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Terdepol obtient le feu vert pour se lancer dans la dépollution des sols
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Terdepol obtient le feu vert pour se lancer dans la dépollution des sols

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Créée en 2025 à Strasbourg, Terdepol obtient une licence technologique exclusive pour exploiter un procédé issu du CNRS et de l’Université de Strasbourg. La start-up vise le marché de la dépollution des friches, estimé à 2,3 milliards d’euros en France.

Yves Rémond, président de Terdepol, start-up strasbourgeoise industrielle de dépollution des sols — Photo : Marine Dumeny

Créée en 2025, la start-up industrielle strasbourgeoise Terdepol, qui traite les terres polluées, franchit une première étape structurante avec l’obtention d’une licence exclusive, annoncée mi-mars 2026, pour exploiter une technologie développée au sein des laboratoires ICube et ITES. "Cette licence nous permet de démarrer avec une technologie déjà maturée, un démonstrateur et une propriété intellectuelle sécurisée", explique Yves Rémond, le président.

Le procédé a été développé sur plus de dix ans, puis a évolué via un programme dédié de la Satt Connectus ayant permis de financer la preuve de concept et un premier démonstrateur industriel. "Toute la phase amont est faite. Notre enjeu aujourd’hui, c’est le prototypage et le déploiement", poursuit-il.

Une solution sur site pour réduire les coûts de traitement

Terdepol développe un procédé d’éco-lessivage permettant de traiter les terres directement sur site, après excavation, sans transport vers des centres spécialisés. "Aujourd’hui, certaines terres sont incinérées pour près de 900 euros la tonne. Nous proposons une alternative sur site, avec des cycles de traitement d’une à deux heure par tonne", précise Yves Rémond.

Le procédé repose sur trois étapes : lessivage, séparation des hydrocarbures (prélevés), puis remise en place de la terre traitée. Il utilise un tensioactif biodégradable et réutilisable, ce qui limite les déchets ultimes et permet de récupérer une partie des polluants. "L’objectif, c’est de réduire à la fois les coûts, les délais et l’empreinte environnementale", souligne le président de la start-up.

La technologie cible aujourd’hui les hydrocarbures, avec une extension envisagée vers d’autres polluants, "notamment les PFAS et certains métaux lourds".

Un marché porté par la contrainte réglementaire

Le positionnement de Terdepol s’inscrit dans un marché en croissance. En France, 11 607 sites et sols pollués ou potentiellement pollués sont recensés fin 2025. " Avec la réglementation, ces terrains doivent être dépollués avant toute réutilisation ", rappelle Yves Rémond.

Dans un contexte de zéro artificialisation nette (ZAN), la réhabilitation des friches devient un enjeu économique majeur. "Un terrain pollué, c’est un projet bloqué. La rapidité de dépollution devient un critère décisif", analyse-t-il.

Le marché français de la dépollution des sols et des eaux représentait environ 2,3 milliards d’euros en 2020. "Nos clients sont à la fois les industriels de la dépollution, les aménageurs et les collectivités", précise-t-il.

Un projet structuré entre recherche et industrie

Terdepol réunit chercheurs et industriels autour d’un projet construit sur la durée. Yves Rémond, ancien directeur de recherche au CNRS et professeur émérite, s’est entouré notamment de Philippe Ackerer, Daniel George, Olivier Kobloth et Yves Greinke. "Nous avons volontairement associé des profils scientifiques et des acteurs de terrain, notamment issus de la dépollution de sites industriels", explique-t-il.

Le projet a bénéficié de plusieurs soutiens : CNRS (programme exploratoire), Région Grand Est, Bpifrance (i-Lab 2025, BFTE émergence), ainsi que l’incubation par Quest for Change (Semia). "Ces dispositifs nous permettent d’avancer sur la partie scientifique, notamment pour améliorer l’extraction des polluants sur des sols complexes, comme les argiles et les limons, où les particules très fines (de l’ordre de quelques microns) retiennent davantage les hydrocarbures que les sols sableux", souligne Yves Rémond. "L’enjeu est d’adapter le procédé à ces matrices plus difficiles, jusqu’au prototype industriel."

Une montée en puissance progressive

Terdepol entre désormais dans une phase de structuration. Son capital, aujourd’hui d’environ 60 000 euros, doit être porté à 300 000 euros. À ce stade, l’entreprise fonctionne avec une équipe de 8 personnes au total, stagiaires inclus, et le recrutement d’un post-doctorant est envisagé.

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