albupad comme une plateforme technologique. Notre objectif n’est pas de porter seuls un médicament jusqu’au marché, mais de collaborer avec des laboratoires pharmaceutiques.
Le modèle repose donc sur des partenariats de co-développement ou de licensing de la technologie afin qu’elle puisse être intégrée dans les pipelines de développement des industriels.
Le marché visé semble particulièrement dynamique. Quelle est son ampleur ?
Les biomédicaments représentent aujourd’hui l’un des segments les plus dynamiques de l’industrie pharmaceutique. Le marché mondial dépasse déjà 400 milliards de dollars et continue de croître avec le développement des thérapies biologiques et ciblées.
Dans ce contexte, les technologies permettant de prolonger l’action des médicaments deviennent stratégiques. Les formulations à libération prolongée (implants ou injections longue durée) connaissent une forte croissance, car elles améliorent à la fois l’efficacité clinique et le confort des patients.
Une nouvelle levée de fonds est-elle envisagée ?
La levée pré-seed que nous venons de réaliser doit nous permettre d’atteindre des preuves de concept précliniques solides. À partir de là, nous envisagerons une levée plus importante afin d’accélérer le développement et d’intensifier les partenariats industriels.
Notre ambition est de positionner Albupad comme une brique technologique clé dans la nouvelle génération de biomédicaments.