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À l’occasion du lancement de la concertation publique, Circ précise les contours de son projet à 450 millions d’euros
Moselle # Gestion des déchets et recyclage # Investissement industriel

À l’occasion du lancement de la concertation publique, Circ précise les contours de son projet à 450 millions d’euros

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Procédé, approvisionnement, financement : les dirigeants de la start-up industrielle américaine Circ ont levé le voile sur leur projet d’usine de recyclage chimique des textiles en coton et polyester, qui doit entrer en production en 2028 à Saint-Avold, en Moselle.

Le directeur général de Circ France, Guillaume Thomé (à gauche) a accueilli le patron de Circ, Peter Majeranowski, pour la première réunion de concertation publique organisée à Saint-Avold, en Moselle — Photo : Jean-François Michel

Après Choose France, place à la concertation publique. Annoncé en grande pompe à l’occasion de la huitième édition du sommet qui a rassemblé en 2025 environ 400 dirigeants internationaux à Versailles, le projet de Circ, start-up industrielle basée à Danville, dans l’État de Virginie aux États-Unis, s’enracine à Saint-Avold, en Moselle. Pour 450 millions d’euros, Circ veut faire sortir de terre sa première usine sur la plateforme chimique Chemesis de Carling-Saint-Avold. Jusqu’au 19 novembre, les dirigeants de la start-up américaine vont se prêter à l’exercice de la concertation publique, mêlant réunions, conférences et débats sur le marché de Saint-Avold, pour présenter le projet aux habitants du bassin de Saint-Avold et recueillir leurs remarques.

90 millions de tonnes de textiles jetées

"Le dialogue est très important pour ce projet", assure Peter Majeranowski, dirigeant de Circ, qui a fait le déplacement des États-Unis jusqu’à Saint-Avold pour la première réunion publique, ce 25 septembre. "Nous allons saisir cette opportunité pour rencontrer le public et partager autour de notre sujet." Passionné par son sujet, le dirigeant de Circ rappelle que la production mondiale de textile a dépassé les 105 millions de tonnes en 2020 et doit atteindre les 145 millions de tonnes d’ici 2030. À ce rythme, le secteur textile devrait peser 26 % des émissions de gaz à effet de serre mondiales. "Et aujourd’hui, 90 millions de tonnes de textiles sont jetées", constate Peter Majeranowski, évoquant un poids carbone équivalent à 10 % des émissions mondiales.

80 sites étudiés à travers le monde

Face à cet immense gâchis, Peter Majeranowski et son équipe pensent avoir une solution. Employant 65 salariés aux États-Unis, Circ a rassemblé un total de 100 millions de dollars, dont 30 millions levés auprès du fonds de capital-risque de Bill Gates, Breakthrough Energy Ventures, pour lancer deux pilotes industriels qui ont fait la preuve de leur capacité à recycler des textiles mélangeant polyester et coton.

Basés à Danville et Springfield, ces deux démonstrateurs industriels affichent une capacité de 5 tonnes par jour. Pour passer à l’échelle industrielle, les dirigeants de Circ ont étudié 80 sites à travers toute la planète, dont cinq en France, pour retenir au final Saint-Avold et une parcelle de 15,3 hectares sur la plateforme Chemesis.

En parallèle de Saint-Avold, l’équipe de Circ s’est aussi penchée sur la plateforme IndusLacq située dans les Pyrénées-Atlantiques, la zone industrielle Port-Jérôme II située à Saint- Jean-de-Folleville, en Seine-Maritime, la zone de Saint-Nazaire Port, en Loire-Atlantique, ainsi que la plateforme industrielle de Gardanne-Meyreuil, dans les Bouches-du-Rhône. "Ici, en Moselle, nous sommes au cœur de l’Europe", insiste Peter Majeranowski pour défendre son choix.

Une capacité de 200 tonnes par jour

"Notre usine de Saint-Avold aura une capacité de 200 tonnes par jour", fixe Peter Majeranowski. Le dirigeant assure avoir déjà sécurisé "entre 80 et 90 %" de l’approvisionnement de sa future usine. Une matière provenant, au démarrage de la production, essentiellement des chutes de l’industrie textile. "Ensuite, l’objectif sera d’alimenter à 100 % avec des tissus provenant de la post-consommation", souligne le dirigeant.

"Les industriels pourront utiliser nos produits comme matière première sans aucune adaptation de leur procédé"

Concrètement, l’usine, appelée Circadian par l’équipe de la start-up, sera capable de traiter 71 500 tonnes de textiles usagés par an. Derrière, l’usine pourra commercialiser 66 100 tonnes de fibres recyclées, dont plus de 41 000 tonnes de pâte cellulosique à destination de filatures, clientes de Circ, et près de 25 000 tonnes de produits à destination d’usines de polymérisation, qui produiraient du polyester recyclé.

Un procédé similaire à une cocotte-minute

"Les industriels pourront utiliser nos produits comme matière première sans aucune adaptation de leur procédé", souligne Guillaume Thomé, le directeur général de Circ France. Sans dévoiler de secrets industriels, Peter Majeranowski consent à imager le procédé : "Il faut imaginer une cocotte-minute dans laquelle vous placez les textiles à recycler. À la sortie, vous avez un liquide mêlant le plastique dépolymérisé et les fibres de coton, intactes". Les documents disponibles montrent que le procédé, dit de "réaction hydrothermal" nécessite de la soude, ainsi que de l’acide sulfurique pour traiter le plastique dépolymérisé.

Des quantités importantes d’énergie

Fonctionnant en continu, le procédé doit consommer environ 175 000 MWh par an d’énergie électrique, quantité à laquelle il faut ajouter 130 000 MWh par an de vapeur.

Pour l’électricité, le site doit encore être raccordé, mais des réservations pour le passage des câbles électriques sont déjà en place. Pour la vapeur, l’équipe de Circ évoque la possibilité de se fournir auprès de la future centrale biomasse Emile-Huchet, exploitée par GazelEnergie dont la construction serait à venir. Enfin, pour obtenir un plastique sec et commercialisable, l’usine va se doter d’une unité de séchage qui va consommer du gaz à hauteur de 85 000 MWh par an.

Du capital, de la dette et des fonds publics

Au sujet du montage financier, le dirigeant américain indique avoir reçu des marques d’intérêt de "banques françaises", après le sommet Choose France. "L’argent sera apporté pour moitié par nos investisseurs, et pour l’autre par de la dette", précise Guillaume Thomé. Le directeur général mentionne aussi la possibilité de rassembler des fonds publics, notamment par des mécanismes d’appels d’offres pilotés par l’Ademe ou des fonds européens. "Mais cela restera une part très minoritaire", assure le dirigeant.

"Nous aurons une usine sur chaque continent"

Pour Peter Majeranowski, l’essentiel est de réussir le lancement de cette première usine, pour ensuite "apporter cette technologie au monde entier", trace l’entrepreneur, sans vouloir indiquer quelle zone de la planète serait concernée en priorité. "Au final, nous aurons une usine sur chaque continent", assure le dirigeant américain. À Saint-Avold, le premier coup de pioche doit être donné en 2026, pour une mise en service programmé pour 2028.

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