L’usine Caremag à Lacq (Pyrénées-Atlantiques) est promise à devenir "le premier recycleur européen de terres rares et le plus gros producteur occidental de terres rares lourdes séparées", vante Carester, l’entreprise lyonnaise qui porte le projet. La première pierre est posée ce lundi 17 mars, après quatre ans de développement et la finalisation de son financement. La symbolique est d’autant plus forte qu’elle concorde avec une actualité qui a placé ces fameuses terres rares sous les feux des projecteurs.
Une activité stratégique
Les gisements, rares donc, de ces terres rendent leur raffinage et leur recyclage particulièrement stratégiques. Elles jouent un rôle clé dans la transition énergétique et se sont rendues indispensables à de nombreuses industries. Elles sont essentielles à la fabrication des aimants permanents nécessaires aux moteurs de véhicules électriques, aux générateurs d’éoliennes, aux smartphones, objets connectés, etc.
L’usine de Lacq recyclera 2 000 tonnes d’aimants et raffinera 5 000 tonnes de concentrés miniers par an à partir de fin 2026. Elle produira 600 tonnes d’oxydes de dysprosium et terbium - soit environ 15 % de la production mondiale actuelle - et 800 tonnes de néodyme et praséodyme.
"En totale adéquation avec le Critical Raw Material Act Européen, la construction de cette unité industrielle représente une avancée majeure vers l’indépendance de l’Europe en terres rares pour les aimants permanents", estime Frédéric Carencotte, le président de Carester, entreprise qu’il a fondée en 2019 (6 M€ de CA en 2023).
216 millions d’euros des Japonais et de l’État
Un enjeu singulier qui a un coût et qui a surtout trouvé des soutiens. Caremag avait déjà bénéficié de financements publics, à savoir 15 millions d’euros via le plan de relance et 21,6 millions d’euros dans le cadre de France 2030. Mais il lui manquait encore 200 millions d’euros, nous expliquait l’entreprise au printemps 2024, qui nous confiait à l’époque préparer une levée de fonds. Elle l’a bouclée avec succès puisqu’elle annonce ce jour avoir sécurisé 216 millions d’euros.
L’Organisation publique japonaise pour la sécurité des métaux et de l’énergie Jocmec, et Iwatani Corporation, société privée japonaise, via leur coentreprise Japan France Rare Earth Company se sont engagées à hauteur de 110 millions d’euros en fonds propres et en dette d’actionnaire dans Caremag. Cet investissement s’accompagne de la signature d’un accord d’achat long terme pour la fourniture au Japon d’oxydes de terres rares lourdes produits par Caremag.
L’État français ajoute une nouvelle contribution pour un total de 106 millions d’euros, combinant crédit d’impôt industrie verte (obtenu en juillet 2024), subventions et avances remboursables.
L’usine est aussi soutenue par la Région Nouvelle-Aquitaine et TotalEnergies sur sa plateforme Induslacq, les fonds propres de Carester et ses collaborateurs dont 21 sont actionnaires.
92 emplois
L’usine créera 92 emplois directs et s’inscrit parfaitement dans la politique de réindustrialisation du bassin de Lacq, historiquement dévoué aux énergies fossiles et tourné aujourd’hui vers les industries vertes. Le bâtiment d’environ 16 000 m² se construit sur un site de plus de 3 hectares.