L’Ademe part à la traque au lindane à proximité de Colmar. Des résidus de cet insecticide cancérigène, interdit en France depuis 1998, avaient été déversés en masse par la société Produits Chimiques Ugine Kuhlmann (PCUK), dans les années 1960, dans une ancienne gravière située sur la commune de Wintzenheim (Haut-Rhin). Enfoui à 14 mètres de profondeur, ce pesticide a progressivement pollué la nappe phréatique en aval du site occasionnant des restrictions d’usage de l’eau en matière de pompage et de forage.
Une enveloppe de 40 millions d’euros
Bénéficiant d’une enveloppe de 40 millions d’euros de la part du ministère de la Transition écologique, l’Ademe vient de lancer les études préalables à la dépollution de ce site qui jouxte un lotissement, situé sur le ban de Colmar, ainsi qu’une petite zone d’activités. "Il s’agit d’une première phase de caractérisation pour savoir jusqu’où va le déchet afin de pouvoir dimensionner les techniques qui vont régler le problème", indique Franck Le Moing, chef de projets sites et sols pollués à l’Ademe.
Deux ans d’études avant la dépollution du site
Deux ans seront nécessaires avant le début des travaux de dépollution. D’ici là, l’agence de la transition écologique pourra s’appuyer sur l’expertise d’un groupement d’entreprises mandaté par la société bas-rhinoise EnvirEauSol. Des sondages de sols, des prélèvements d’eau à l’aide de piézomètres ainsi que des prélèvements de gaz sont prévus. "L’étude constituera un outil indispensable pour savoir ce qu’on pourra faire ou ne pas faire face à ce type de problématique", poursuit Franck Le Moing. D’autant que l’ingénieur n’exclut pas la présence d’autres polluants dans le sous-sol colmarien appelé à être passé au peigne fin. Une fois les prélèvements par excavation et autres investigations in situ effectués, des essais en laboratoire seront effectués en vue de "proposer une combinaison de scénarios techniques pour dépolluer le site" d’ici 2028.
Deux autres sites alsaciens appelés à être dépollués
Si l’objectif est d’améliorer la qualité de la nappe phréatique d’Alsace, l’étude permettra de déterminer "jusqu’où on pousse le curseur en termes de dépollution", estime Franck Le Moing. D’autant que ce chantier d’envergure pourrait avoir valeur d’exemple pour l’Ademe. "Nous sommes sur un produit, le lindane, qui n’est pas classique. On bénéficie déjà de retours d’expérience de la part de nos partenaires européens et du chantier de Huningue (entrepris par l’industriel pharmaceutique Novartis et qui s’est achevé en 2019 dans le sud du Haut-Rhin, NDLR). Par la suite, on pourra ainsi transposer de bonnes pratiques même si chaque site est unique". D’autant plus que deux autres sites alsaciens, également "contaminés" au lindane, sont appelés à être dépollués à Richwiller (Haut-Rhin) et à Wingen-sur-Moder (Bas-Rhin).