Avant de s’engager dans un marathon pour lever une série A de 40 millions d’euros, la deeptech Wheere (25 salariés, CA prévisionnel 2026 : 1 M€), basée à Castelnau-le-Lez (Hérault) près de Montpellier, boucle un financement relais de 8,5 millions d’euros, dont 4,2 millions en capital, et 4,3 millions en non dilutif (prêts bancaires et subventions). Conceptrice du premier système de géolocalisation indoor à grande échelle, elle utilisera ces fonds pour faire avancer sa technologie et franchir les jalons commerciaux et technologiques réclamés par les capitaux-risqueurs pour aller plus loin.
"Les fonds deeptech s’attachent d’abord au business que nous réalisons sur le plan terrestre, alors que les fonds New Space nous demandent un démonstrateur en orbite. Jouant sur les deux tableaux à la fois, nous allons financer la maturation technologique nécessaire pour aboutir sur ces sujets en 18 mois", évalue Pierre-Arnaud Coquelin, PDG de Wheere.
Déployer à grande échelle
En effet, Wheere est d’abord connue pour un système de géolocalisation terrestre, capable de traverser 50 m de murs en béton et de couvrir un kilomètre carré avec seulement 4 émetteurs. D’après le dirigeant, la technologie est opérationnelle à 95 % et sera finalisée en septembre 2026. Mais l’entreprise a déjà entamé la commercialisation, fournissant des industriels comme EDF, TotalEnergies ou L’Oréal. Pour chacun de ces grands comptes, Wheere doit réaliser une preuve de concept (POC) en un à deux mois, avant de déployer ses trackers par centaines dans une usine ou plusieurs bâtiments.
Une douzaine de POC de ce type est en cours sur 2026, qui générera un million d’euros de chiffre d’affaires. "Nous allons accélérer le développement commercial avec des intégrateurs qui, bien implantés sur les marchés étrangers, nous permettront de déployer plus vite. L’un d’eux vient de nous aider à signer l’aéroport de Francfort. Nous allons procéder de même en Europe de l’Est et aux États-Unis", annonce Pierre-Arnaud Coquelin, qui annonce un chiffre d’affaires prévisionnel de 2,5 millions d’euros sur l’exercice suivant, en 2027.
Une constellation de 300 satellites
Néanmoins, la grande ambition de Wheere est de lancer sa propre constellation de microsatellites pour rendre sa technologie accessible en tout point du globe. En février 2027, un premier boîtier émettant des signaux équipera le satellite embarqué sur l’un des "bus spatiaux" (fusées) du français Exotrail. "Il commencera à émettre en mars, et dans la foulée nous réaliserons le POC démontrant que nous savons récupérer ces signaux et les exploiter", détaille Pierre-Arnaud Coquelin.
La levée de fonds permettra de financer la suite : Wheere compte en effet lancer 5 autres satellites en début d’année 2028, puis accélérer le plan de marche en les lançant par grappes de 5. Ainsi, la constellation opérée par la deeptech devrait atteindre 65 satellites fin 2029 ("De quoi localiser un point par heure en tout endroit du globe"). Puis elle prévoit 300 satellites en 2031, soit une puissance de feu suffisante pour réaliser la géolocalisation depuis l’espace en temps réel.
La course à la miniaturisation
Enfin, l’autre grand défi technologique relevé par Wheere concerne la miniaturisation. La deeptech travaille en effet à rendre ses trackers les plus petits et les moins chers possibles. En septembre 2026, l’équipe de R & D puisera aussi dans les fonds levés pour lancer la démarche. Quand elle aboutira, dans un peu plus de deux ans en principe, Wheere annonce que son composant électronique miniature captera à la fois les signaux terrestres et spatiaux.
"Jusqu’ici nous sommes positionnés comme un fabricant de hardware. Mais avec ce composant, les économies d’échelle seront telles que l’aspect matériel sera négligeable : il sera vendu à prix coûtant (quelques dizaines de centimes, NDLR), et le gros de notre business viendra des services que nous proposerons, comme le font aujourd’hui les grands acteurs des télécoms", se projette Pierre-Arnaud Coquelin. Lequel prévoit de s’installer sous peu outre-Atlantique, avec une équipe resserrée, pour piloter la levée de série A tant espérée.