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"Je documente par vidéo notre croissance au quotidien"
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Pierre-Arnaud Coquelin PDG de Wheere "Je documente par vidéo notre croissance au quotidien"

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La deeptech héraultaise Wheere, experte de la géolocalisation indoor, espère lever 140 millions d’euros en trois ans pour atteindre le statut de licorne. Sur les réseaux sociaux, son PDG Pierre-Arnaud Coquelin dépense fortement pour sa propre image afin de convaincre investisseurs et futurs clients.

En un an, Wheere a produit et diffusé près de 140 vidéos sur les réseaux sociaux — Photo : Wheere

La communication extensive de Wheere (25 salariés) sur les réseaux sociaux en 2025 tranche avec la discrétion observée jusqu’en 2023, date de votre première levée de fonds. Pourquoi passer du silence radio à une si forte présence sur LinkedIn ?

J’ai réussi à autofinancer mes deux premières start-up (Vekia à Lille, et McLloyd dans l’Aveyron, NDLR). Or, avec Wheere, il s’agit de lancer 300 microsatellites d’ici 2032, afin de géolocaliser des personnes ou des objets en intérieur avec une précision métrique : c’est une infrastructure impossible à autofinancer. Il nous faut donc jouer le jeu de l’écosystème afin de lever 40 millions d’euros en 2025, puis 100 millions d’euros en 2027. De plus, la communication nous permet d’être visibles et de signer des ventes en BtoB. Le contexte a fortement évolué en 20 ans. Par le passé, aucun grand compte n’aurait prêté attention à une entreprise de notre taille. Aujourd’hui, la culture de l’image sur réseaux sociaux nous met en capacité de conclure des contrats avec eux.

Pourquoi personnalisez-vous autant cette communication ?

C’est une idée de notre directrice de la communication, Leïla Salançon. Elle m’a démontré qu’on ne peut pas diriger une future licorne sans être un PDG connu et réputé. Même si j’étais réticent au début, il a fallu nous aligner sur les standards modernes où la communication du dirigeant et celle de l’entreprise se rejoignent. Nous avons fait un autre constat plus pragmatique : le moindre post sur mon compte LinkedIn avait 2 fois plus de répercussions qu’un post sur le compte officiel de Wheere. Nos clients me parlent à moi directement, pas à l’entreprise.

Comment avez-vous procédé ?

En octobre 2024, nous avons sollicité l’agence parisienne Capsule, spécialisée dans le " personal branding ". Elle est chargée des contenus, soit 3 à 5 posts par semaine qu’elle rédige et que je valide. Elle produit également nos vidéos. Nous avons déterminé 3 axes de communication autour de ma personne. D’une part le sport, car j’ai fait du volley à haut niveau et suis moniteur de kayak. D’autre part la science, car je suis docteur en maths diplômé de Polytechnique. Enfin mon expérience de serial entrepreneur, car j’ai déjà créé et vendu 2 entreprises. Nous avons ensuite privilégié LinkedIn pour communiquer sur mes valeurs et mon expérience, Instagram sur ma vie personnelle et la science, et YouTube pour regrouper toutes nos vidéos.

Avec quels résultats ?

Le flop a été total sur Instagram, si bien que nous avons arrêté assez vite. En revanche, notre compte LinkedIn a bondi de 4 000 à 11 000 abonnés en quelques mois, avec des pics à 1 000 abonnés par mois cet été. Nous comptons aussi 30 000 abonnés sur YouTube. Les thématiques choisies pour communiquer sont les bonnes. Mais il a fallu affiner au fil du temps, car au bout de 138 vidéos tournées et postées, vous ne savez plus quoi dire ! De plus, les vidéos produites par Capsule étaient très " posées ". Nous avons donc décidé de prendre un vidéaste à mi-temps pour produire nos contenus de l’intérieur toutes les semaines. C’est le principe des " Wheekly " (jeu de mots entre Wheere et " weekly ", hebdomadaire en Anglais, NDLR) : des newsletters vidéo où nous embarquons les gens dans l’aventure Wheere. Le plus important est de montrer les moments clé dans la vie de l’entreprise. Mon bureau est filmé 24h/24 !

Cela vous aide-t-il dans vos démarches de levée de fonds ?

Pas seulement. Nous documentons tout, du dépôt d’un brevet à la signature d’un nouveau client, de même que nos réunions pour lever des fonds, nos efforts pour recruter, etc. Notre objectif est d’atteindre les 100 000 abonnés sur tous nos canaux digitaux d’ici la fin 2025. Tous ces efforts commencent à payer sur le plan commercial : les clients nous connaissent avant que nos commerciaux ne les appellent. En un an, cette stratégie nous a apporté quelques dizaines de prospects. Une anecdote : je me suis perdu un jour dans les travées d’un salon high-tech à Salt Lake City, mais un exposant américain m’a conduit à bon port car il m’avait reconnu comme PDG de Wheere ! Sur le plan financier, nous voulons ancrer dans l’écosystème des investisseurs l’idée qu’il y a une dynamique spéciale en cours chez Wheere, et qu’ils passeront à côté d’une grande opportunité s’ils n’entrent pas au capital (l’entreprise annoncera une nouvelle levée de fonds dans les prochaines semaines, NDLR).

À combien les budgets engagés se montent-ils ?

Environ 500 000 euros, ce qui englobe les dépenses extérieures et le recrutement de deux personnes en interne. Nous prévoyons de porter cet investissement à 1,3 million en 2026.

Pensez-vous que votre modèle est duplicable à d’autres sociétés ?

Toute entreprise qui veut atteindre une valorisation de plusieurs dizaines de millions d’euros a tout intérêt à s’y mettre. Mais c’est un gros budget, aussi faut-il déterminer avec précision les montants qu’on veut y mettre. J’estime notre niveau de dépenses actuel un peu élevé par rapport aux résultats. Peut-être faudra-t-il réduire ce budget tout en montant en qualité. Par ailleurs, il faut personnaliser la communication au maximum, au point d’adresser des sujets de niche comme nous le faisons avec les " Wheekly ". C’est un bon moyen pour avoir une communauté engagée, soudée, autour de ce qu’on a à dire.

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