Nancy
Comment Noremat a transformé une salle de réunion en refuge pour personnes sans abris
Nancy # Industrie # PME

Comment Noremat a transformé une salle de réunion en refuge pour personnes sans abris

S'abonner

À Ludres, en périphérie de Nancy, le constructeur de matériel d’entretien des accotements routiers Noremat accueille tous les soirs et week-ends une personne sans abri. Pour Olivier Abgrall, le directeur général de la PME industrielle, ouvrir une salle de réunion vide pour offrir un hébergement est une "évidence".

La salle de réunion où est accueilli "l’invité" donne sur les ateliers de Noremat, PME dirigée par Olivier Abgrall — Photo : Jean-François Michel

Le déclic a eu lieu à l’hiver 2022-2023 : Olivier Abgrall, le directeur général de Noremat, est touché par un appel ministériel à la solidarité, face à une vague de froid : "Sur un réseau social, le ministre de l’époque demandait aux entreprises d’héberger des personnes en difficulté. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire". En effectuant des recherches sur le web, le dirigeant découvre l’association Les Bureaux du cœur, qui porte un concept solidaire : ouvrir les locaux d’entreprise le soir et le week-end à des personnes sans abri.

Valider le projet avec l’équipe

"Pour moi, c’était une évidence. Quand j’ai découvert le dispositif, je me suis dit qu’il n’était pas possible que l’entreprise ne s’engage pas", confie le dirigeant du constructeur de matériel d’entretien des accotements routiers, filiale du groupe Actibac (300 salariés, CA : 96 M€). De l’intention à la remise des clés, il aura fallu plus d’un an pour que Noremat accueille une première personne sans abri. Chez Noremat, la première étape a été de valider le projet avec les équipes. Le sujet a été porté en comité de direction et devant le CSE, sans rencontrer la moindre opposition. "Tout le monde était d’accord sur le principe", souligne Olivier Abgrall.

Délimiter une zone accessible pour des questions de sécurité

Sur un site industriel de plusieurs milliers de mètres carrés, dans lequel des engins d’entretien sont fabriqués, il était impératif de délimiter une zone d’accueil qui garantisse la sécurité de l’entreprise et de la personne accueillie. "Il ne fallait pas que l’invité puisse aller se balader dans l’usine pour des raisons de sécurité", insiste le directeur général. Les équipes de Noremat ont donc isolé une zone comprenant une salle de réunion, qui peut se transformer en chambre, et un accès au réfectoire, grâce à l’installation de digicodes sur certaines portes, pour créer un sas vis-à-vis des ateliers et des bureaux.

Une entrée indépendante par le réfectoire

Pour des raisons de sécurité, des digicodes ont été installés sur les portes donnant accès à l’atelier — Photo : Jean-François Michel

La personne accueillie dispose de son propre code d’accès, lui permettant d’entrer dans l’entreprise par le réfectoire du personnel. Chez Noremat, l’hébergement inclut l’accès à la cuisine, à une machine à laver, partagée avec la société de nettoyage du site, à une douche ou encore à un accès à internet par le wi-fi de l’entreprise.

Clic-clac, douche et machine à laver

Sur les conditions de l’hébergement, le cahier des charges des Bureaux du cœur est léger : un point d’eau, un placard et un lit suffisent. Outre les digicodes, l’aménagement de la salle de réunion a consisté à installer un clic-clac et des stores pour occulter la lumière de l’atelier. En moyenne, dans les entreprises participantes, le coût des aménagements dépasse à peine quelques milliers d’euros.

Des clauses à activer auprès de l’assureur

Autre contrainte à lever, la question de l’assurance. Pour faciliter la mise en place de clauses spécifiques, Les Bureaux du Cœur ont négocié des partenariats nationaux avec plusieurs compagnies d’assurances. Dans le cas de Noremat, il a suffi d’activer cette clause. "Il se trouve que notre assureur, AXA, avait mis en place cette clause nationale avec les Bureaux du cœur. Il a juste fallu appeler pour l’activer", déroule Olivier Abgrall.

Un engagement de 3 à 6 mois

Juridiquement, l’accueil est encadré par une convention tripartite signée entre l’entreprise, l'association portant le parcours d’insertion et la personne accueillie, appelée "invité". L’engagement sur l’accueil est signé pour trois mois, renouvelable une fois, soit 6 mois maximum, le tout étant conçu comme un tremplin vers un logement pérenne.

"Dans l’entreprise, nous avons tous envie d’aider, mais il faut garder une certaine distance car c’est le rôle de l’association d’accompagner l’invité dans son parcours d’insertion."

L’entreprise ne gère pas le recrutement de l’invité : ce sont les associations locales, en partenariat avec les Bureaux du cœur, qui identifient les candidats. Les critères sont stricts : la personne doit être autonome, sans addiction, et déjà engagée dans un parcours de réinsertion. Chez Noremat, la solidarité s’est organisée naturellement. Trois collaborateurs du bureau d’études, situé à proximité du réfectoire, se sont portés volontaires pour être les "référents" de l’invité. Un rôle simple mais crucial : accueillir l’invité à partir de 17h30, s’assurer que tout va bien, gérer les petits tracas logistiques, comme un digicode capricieux ou encore de la vaisselle laissée au fond de l’évier et maintenir le lien social.

Une "juste distance" à trouver

Olivier Abgrall insiste toutefois sur la nécessité de garder une "juste distance". "Dans l’entreprise, nous avons tous envie d’aider, mais il faut garder une certaine distance car c’est le rôle de l’association d’accompagner l’invité dans son parcours d’insertion", ajoute-t-il. Une réunion mensuelle permet de faire le point sur l’hébergement et l’avancée du projet professionnel de l’invité. "L’intérêt de cet hébergement et de cette visibilité sur 6 mois, c’est que la personne puisse reprendre confiance, parce qu’elle est dans un environnement sécurisé et peut donc recommencer à s’occuper d’elle-même", souligne Olivier Abgrall. Le directeur général de Noremat insiste : "Ce n’est vraiment pas compliqué, il y a très peu de contraintes". Si l’histoire ne finit pas toujours par un "conte de fées" avec une réinsertion au bout des six mois, l’initiative offre une période de répit. Pour Olivier Abgrall, "ne rien faire est pire que d’essayer".

Nancy # Industrie # PME # RSE