En Moselle, un démonstrateur de De Dietrich Process Systems neutralise les fibres d’amiante
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En Moselle, un démonstrateur de De Dietrich Process Systems neutralise les fibres d’amiante

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L’unité construite pour 7,6 millions d’euros à Talange (Moselle) par De Dietrich Process Systems et Neutraval démontre que les fibres d’amiante peuvent être neutralisées via des procédés chimiques. Une alternative à l’enfouissement qui doit encore franchir le cap de l’industrialisation.

Après des étapes préalables de tri et de broyage, les plaques sont plongées dans un bain d’acide sulfurique — Photo : De Dietrich Process Systems

Des alternatives à l’enfouissement de l’amiante émergent. À Talange (Moselle), l’unité Neutraval a mobilisé 7,6 millions d’euros d’investissement afin de porter à l’échelle du démonstrateur industriel une technologie de neutralisation de ce minéral largement employé dans la construction avant son interdiction en 1997. L’unité pilote lorraine est sortie de terre dans le cadre du projet de reconversion d’une ancienne friche sidérurgique porté par le groupe alsacien Beck. Elle est le fruit d’une collaboration étroite entre De Dietrich Process Systems basé à Schiltigheim (Bas-Rhin) et Neutraval, une société qui associe le groupe Beck et APPI (Alsace Process et projets industriels).

Cinq lots d’essai de 50 à 70 kg

Au terme des trois années de R & D, Frédéric Guichard, directeur du développement de De Dietrich Process Systems, estime avoir obtenu la démonstration que "le procédé de traitement chimique neutralisait efficacement les déchets d’amiante". Au total, cinq lots d’essai de 50 à 70 k chacun ont été réalisés à partir de plaques de fibrociment, un des produits amiantés les plus répandus. Après des étapes préalables de tri et de broyage, les plaques ont été plongées dans un bain d’acide sulfurique.

Le projet a été soutenu à hauteur de 2,3 millions d’euros sous forme de subventions et d’avances remboursables via le Programme d’investissements d’avenir. C’est un des trois démonstrateurs de traitement chimique de l’amiante soutenus par l’État aux côtés de la start-up nordiste Valame et du consortium Colas-Orano-Ajelis.

Le démonstrateur de Talange est arrivé au terme de trois années de recherche-et-développement — Photo : De Dietrich Process Systems

Valoriser les coproduits en sortie de procédé

De Dietrich Process Systems (1 400 salariés, chiffre d’affaires consolidé de 300 millions d’euros) estime que la construction d’une usine devrait représenter entre 15 et 20 millions d’euros d’investissement pour une capacité de traitement de 10 à 15 000 tonnes de déchets par an. Face à ces besoins conséquents en capitaux et de nombreuses incertitudes économiques et réglementaires, l’une des clés va consister à maximiser la valorisation des co-produits générés par la destruction des fibres d’amiante. Les co-produits issus de la phase solide (gypse et anhydrite) pourraient être valorisés dans le bâtiment, tandis que le magnésium contenu dans la phase liquide intéresserait l’aéronautique ou l’automobile.

Une alternative à la torche à plasma

La première usine pourrait être portée sur les fonts baptismaux par Paul Poggi, le détenteur du brevet utilisé dans le cadre du démonstrateur de Talange. L’inventeur français a lancé en mai dernier en France une nouvelle société baptisée Neva Process destinée à lever les fonds nécessaires à la phase d’industrialisation. En tant que fabricant d’équipements industriels, De Dietrich Process Systems n’aurait pas vocation à exploiter une usine, mais davantage à la construire.

Il sera difficile de venir concurrencer l’enfouissement si les prix se maintiennent entre 100 et 400 € la tonne. En revanche, le traitement chimique devrait afficher un coût et un bilan énergétique inférieurs à la vitrification par torche à plasma (environ 1 500 € par tonne), une technologie promue par Inertam (groupe Europlasma) sur son site des Landes.

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