Jean Martin, c’est toute une histoire profondément enracinée dans le terroir provençal. La société a vu le jour en 1920 à Maussane-les-Alpilles, dans la Vallée des Baux, pour y traiter et commercialiser des olives. Jean crée une confiserie, après avoir appris à piquer des olives noires et à les désamériser au gros sel, aux côtés de sa maman, Verpianne, dans une remise du Paradou, le village qui jouxte Maussane, dans les Bouches-du-Rhône. La petite société est restée arrimée à ce métier, même après le gel de 1956 qui a décimé les oliviers et découragé bien des producteurs. Elle tient aussi son identité de ses produits.
Des recettes pionnières
Repreneurs de l’activité en 1978, les petits-fils de Jean, Bernard et Jean-Louis Martin, la diversifient dans la confection de plats cuisinés en créant des recettes régionales et méditerranéennes à base de légumes. Sans lâcher le métier de confiseur d’olives, déclinées en tapenades et bocaux d’olives cassées. Le pari audacieux déployé avec patience trouve son marché. Jean Martin devient une marque "premium" dans les principales enseignes de grande distribution. Et pionnière par ses innovations : le premier taboulé en conserve, à préparer en un tournemain, c’est elle ! Elle concevra aussi des pains d’aubergines, de poivrons, de courgettes… Ou une riste d’aubergines, à déguster chaude ou froide, afin de varier les plaisirs avec sa ratatouille ou son caviar. La PME devient la première marque nationale sur les légumes cuisinés du Sud et les tartinables de légumes.
Pour ses 105 ans, l’entreprise de 50 salariés — entre son siège, sa boutique de Maussane-les-Alpilles et son usine de Tarascon — donne cette année un coup de jeune à ses produits, sous la houlette de son nouveau dirigeant, Lambert de Noyelle. Pour réaffirmer son authenticité au milieu d’une concurrence densifiée. Et continuer à faire grossir son chiffre d’affaires de 13 millions d’euros, dans le Sud-Est (où elle réalise les deux tiers de ses ventes) et en dehors.
100 % naturel avant le bio
La longévité de Jean Martin tient dans la qualité de ses spécialités mais pas seulement. Les deux frères ont toujours veillé à "maîtriser la croissance" pour ne pas se laisser déborder par les exigences des centrales de référencement qui ont coûté cher à des PME régionales. Jean Martin a privilégié des partenariats durables pour se donner plus de visibilité dans sa progression. Ce qui n’empêche pas "d’innover, de se différencier, de réinventer la Provence et ses valeurs gustatives", comme l’affirmait en 2020 Bernard Martin, convaincu qu’ainsi s’approfondissait le lien avec les consommateurs.
La boutique de Maussane a ses exclusivités afin de tester de nouvelles recettes auprès de la clientèle. Les deux frères y ont même organisé des ateliers avec des chefs pour apprendre à agrémenter un menu complet avec les gammes proposées. Cofondateurs à Arles du salon Provence Prestige de l’art de vivre en Provence avec la CCI du Pays d’Arles où Jean-Louis était élu, ils ont longtemps tenu l’un des plus vastes stands, multipliant les dégustations de nouveautés et produits vedettes, distribuant les livrets de recettes, expliquant pourquoi ils favorisaient le 100 % naturel, avant que le bio ne prenne son essor, évitant colorants, conservateurs, texturants, additifs ou ajouts d’arômes.
Besoin de grandir
Petit à petit, soucieux d’une "traçabilité du champ au bocal", le binôme a sécurisé les approvisionnements de tomates, courgettes, aubergines, olives, auprès de producteurs locaux, autant que possible, jusqu’à investir 1,3 million d’euros avec le moulin à huile Castelas, aux Baux-de-Provence, dans une oliveraie bio d’une centaine d’hectares et 18 000 pieds, "la plus grande de France" soulignaient-ils. Quand les ventes se sont accrues, Jean Martin a ouvert une nouvelle unité dans le village, puis a investi 5,5 millions d’euros en 2009 dans une usine de 4 800 m² à Tarascon, Bernard et Jean-Louis ont décortiqué la faisabilité du projet, son modèle économique et sa localisation, pour ne pas se tromper et obliger les salariés à de longs trajets pour travailler.
Une authenticité réaffirmée avec force
En 2022, les deux dirigeants, en vue de la retraite, cherchent comment assurer la pérennité de l’aventure. Ils cèdent la majorité du capital à Aquasourça, société lyonnaise présidée par Félix Crepet, impliquée dans l’agroalimentaire et la grande distribution depuis trois générations, associée à deux dirigeants repreneurs, Frédéric Juramie et Laurent Vigroux. "L’excellente réputation de la société Jean Martin a suscité de très nombreux intérêts d’industriels et investisseurs financiers", souligne Crédit Agricole Midcap Advisors qui a accompagné l’opération. Bernard et Jean-Louis Martin ont conservé une part minoritaire dans la holding Gusto. Une autre société gardoise d’une quinzaine de salariés est acquise, Champlat en Provence, "cuisinier-conserveur bio" (5 millions d’euros de chiffre d’affaires), dans l’intention de déployer des synergies entre les deux.
Fin 2024, Lambert de Noyelle, 39 ans, arrive à la présidence. "Je voulais prendre la tête d’une PME", dit-il, après une première expérience qui lui a "pris aux tripes" chez Maison Colibri, fabricant de madeleines, né en 1896 en Charente-Maritime. Il va donner une nouvelle impulsion. "Le 1er octobre, nous avons officialisé la refonte de l’identité Jean Martin en GMS, avec des recettes repensées, une force de vente accrue, pour mieux raconter tout ce que nous faisons de bien pour nos produits. Nous allons insister sur notre ancrage, nos forces, pour gagner en notoriété. C’est un lancement de nouvelle marque avec le meilleur de notre histoire !" promet Lambert de Noyelle.