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En Moselle, Rehau accroît sa production sur son site de Morhange, malgré un marché de la construction atone
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En Moselle, Rehau accroît sa production sur son site de Morhange, malgré un marché de la construction atone

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L’usine Rehau de Morhange (Moselle) bénéficie de la réorientation industrielle opérée en 2020, après une décennie marquée par des pertes structurelles. La progression de la production de 35 % entre 2024 et 2026 s’accompagne d’un investissement de 12 millions d’euros pour augmenter la part de PVC recyclé dans ses profilés pour fenêtres.

La matière recyclée, grise, est injectée dans la partie interne, non visible, de la menuiserie, la matière vierge est injectée dans la partie externe — Photo : Philippe Bohlinger

Le virage à 180° opéré par cette usine spécialisée dans l’extrusion de polymères a été salvateur, en dépit d’un important coût social. À Morhange (Moselle), le site du groupe allemand Rehau récolte aujourd’hui les fruits de la réorientation stratégique entérinée il y a six ans. Dans les travées de ses 41 000 m² d'ateliers, 23 extrudeuses tournent à plein régime pour ne produire que des profilés à destination des fabricants de menuiseries extérieures pour l’Hexagone et plus rien d’autre. Ce repositionnement n’est totalement effectif que depuis le 1er janvier 2025. Mais il se traduit déjà dans les chiffres, avec une production en hausse de 35 % entre 2024 et 2026.

Dans le même temps, la division "Window solutions France" à laquelle est rattachée l’usine mosellane affiche une santé étonnante, avec une croissance de 15 % par an sur les trois derniers exercices (chiffre d’affaires de 100 millions d’euros en 2025). D’autant plus que le marché de la construction dans l’Hexagone a été marqué, dans le même temps, par un recul de l’activité de 12 % entre 2022 et 2025.

Passages de roue pour l’iconique Coccinelle

Emmanuel Mayer, président de Rehau France, mesure le chemin parcouru depuis la mise en service de l’usine de Morhange en 1965, dans un contexte de fermeture de la base aérienne de l’Otan à Grostenquin. Le dirigeant revient sur la manière dont le site, comparable à un caméléon, s’est calqué sur l’évolution de la demande. Au départ, des enjoliveurs de passage de roue pour l’iconique Coccinelle de Volkswagen sont sortis de ses lignes.

"[Par la suite] l’usine a grandi en mettant à profit les opportunités, comme la fabrication de joints pour réfrigérateurs pour accompagner l’équipement des ménages ou encore la fabrication de tubes d’assainissement lorsque les politiques agricoles ont incité au drainage des parcelles, retrace Emmanuel Mayer. Ces marchés de volumes ont ensuite été délocalisés et nous n’avons conservé que les productions techniques".

Usine en sous-exploitation et déficit chronique

Revers de la médaille, le site de Morhange était devenu au fil des ans, selon les mots d’Emmanuel Mayer "une usine zèbre" : "Nous étions un site multi-divisions, avec des fabrications pour le chauffage, l’automobile, l’industrie, l’électricité et les fenêtres", une situation synonyme de sous-exploitation des capacités industrielles et de déficit chronique entre 2011 et 2020. C’est dans ce contexte que le géant allemand de 20 000 salariés (plus de 3,3 milliards de chiffre d’affaires) a pris la décision de spécialiser Morhange à 100 % dans la fabrication de profilés PVC pour fenêtres, une activité qui représentait à l’époque deux tiers des volumes produits.

Les extrudeuses de profilés pour piscines ou pour appareillages électriques (goulottes, moulures, etc.) ont été délocalisées dans d’autres usines du groupe – il en compte 170 sites dans le monde – réduisant de ce fait les capacités de production de l’usine d’un tiers. Parallèlement, deux plans de sauvegarde de l’emploi en 2020 et 2024 ont retranché une centaine de salariés des effectifs.

Lignes de production réservées au marché français

À l’heure actuelle, le site totalise 350 salariés en CDI, à raison de 265 salariés en production et 85 dans les services supports, contre un total de 750 salariés pour l'ensemble des quatre divisions Rehau France il y a dix ans. Dans le même temps, Rehau a également cédé en 2020 sa fabrication de tubes et raccords en PVC réalisée à Bourges (Cher).

L’usine mise en service en 1965 à Morhange (Moselle) compte 265 salariés auxquels s’ajoutent 85 personnes dans les services supports — Photo : Philippe Bohlinger

Cette mue industrielle s’est doublée d’un second choix stratégique, celui de ne produire à Morhange que des profilés pour le marché français de la fenêtre. Maxime Boileau, directeur marketing et communication de Rehau France, évoque "une stratégie à contre-courant de nos concurrents européens". Ces derniers ayant davantage misé sur des "gammes plateformes", autrement dit des gammes génériques destinées à s’adapter aux contraintes techniques des différents pays. "Il en résulte des profilés plus épais, donc moins esthétiques et contenant davantage de matière", relève le directeur marketing et commercial. Pour sa part, le groupe Rehau a choisi de produire des profilés spécifiques pour trois marchés : la France, la Grande-Bretagne et le reste de l’Europe.

Collaboration avec Paprec sur le recyclage des anciennes fenêtres et ouvertures

Cette sobriété en matière première est un des axes du plan qui doit conduire Rehau à la neutralité carbone en 2040. Le groupe mise également sur l’introduction de PVC recyclé pour abaisser ses émissions de CO2 et réduire sa dépendance aux fluctuations des cours du PVC vierge, un dérivé du pétrole qui subit de plein fouet le contexte géopolitique international.

L’usine Rehau de Morhange recycle déjà dans ses procédés 3 000 tonnes par an de chutes de production, des résidus dont la composition est connue, qui peuvent être retraités sur place, etc. Le mécanisme fonctionne depuis les années 1970. En revanche, donner une seconde vie à des menuiseries récupérées sur les chantiers, relève d’une organisation plus complexe. C’est pourquoi l’entreprise a noué un partenariat avec Paprec. Ce spécialiste du traitement des déchets organise la logistique de collecte des menuiseries extérieures usagées, se charge de leur démantèlement ainsi que du broyage du PVC sur son site de Cholet (Maine-et-Loire).

Signature de 40 nouveaux partenariats en cinq ans

"En 2025, nous avons récupéré 1 000 tonnes de PVC, une quantité que nos investissements devraient permettre de multiplier par 2,5 d’ici à 2028", éclaire Bruno Bednarczyk, directeur-général de la division Window solution France et Maghreb. Bruno Bednarczyk explique que l’usine fonctionne "quasiment en boucle fermée avec ses clients". Rehau fournissant 1 kg de profilé neuf "made in Moselle" pour 1 kg de PVC issu de la dépose des anciennes fenêtres et ouvertures sur les chantiers de rénovation. La signature d’une quarantaine de nouveaux partenariats en cinq ans se matérialise à Morhange par un investissement de 12 millions d’euros sur 2024-2027 répartis à parts égales entre de nouvelles lignes et de nouveaux outillages nécessaires à leur fonctionnement.

Ainsi, d’ici la fin 2026 "le site de Morhange ne comptera plus trois mais neuf lignes de coextrusion, des unités industrielles capables d’extruder simultanément la matière recyclée et la matière vierge", explique le directeur-général de la division Window solution France et Maghreb.

Entre 40 et 86 % de PVC recyclé dans un profilé neuf

La matière recyclée est injectée dans la partie interne, non visible, de la menuiserie, la matière vierge dans la partie externe, visible. En effet, il y a un risque de remontée de la matière recyclée, de couleur grise, au moment du soudage des profilés chez le fabricant. Une coupe transversale permet de bien se rendre compte de cette composition. Au total, les granulés recyclés représentent entre 40 % et 86 % de la composition des produits extrudés par les lignes de Rehau.

Rehau revendique sa place de leader sur les profils pour fenêtres et ouvertures en France, avec 26 % de part de marché, "un chiffre en progression" note Maxime Boileau. Pour le directeur marketing et communication de Rehau France, l’entreprise tire les bénéfices de sa capacité à nouer des partenariats, à développer de nouveaux produits, "mais aussi de son nouveau positionnement sur la prescription auprès des architectes, un segment qui représente désormais 10 % du chiffre d’affaires".

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