À Sablé-sur-Sarthe, l’usine Bel fête ses 60 ans cette année. Cet anniversaire coïncide avec un fort besoin de recrutement pour cette usine du groupe fromager francilien, qui emploie 10 800 salariés dans le monde (pour 3,65 Md€ de CA en 2023). Le site sarthois s’apprête à procéder à 300 embauches dans les six prochaines années. "Nous allons devoir renouveler la moitié de l’effectif d’ici 2030, pour cause de départ en retraite", indique le directeur de l’usine de 620 salariés Joël Geslin.
La Chine a faim de Kiri
L’usine sarthoise est dans une bonne dynamique de production. La demande de Kiri, dont Sablé est le site référence du groupe, est en hausse. "Notre premier marché, c’est la France, le second c’est l’Asie, avec le Japon et la Chine où le développement est actuellement très soutenu", explique Joël Geslin. Dans ces pays, ce fromage est surtout vendu en blocs pesant jusqu’à un kilogramme. Mais l’usine sarthoise conditionne principalement en portions individuelles, entre 4 et 4,5 millions d'unités par jour. Le Kiri a représenté les deux tiers des 41 000 tonnes de fromages sorties de ses lignes l’an dernier.
Pour ces besoins, l’usine sarthoise a recruté une cinquantaine de personnes en 2023. Et déjà une trentaine à la mi-2024. Il s’agit avant tout d’ouvriers qualifiés et de techniciens de maintenance, un métier en tension.
"Nous les formons beaucoup en interne. Le Kiri est un produit spécifique, dont la conduite de ligne ne s’apprend pas à l’école", souligne Joël Geslin.
Un vivier de techniciens au Maghreb
À une quarantaine de kilomètres de Sablé, l’usine d’Évron, en Mayenne, a lancé une campagne de recrutement de 113 nouveaux salariés. Ayant doublé pour le porter à 200 ses effectifs intérimaires, le directeur du site mayennais élargit aussi sa zone de recrutement. "Nous avons la chance d’appartenir à un grand groupe, présent à l’étranger (Bel possède 30 usines dans le monde, NDLR). Nous avons déjà recruté sept techniciens de maintenance marocains auprès de notre usine de Tanger, la plus grosse du groupe (1 300 salariés, NDLR). Et nous avons deux candidats d’Algérie. On peut ainsi compenser le désamour qu’on connaît en France pour ces métiers avec des salariés du Maghreb, des pays francophones où ces métiers sont bien perçus et le potentiel important", explique Léonard Didiot.
L’entreprise les fait cependant venir par petit nombre. "Nous prenons le temps de les former, de faire une évaluation de leurs compétences. Nous mettons aussi en place un travail social avec la collectivité locale à leur arrivée pour favoriser leur intégration dans l’entreprise et la région", précise l’employeur.
Grosse campagne d’embauche pour le Mini-Babybel
Ces créations de postes sont liées à une forte croissance de la production. "Nous avons d’abord subi la baisse de consommation après le choc d’inflation. Et depuis début 2024, la demande de Mini-Babybel a repris de plus belle. Elle progresse partout, en France, en Europe, aux États-Unis beaucoup, qui est l’un de nos principaux marchés ; les ventes progressent en grande distribution surtout, mais aussi en restauration", expose Léonard Didiot.
Six usines Bel sont équipées pour fabriquer les petits fromages ronds emballés dans une coque rouge en portion individuelle, en France mais aussi aux États-Unis et en Slovaquie. Mais elles ne suffisent plus. L’usine d’Évron, site de référence entièrement dédié au Mini Babybel, est donc chargée de monter en régime.
Les lignes de production tournent à plein régime
L’outil de production va être saturé jour, nuit et week-end pour augmenter les volumes ; l’usine produisait déjà 5 millions de Mini-Babybel par jour. "Fonctionner avec une seule ligne de production sur les trois en début de week-end suffisait jusqu’en début d’année. Mais nous constituons une deuxième équipe le week-end", indique le directeur.
La fromagerie voisine de Sablé produit également du Mini-Babybel. "Nous réfléchissons à ouvrir cette ligne le week-end, ponctuellement au départ, pour intégrer la hausse de la demande sur ce produit", explique Joël Geslin. Jusqu’ici, le site fonctionnait au besoin le week-end uniquement pour le Kiri. Le directeur indique attendre le signal en cas de besoin de son collègue d’Évron.