Un an après avoir acté le choix de Saint-Avold pour sa future usine de recyclage textile à 450 millions d’euros, la direction de Circ France a précisé le calendrier devant mener à la mise en production. "Après 18 mois de construction et 6 mois de déverminage, soit la phase préliminaire avant le lancement des installations, les premières productions devraient se faire au deuxième trimestre 2029", fixe Guillaume Thomé, le directeur général de Circ France.
En coulisse, la jeune pousse d’origine américaine a mené un important travail de fond, marqué notamment par la concertation publique à l’automne dernier. Aujourd’hui, ce projet entre dans une phase opérationnelle avec le dépôt imminent de ses demandes d’autorisation environnementale et de permis de construire.
Le top départ administratif attendu à l’automne
"Le permis de construire, c’est une étape vraiment importante et qui prend énormément de temps", résume Guillaume Thomé. Les équipes de Circ France prévoient de déposer la demande d’autorisation environnementale dans "les semaines qui viennent", suivie de près par la demande de permis de construire. Pour sécuriser cette démarche auprès de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement, la Dreal, Circ a initié une phase d’échange amont dès le mois de mars, soumettant un dossier technique de plusieurs centaines de pages.
Le directeur général de Circ France espère obtenir la validation du caractère complet du dossier d’ici la fin septembre, ou au début du mois d’octobre. Ce feu vert déclenchera alors officiellement le chronomètre réglementaire de neuf mois dont disposent les autorités pour instruire la demande. L’obtention définitive des autorisations et du permis est ainsi anticipée pour l’été prochain, soit juste après les élections législatives.
Le calendrier des travaux et de production
Dès l’obtention du permis dans un an, le calendrier industriel s’enclenchera de manière précise : dès la délivrance des autorisations, la pose de la première pierre pourra être fixée, soit environ dans un an. Le chantier de construction de l’usine doit s’étaler sur une période de 18 mois. Ensuite, une phase de six mois de déverminage suivra les travaux pour, dans le meilleur scénario, déboucher donc sur une production exempte de défauts pour le deuxième trimestre 2029.
Le permis de construire, clé de voûte du financement
L’investissement total pour cette usine s’élève toujours à un montant compris entre 400 et 450 millions d’euros, malgré quelques modifications du projet initial. "Lors de la concertation publique de présentation de notre projet, nous avons expliqué que l’idée était de laver une certaine partie de nos fibres textiles et de rejeter dans l’environnement 1 million de mètres cubes d’eau", rappelle Guillaume Thomé. Si prélever cette quantité d’eau en Moselle ne pose a priori pas de problèmes, c’est plutôt le fait de rejeter dans l’environnement qui aurait pu poser problème. Les 15,3 hectares sur lesquels vont s’installer Circ font en effet partie des terrains "les plus pollués de France".
Une station d’épuration qui générera des boues résiduelles
Circ a donc retravaillé la conception de son usine pour fonctionner en boucle fermée complète, éliminant tout rejet d’eau dans le milieu naturel. Développée en collaboration avec Suez, cette station de traitement intégrée générera des boues résiduelles qui seront valorisées via des filières dédiées. Malgré le surcoût de ces installations, l’entreprise est parvenue à préserver l’équilibre économique de ses coûts opératoires et d’investissement.
Pour l’heure, les structures de financement sont "prêtes mais volontairement non activées", assure le directeur général de Circ France. La maison mère américaine affiche une prudence marquée face aux risques de délais administratifs en France. C’est précisément la notification de la Dreal, attendue à l’automne, qui servira de déclencheur officiel pour lancer la phase active de levée de capitaux, une étape estimée à moins d’un an. En parallèle, Circ répond à des appels à projets pour rassembler des fonds publics, notamment auprès de l’Ademe et du Fonds d’innovation européen, bien qu’aucune subvention ne soit garantie à ce jour.
Une prime à l’incorporation de matières recyclées pour les marques
Visant une capacité de traitement de 70 000 tonnes par an, soit un million de vêtements par jour, Circ ambitionne d’atteindre un coût comparable avec la matière vierge d’ici une décennie.
À court terme, la rentabilité du modèle s’appuiera sur les mécanismes réglementaires européens de responsabilité élargie du producteur (REP) et sur le futur cahier des charges de l’éco-organisme français, ReFashion, qui projette une prime à l’incorporation de matières recyclées de l’ordre de 1 000 euros la tonne. "C’est significatif et c’est le bon ordre de grandeur qui permettrait d’arriver à la parité de coût avec la matière vierge", estime Guillaume Thomé.
En attendant, les équipes de Circ surveillent aussi attentivement la création d’une infrastructure de recyclage tournée vers la matière. Aujourd’hui, le recyclage est tourné vers le réemploi, soit l’idée de trouver ce qui, parmi les déchets du textile, pourrait encore servir. "Il faut financer le premier tri pour être capable de recycler la matière", insiste Guillaume Thomé, en précisant qu’une enveloppe de "plusieurs dizaines de millions d’euros" est prévue par l’éco-organisme pour poser les fondations de cette nouvelle filière.