Enfin une éclaircie dans le ciel de Carbios plombé par des difficultés de financement de son usine de Longaville, elles-mêmes dépendantes d’un démarrage commercial laborieux ?
La greentech puydômoise spécialiste du recyclage enzymatique des plastiques vient de rendre publics ses résultats semestriels 2025. Grâce à un plan rigoureux de réduction des dépenses annoncé fin 2024, le groupe clermontois annonce avoir "limité sa perte nette à 23,5 millions"… contre 20 millions au premier semestre 2024. Une performance toute relative qui s’explique notamment par une provision de 7,3 millions d’euros passée pour dépréciation d’actif en relation avec un fournisseur qui s’estime pénalisé par le décalage dans le temps de son projet d’usine.
" La maîtrise de nos dépenses et notre trésorerie nous permettent d’avancer plus sereinement ", assure toutefois Vincent Kamel, directeur général de Carbios (110 salariés ; 519 000 euros de revenus au 1er semestre 2025). Pour rappel, son siège (et son pilote industriel) est implantés à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) au sein du parc Cataroux, site historique des Manufactures Michelin, qui ont accompagné son industrialisation.
Longlaville, une usine attendue mais retardée
Projet emblématique de la société, l’usine de biorecyclage de PET (Polytéréphtalate d’éthylène) prévue à Longlaville (Meurthe-et-Moselle) et dont l’enveloppe d’investissement dépasse 200 millions d’euros, avait vu son calendrier repoussé de 6 à 9 mois début 2025. Carbios confirme vouloir lancer la construction avant fin 2025, sous réserve de financements complémentaires, pour une mise en service désormais attendue au second semestre 2027.
Côté financement, Carbios peut compter sur 42,5 millions d’aides publiques déjà engagées par l’Ademe (30 millions) et la Région Grand Est (12,5 millions), sous réserve de validations finales. ces montants n’ont toutefois "pas encore été perçus et ne sont donc pas inclus dans la trésorerie disponible", indique un communiqué.
Sa trésorerie, qui s’élève à 72 millions d’euros au 30 juin et lui offre une visibilité de plus de douze mois, pourrait également être mise à contribution.
Convaincre des investisseurs
Des financements complémentaires auprès de financeurs privés, sont actuellement en discussion. Des investisseurs qui conditionnent leur engagement à la prévente d’une partie significative de la capacité de l’usine, niveau qui n’est pas encore atteint par la jeune pousse à ce jour.
À date, la société, a sécurisé une partie de ses approvisionnements avec l’allemand Landbell, signé des accords industriels notamment avec l’Occitane et annoncé en juillet 2025 avoir le projet de fabriquer du plastique bio recyclé pour le renfort des pneus Michelin. Cet engagement commercial lui ouvre un nouveau marché, celui du tissu industriel, un polyester recyclé dénommé r-PET. Le groupe mène également des discussions pour développer la concession de licences, un axe stratégique complémentaire à l’usine de Longlaville.
Un cadre réglementaire plus porteur
Carbios porte la première application industrielle mondiale du recyclage enzymatique, capable de produire un PET recyclé de qualité équivalente au matériau vierge, y compris à partir de déchets plastiques aujourd’hui non valorisés. Et bonne nouvelle : l’évolution récente de la réglementation française renforce les perspectives de la greentech. L’arrêté du 7 septembre, qui instaure une prime à l’incorporation de matières recyclées offre un avantage compétitif de 1 000 euros la tonne aux industriels utilisant du r-PET issu du biorecyclage. De quoi stimuler la demande pour cette technologie face au recyclage mécanique traditionnel. L’évolution récente de la réglementation française renforce les perspectives de Carbios. " Ce dispositif change la donne : il aligne nos produits à la fois en qualité et en prix avec le PET vierge, tout en valorisant des déchets qui n’étaient pas recyclés ", se réjouit le dirigeant.