La société lyonnaise Carester, qui porte la création de Caremag, une usine de recyclage de terres rares à Lacq (Pyrénées-Atlantiques), renforce son capital pour accélérer sa mise en place. Le projet doit faire de lui "le premier recycleur européen de terres rares et le plus gros producteur occidental de terres rares lourdes séparées". Il devrait créer 92 emplois directs pour un bâtiment d’environ 16 000 m2 qui va recycler 2 000 tonnes d’aimants et raffiner 5 000 tonnes de concentrés miniers par an.
Coup double
Carester a annoncé ce 9 avril avoir signé un accord pour accueillir à son capital Infravia, société parisienne d’investissement industriels et technologiques. Infravia va réaliser cette entrée minoritaire au capital de Carester par le biais du fonds métaux critiques. C’est le deuxième investissement annoncé par ce fonds, amorcé par l’État français (dans le cadre de France 2030) à hauteur de 500 millions d’euros et dont Infravia a la gestion, après l’annonce récente d’un apport de 50 millions de dollars en obligations convertibles dans une mine de lithium en Australie, propriété de la société australienne Core Lithium.
Infravia n’est pas le seul entrant au capital : il investit aux côtés du groupe américain USA Rare Earth (USAR), propriétaire depuis novembre 2025 de Less Common Metals, qui porte de son côté un projet d’usine de production de métaux et alliages situé lui aussi sur le bassin de Lacq, mobilisant également des fonds étatiques et qui traitera notamment les oxydes de terres rares produits par Caremag. Ils doivent servir à la production d’aimants permanents, utilisés entre autres dans les véhicules électriques, les éoliennes ou les téléphones mobiles.
Ecosystème industriel
L’ancienne cité gazière, qui concentre l’attention des investisseurs, veut construire "l’un des écosystèmes industriels de terres rares les plus complets d’Europe. USA Rare Earth investirait aux côtés d’Infravia, chacun détenant environ 12,5 % du capital de Carester", précise la société. "Cet investissement et ce partenariat élargi apporteront à Carester les capitaux nécessaires pour accélérer notre développement et contribueront à sécuriser l’accès de l’entreprise aux terres rares lourdes", ajoute Frédéric Carencotte, directeur général de Carester.
"Cet investissement et ce partenariat élargi apporteront à Carester les capitaux nécessaires pour accélérer notre développement et contribueront à sécuriser l'accès de l'entreprise aux terres rares lourdes."
Pour financer Caremag, la société avait annoncé en 2025 avoir réuni 216 millions d’euros. 110 millions viennent — en fonds propres et dette d’actionnaire — auprès de Japan France Rare Earth Company, coentreprise associant l’organisation publique japonaise pour la sécurité des métaux et de l’énergie Jocmec et la société privée japonaise Iwatani Corporation. Leurs fonds s’accompagnaient d’un accord d’achat de long terme d’oxydes de terres rares lourdes. Les 106 millions restants provenaient de l’État français via le crédit d’impôt industrie verte (obtenu en juillet 2024), des subventions et des avances remboursables.
Objectif : fin 2026
Cette double entrée poursuit les mêmes objectifs que l’investissement du belge Solvay à La Rochelle (Charente-Maritime) : réduire la dépendance européenne à la Chine, qui contrôle 90 % du marché des terres rares et a mis en place depuis avril 2025 des restrictions d’importation en représailles à la hausse des droits de douane américains.
Carester espère une mise en service du site de Lacq dès la fin 2026 et des premières commercialisations l’année suivante.