Le projet VAIA (Vicat Advanced Industrial Alliance) de capture du CO₂ porté par le groupe Vicat au sein de sa cimenterie de Montalieu-Vercieu (Isère), la plus grande de France, avance. Le groupe isérois de 10 000 salariés (pour 3,85 Md€ de CA en 2024) compte capturer 1,2 million de tonnes de CO₂ par an, ce qui représente près de 100 % des émissions de sa cimenterie.
Pour cela, il va bénéficier de la subvention Grands projets industriels de décarbonation (GPID), attribuée par le gouvernement français et destinée à accélérer la transition écologique et industrielle du pays. Une aide publique que le cimentier attendait de pied ferme, quelques mois après avoir obtenu première une subvention de l’Europe dans le cadre du programme européen Innovation Fund. "Au total, Vicat a été sélectionné pour 340 millions d’euros de subventions, incluant l’Innovation Fund et le GPID", a déclaré le groupe dans un communiqué. "Ces subventions devraient être contractualisées dans les prochains mois", a précisé Vicat, qui n'a pas détaillé le montant de l'aide européenne et française.
Le calendrier n’est pas anodin puisque le gouvernement a dévoilé l’attribution de cette aide au lendemain de la visite du ministre de la Transition écologique Mathieu Lefèvre au siège social de Vicat, en Isère. Le ministre était venu à l’occasion du lancement du comité de pilotage de la stratégie nationale sur le captage, l’utilisation et le stockage de dioxyde de carbone.
"L’État soutient financièrement et par son expertise la décarbonation de l’industrie française, en particulier à travers des projets et un budget dédiés, afin de concilier écologie et économie et de créer des champions industriels de la décarbonation", avait déclaré le ministre lors de la visite chez Vicat. Le projet VAIA est un "démenti cinglant à tous ceux qui pensent que l’écologie et l’économie ne vont pas de pair", avait-il ajouté.
Un projet à 1,5 milliard d’euros
Reste que le montant de l’investissement nécessaire au déploiement de ce projet est colossal : 1,5 milliard d’euros au total, selon Eric Bourdon, directeur adjoint de Vicat. Certes, le coût sera porté par l’ensemble des partenaires impliqués, qui comprennent le cimentier mais aussi la SPSE (Société du Pipeline du Sud-Est), pour le transport du CO₂ et la reconversion d’un pipeline en carboduc, Elengy, pour la liquéfaction du CO₂, RTE, pour la fourniture d’énergie sur les sites de captage et de liquéfaction, et ENI, pour le stockage géologique du CO2. Mais la facture devrait s’élever autour de 700 millions d’euros pour le seul cimentier, "hors subventions", a précisé Vicat.
"Pour pouvoir lancer le projet, il va falloir que nous recevions au moins 50 % d’aides publiques", a affirmé Eric Bourdon lors de la visite du ministre. Une condition financière nécessaire mais pas suffisante selon lui, puisque des questions réglementaires devront aussi être traitées avant d’initier le programme de capture. "L’enquête publique est terminée et c’est désormais la concertation publique qui a démarré," a ajouté le dirigeant. "Les études de faisabilité se poursuivent", pour une décision finale d’investissement prévue fin 2027.
Le projet californien en stand-by
Un programme du même type que le projet VAIA avait été lancé sur une cimenterie Vicat en Californie. La filiale nord américaine de Vicat a ainsi entrepris il y a trois ans un projet intégrant la construction d’une installation de séquestration du CO2, pour une capacité annuelle d’environ 950 000 tonnes de CO2 soit la quasi-totalité des émissions de sa cimenterie de Lebec.
En décembre 2024, la filiale américaine de Vicat National Cement Company of California Inc., avait annoncé avoir conclu un accord de coopération avec le Department of Energy des États-Unis (DOE), Office of Clean Energy Demonstrations, pour le développement du projet. Accord qui portait sur une contribution à hauteur de 50 % des coûts de la phase 1 et pour un maximum de 500 millions de dollars pour le financement du projet.
Las, l’arrivée de l’administration Trump a depuis mis un coup d’arrêt au projet. "Les aides n’ont pas été versées et pour le moment le programme est en stand-by", a déclaré un responsable de Vicat lors de la visite du ministre. VAIA pourrait donc finalement débuter avant le programme californien.