En 2025, les synergies industrielles mises en place sur le port de Strasbourg ont déjà permis d’éviter près de 11 000 tonnes de CO₂. Depuis 2018, le cumul atteint environ 30 000 tonnes. C’est sur cette dynamique que s’appuie désormais CLES 2050, un projet visant à structurer la décarbonation de la zone industrialo-portuaire, avec une cible de – 81 % d’émissions industrielles d’ici 2050, conformément à la Stratégie nationale bas carbone.
Médiatisé fin octobre 2025, CLES 2050 s’inscrit dans la continuité de la démarche d’écologie industrielle et territoriale (EIT) engagée depuis 2013 sur le port de Strasbourg. Longtemps centrée sur des enjeux sociaux et de mutualisation entre entreprises, cette dynamique a progressivement intégré la décarbonation, notamment avec l’appel à projets ZIBaC de l’Ademe.
"CLES 2050 est pleinement intégré à notre projet stratégique 2024-2028 et au contrat de développement Ville-Port signé en 2024. L’enjeu est de sécuriser l’avenir industriel du port en anticipant les mutations énergétiques et réglementaires", explique Gaëlle Schauner, directrice générale adjointe du Port autonome de Strasbourg (PAS), en charge de la stratégie et des transitions. La zone industrialo-portuaire de Strasbourg regroupe environ 400 entreprises et 8 000 emplois directs.
Un consortium public-privé au cœur du dispositif
Lauréat du programme ZIBaC en 2023, le projet repose sur un consortium associant le Port autonome de Strasbourg, le Groupement des usagers des ports de Strasbourg (GUP) et R-PAS, opérateur du réseau de chaleur portuaire, en lien avec R-CUA pour les réseaux urbains. La convention avec le groupement de bureaux d’études piloté par Inddigo a été signée en mars 2025, marquant le lancement opérationnel de la phase d’ingénierie.
"Notre rôle est de représenter les industriels et de favoriser des investissements raisonnés, compatibles à la fois avec la stratégie du port et la réalité économique des entreprises", souligne Franck Maillet, vice-président du GUP, également directeur Alsace-Lorraine chez Suez.
À ce stade, 32 entreprises sont engagées dans la démarche, avec deux nouvelles adhésions prévues en 2026.
Un budget de 1,076 million d'euros concentré sur l’ingénierie
CLES 2050 mobilise un budget global de 1,076 million d'euros, financé à 50 % par l’Ademe dans le cadre du plan France 2030, avec le soutien financier de l’Eurométropole de Strasbourg. Les moyens sont majoritairement consacrés à l’ingénierie amont : 250 000 € pour la coordination, l’animation et la gouvernance, 140 000 € pour le bilan d’émissions de gaz à effet de serre et les trajectoires de décarbonation, 395 000 € pour l’analyse des procédés industriels et du mix énergétique, 170 000 € pour la logistique (massification des flux, report modal) et 80 000 € pour la préservation et la valorisation des ressources. Une réserve de 41 000 € complète le dispositif pour des études ciblées, notamment sur la chaleur fatale.
En parallèle, le Port autonome de Strasbourg finance 60 000 € d’études complémentaires sur les zones portuaires connexes de Marckolsheim et de Lauterbourg, hors périmètre labellisé ZIBaC.
L’énergie au cœur des leviers étudiés
Sur une durée de 24 mois, CLES 2050 s’articule autour de quatre axes : énergie et procédés industriels, logistique, matières-déchets-ressources et eau. Les études techniques concentrent l’essentiel du budget, soit 826 000 €.
Sur le volet énergétique, la valorisation de la chaleur fatale et les solutions de stockage constituent un axe structurant. "Sur le port, nous identifions deux grands types de gisements : de la basse température, qui peut être valorisée après réchauffage, et des flux autour de 100 °C, directement exploitables", explique Sébastien Marre, directeur général de R-CUA. "Avec CLES 2050, l’enjeu est d’analyser les solutions de stockage, mais aussi d’élargir le périmètre en attirant de nouveaux industriels capables de produire de la chaleur ou d’en devenir clients."
Une trajectoire construite par étapes
La référence retenue est l’année 2019, conformément au cadre méthodologique de l’Ademe. "Nous ne sommes pas dans un plan d’investissement immédiat, mais dans une démarche progressive : diagnostics, scénarios, puis construction de plans d’actions hiérarchisés", précise Clément Laudrin, chef de projets Transition Décarbonation et coordinateur ZIBaC CLES 2050 au Port autonome de Strasbourg.
La phase de diagnostic s’étend sur 2025-2026, avant une formalisation de la stratégie attendue en 2027. Les premiers résultats intermédiaires seront présentés lors du centenaire du Port autonome de Strasbourg, en septembre 2026.